12 Division et modes d’expression

121 Parties des sciences bibliologiques

  1. La Documentation doit se constituer en corps systématique de connaissances comme science et doctrine d’une part; en technique, d’autre part; en corps systématique d’organisation de troisième part.

  1. Comme Science: l’étude de tous les aspects sous lesquels son objet peut être examiné, c’est-à-dire en lui-même, en ses parties, dans ses espèces, dans ses fonctions, dans ses relations, envisagé dans l’espace et dans le temps. Comme toute science la Bibliologie a donc pour objet: a) la description des faits dans le temps, ou histoire. et des faits dans l’espace, ou étude comparée (Graphie, soit Bibliographie); b) la compréhension et l’explication théorique des faits jusqu’aux relations nécessaires les plus générales (Nomie, soit Biblionomie).

  2. Comme Technique: les règles d’application des faits aux besoins de la vie pratique et de la production. Ces règles embrassent tout le cycle des opérations auxquelles donne lieu la production des documents, leur circulation, distribution, conservation et utilisation (Technie, soit Biblio-technie).

  3. Comme Organisation: l’aménagement rationnel des forces individuelles et du travail en collectivité en vue d’obtenir des résultats maximum par corrélation. Tout ce qui par entente et par coopération peut y amener plus d’ampleur et d’unité, par suite faciliter le Travail intellectuel et le développement de la Pensée (Economie ou Organisation, soit Biblio-économie).

  1. La science est spéculative ou pratique. A côté de la science il y a l’art. La science spéculative s’arrête à la connaissance de son objet; la science pratique fait servir la connaissance de son objet à une action ou à une œuvre ultérieure. L’art est un ensemble de règles pratiques» directives de l’action. La tendance moderne est de donner à tout ensemble de connaissances les trois caractères spéculatif, pratique, normatif. La Bibliologie tendra donc à être a la fois science spéculative, pratique et art. Les connaissances relatives à la Langue ont déjà ces mêmes caractères. De même la Logique qui est l’étude réfléchie de l’ordre à mettre dans les pensées dans le but, non seulement de connaître leur coordination, mais pour la direction ultérieure de la pensée.

La Bibliologie comprend deux sciences distinctes: la Bibliologie générale, globale et synthétique, qui contient l’observation du livre en son ensemble, avec les comparaisons et les indications qui en découlent, et les sciences bibliologiques partielles et analytiques contenant l’observation successive et séparée de chacun des aspects divers du livre: bibliologie économique, technologique, sociologique, esthétique, etc.[^(D’après Zivny, la Bibliologie qui traite du livre dans le sens le plus général est divisée en théorique et pratique. Ces divisions comprennent: 1° la Bibliologie physique qui traite: a) la matière, écriture ou typographie, reliure et formes du livre comme unité (technologie des arts graphiques. Bibliographie graphique et descriptive); b) le livre comme un agrégat (catalogue bibliographique). 2° La Bibliothéconomie, production et distribution du livre.]

  1. Le phénomène du livre relève de la Logique et de la Psychologie, de la Sociologie et de la Technologie. C’est l’Intelligence qui crée le livre et qui s’en assimile le contenu. C’est la Technique qui le confectionne. C’est sur la Société qu’il réagit puisqu’il sert à mettre en relation au moins deux individualités et à les modifier.

La Bibliologie doit donc comprendre quatre grandes branches qui la relient à l’ensemble des sciences: a) La Bibliologie logique. ou les rapports du Livre avec l’exposé de la science; b) La Bibliologie psychologique, ou les rapports du Livre avec l’auteur; c) La Bibliologie technologique ou les rapports du livre avec les moyens matériels de le produire et de le multiplier; d) La Biblio-logie sociologique ou les rapports du Livre avec la Société qui le fait naître dans son ambiance et l’y accueille.

122 Terminologie. Nomenclature

  1. Comme toutes les sciences, la Bibliologie doit avoir et possède effectivement une nomenclature, c’est-à-dire une collection de termes techniques. Malheureusement, comme pour l’Economie politique et la Sociologie en général, la plupart des termes de la Bibliologie sont empruntés au langage usuel. I° l manque des termes spécialisés ou des définitions fixant le sens conventionnel des termes usuels. Ce n’est pas définir un mot que d’expliquer sa valeur philosophique ou métaphysique en lui laissant toutes les significations vagues du langage habituel. Définir un mot au point de vue d’une science c’est délimiter exactement et avec précision le sens au point de vue de la science envisagée.

  2. La définition des mots doit reposer sur la définition des choses, des faits et des notions elles-mêmes qu’ils doivent servir à exprimer. Une définition doit être un exposé précis des qualités nécessaires et suffis santés pour créer une classe afin d’indiquer les choses qui appartiennent et n’appartiennent pas à cette classe (Stanley Jevons, Traité de Logique).

  3. Afin d’éviter des doubles emplois, il est préférable d’exposer la Bibliologie dans toutes ses parties et d’en présenter les termes et les définitions au moment où sont analysées et exposées les choses, les faits et les notions. Les définitions conduisent aux lois. Celles-ci sont l’expression de rapports entre les choses. Il n’y aura d’expression claire que si les choses mises en rapport ont été elles-mêmes clairement bien définies. Réciproquement, toute définition implique déjà certaines lois, rapports constants), ne fût ce que les lois des élément«constitutifs des choses définies.

  4. En attendant que l’accord soit fait sur l’unité de la terminologie, nous employerons indifféremment les termes formés des quatre radicaux suivants, deux gîtes, deux latins, en leur donnant pat convention une signification équivalente; 1° biblion, 2° grapho (gram-mata gramme), 3° liber, 4° documentant.

  5. Ce demeure un problème de disposer d’un vocabulaire de termes généraux et d’adjectifs suffisamment étendus, réguliers et adéquats pour exprimer ici les idées générales, les ensembles et les propriétés communes. On y tend. Le grec a donné le mot biblion, le latin le mot liber. On a fait, de l’un Bibliographie. Bibliologie, Bibliophilie, Bibliothèque; d© l’autre Livre, Livresque, Librairie.

«Schriftum» disent les Allemands et, d’autre part, partant du radical «Buch», ils forment «Buchwesen» et «Bücherei». Les Allemands aussi se servent du radical «Biblion», mais ils ont introduit à côté des mot» «Bibliothek», «Bibliographie» des expressions nouvelles «Inhaltverzeichnis, Zeitschriftenschau «(Bibliographie du contenu des périodiques), «Referate» (Compte rendu analytique et critique), «Li-teraturübersichten in Kartenform» (fichier), «Lite-ratur-Auskunftdienst, Beratungstelle», etc.

  1. L’historique des termes est intéressant:

  1. Le mot «Bibliographie» est né dans les temps grecs post classiques. Il signifiait alors l’écriture ou la copie, c’est-à-dire la production des livres. Au XVIIIe siècle encore, on entendait par Bibliographie l’étude des anciens livres manuscrits. La technique et l’histoire de la production du livre sont encore une partie de la science des livres. Pour le spécialiste de quelque partie de la science, la Bibliographie désigne toutes sortes de listes de livres; pour le bibliothécaire elle comprend le collectionnement, le soin et l’administration des livres dans les bibliothèques (Hoosen).

  2. Le radical gramma a donné lieu autrefois à (———) ligne; c’est un terme de géométrie. Grammae, arum f. pl. (au lieu de grammata). lettre, caractères. Gramatica (/) et grammatice (———)grammaire, la science grammati­cale. Pour Cicéron la grammaire comprend l’interpréta lion des mots Grammaticus. Homme de lettres, littérateur, savant, érudit, critique, philologue; Grammatopho-rus. Messager (porteur d’un écrit); Grammatophylacium, Archives; Graphice, art du dessin, Graphion, dessin, plan, esquisse et l’art de lever des plans, graphium style, poinçon (pour écrire sur la cire).

Dans les temps modernes, le radical Gramme a formé télégramme, diagramme, cinégramme, barogramme et pourrait former photogramme. Des documents qui exposent le sujet selon l’ordre des choses, du lieu ou du temps, pourraient se dire «ontogramme», «topogramme», «chronogramme». 7. Il y a lieu de construire la terminologie à partir du mot Document, plus général que Livre ou Biblion; ce changement de radical est justifié: 1° par les motifs qui ont fait admettre le mot Document, Documentation, 2° par le retard des pratiques du monde du livre qui n’ayant pas évolué assez rapidement, a laissé se créer toute une nomenclature à part pour des objets et notions dont il s’est désintéressé au début.

Les branches nouvelles que le mot livre n’a pas couvertes sont: a) les documenta mêmes: estampes, pièce: d’archives, documents d’administration, disques, photographies, films, clichés à projection; b) les collections constituées de documents: cartothèque, hémé-Tothèque, périodicothèque, discothèque, filmothèque; c) le matériel spécial; fiches, rayons, casiers, classeurs, dossiers, fichiers, répertoires.

La série de base du Radical: Document serait donc: Document (substantif) L’objet (signe -f support). — Documentation (substantif) Action de documenter et ensemble de documents. — Documentaliste (substantif) ou Documenteur (substantif, même désinence que docteur): la personne, les techniciens de la Documentation. — Documenter. L’action de faire usage du document. — Documentaire (adjectif) qui est relatif à la documentation. — Documcniatoire: qui remplit la qualité d’être une suffisante documentation. — Documentorium ou Documento-thèque, Institut de Documentation. — Documento-technique; Technique de la documentation.

  1. Le problème de la Terminologie de la Documentation a été discuté à la XIe Conférence Interna­tionale de l’I. I. B, (I. I. D.), à Francfort. Rapports Gérard, Dupuy, Ledoux, Otlet (Voir les Actes).

En ce qui concerne la Terminologie Technique, les dix dernières années ont vu des avancements révolutionnaires. Ce qui exigeait autrefois de longues périphrases (trois ou quatre mots), a fini par pouvoir s’exprimer en un tout. Le «Pitman’s Technical Dictionary», traite maintenant de 60.000 a 70.000 choses distinctes.

124 Le Livre et la Mesure. Bibliométrie

124.1 Notions
  1. En tout ordre de connaissance, la mesure est une forme supérieure que prend la connaissance. Il y a lieu de constituer en un ensemble coordonné les mesures relatives au livre et au document, la Bibliométrie.

  2. Les mesures sont celles relatives aux objets, aux phénomènes ou faits, aux relations ou lois. Elle concerne le particulier (métrie proprement dite) ou les ensembles (statistique); elle concerne ce qui est ou ce qui devrait être (unité et standardisation).

Les mesures des rapports principaux considérées par une science prennent la forme d’indices. (Par exemple les géographes considérant les rapports de l’eau pluviale et des territoires ont créé l’indice d’aridité).

  1. Les données acquises de la métrie en général, de la Sociométrie en particulier sont à prendre en considération pour réaliser la Bibliométrie.

L’adage «omnia in mensura», tout dans la mesure, est devenu l’idée directive de toutes les sciences qui tendent à passer du stade qualitatif au stade quantitatif. Le passage est désormais accompli pour les sciences astronomiques et physiologiques.

Les sciences biologiques ou bio-psychologiques s’efforcent de joindre à la description minutieuse la mesure aussi exacte que possible. La fréquence de la répétition d’un type permet une mesure indirecte de la vitalité de l’espèce végétale ou animale; la longueur, la portée des organes, leur diamètre, leur poids, la variabilité des caractères essentiels permettent de nouvelles précisions. L’anthropologie bénéficie de l’établissement de corrélations et de coefficients; l’anthropométrie a aidé la criminologie. La psychologie est entrée à son tour dans la voie des mesures multiples, indirectes, grâce aux corrélations psychologiques laborieusement établies. La sociologie tend aussi à devenir quantitative. Elle opère sur des groupes et les groupes sont susceptibles de dénombrements, dont la statistique établit les méthodes et enregistre les résultats. Les choses du livre ne sont guère mesurées, ni dans leur réalité objective et matérielle, ni dans leur réalité subjective et intellectuelle. Des efforts dans ce sens sont donc désirables.

Les sciences du Iívtc, elles aussi doivent tendre maintenant à introduire la mesure dans leurs investigations. En tant que le livre est objet de psychologie, de sociologie et de technologie, ses phénomènes sont susceptibles d’être mesurés.

La «Bibliométrie» sera la partie définie de la Biblio-logie qui s’occupe de la mesure ou quantité appliquée aux livres. (Arithmétique ou mathématique bibliolo-gique).

Tous les éléments envisagés par la Bibliologie sont en principe susceptibles de mesure et il faut tendre de plus en plus à revêtir leurs données de la forme précise du nombre, à passer de l’état qualitatif ou descriptif à l’état quantitatif.

  1. La mesure du livre consiste à rapporter toutes les parties et éléments d’un livre quelconque à ceux d’un livre type, standard, unité. Ce type devrait être le meilleur des livres.
124.2 La mesure des livres
  1. Unités de mesure bibliologique. — Etant donné que tout livre contient une portion de la matière bibliologique générale, on pourrait établir conventionnellement des unités de mesure de cette quantité et les comparer directement aux unités de mesures psychologiques et sociologiques en général, et, à l’aide de ces dernières les comparer aux unités physiques. La Physique a établi un système d’unités mesurant ses forces élémentaires et directement comparables les unes avec les autres. Elle a établi que ces forces sont d’ailleurs convertibles et transformables les unes en les autres, selon un rapport constant (loi de la conservation des forces). Les unités bibliologiques, elles, auraient & évaluer la quantité de matière ou d’énergie bibliologique emmagasinée dans chaque organisme bibliologique (ou livre). Cette évaluation serait faite en décomposant le livre en ses éléments composant ultimes, lesquels, d’autre part, auraient été mesurés par les mêmes unités.

  2. La Stylistique. — La stylistique ou stylométrie a été créée récemment pour l’étude de la manière de s’exprimer des auteurs. On a introduit la statistique dans l’analyse des phrases, dans celles des expressions employées pour traduire les émotions dans le langage. (Ex. B. Bourdon).

  3. La stichométrie. — Les anciens ont imaginé des moyens pour mesurer l’étendue des livres. On convint de prendre pour unité de mesure l’hexamètre grec renfermant en moyenne de 15 à 16 syllabes et 35 à 36 lettres. Cette unité s’appela stique ou épos (vers épique, en latin versus). On obtenait le nombre de stiques d’un ouvrage soit en écrivant un exemplaire type en lignes normales, soit par une évaluation approximative. Les Muses d’Hérodote avaient de 2.000 à 3.000 stiques.

C’est la mesure qu’observèrent plus tard les prosateurs, historiens, philosophes, géographes, auteurs de traité didactique. Quelques auteurs ne donnent exceptionnellement à leurs livres que 1.500 ou même 1.200 stiques, d’autres atteignent ou dépassent le nombre tout à fait anormal de 4.000 ou même 5.000 stiques, mais la très grande majorité oscille entre 1.600 et 3 000 stiques. La stichométrie ainsi entendue affirme un triple avantage: renvoyer au stique comme on renvoie maintenant au chapitre et au verset; fermer la porte aux suppressions et aux interpolations plus ou mcins considérables; déterminer une fois pour toutes le prix de l’ouvrage et la rétribution due au copiste.[^Voir Vigouroux, Dictionnaire de la Bible. V°. Livre n° 2.]

  1. On a entrepris des recherches statistiques, d’après les dictionnaires biographiques, sur la ratio plus ou moins élevée dés savants nés dans tel pays ou partie de pays. Recherches de la supériorité de tel écrivain sur tel écrivain (par exemple Sophocle sur Euripide) d’après la longueur des articles qui leur sont consacrés, d’après le nombre d’adjectifs élogieux ou non (pro et contra) qui leur sont attribués dans ces articles, travaux basés sur la longueur des exposés et le degré d’éloge dans les expressions.[^Frédéric Adams Woods.—Historiometry as an exact science. Reprinted from Science; N. S. Vol. XXXIII. n° 850, p. 568–574, April 14, 1911.]

  2. Mesures des incunables, — Les procédés d’identification des incunables ont donné lieu à des mensurations d’une extrême précision.

  3. Bases de bibliométrie. — Combien 1.000 mots représentent-ils: a) de lettres dans les diverses langues (français, anglais, allemand); b) d’espaces en différents textes réduits en centimètres carrés sur page (exemple perceptible: combien dans une pièce de théâtre, un roman, un journal, une séance); c) de temps de lecture à haute voix ou de lecture silencieuse.

Didot a fixé le point à la sixième partie de la ligne de pied de roi. Le mètre légal équivaut à 443 lignes et 296 millièmes. En négligeant l’infinitésimale fraction d’un tiers de point, nous avons 2.660 points dans un mètre.

Le centimètre vaut donc 26 points 6 et le millimètre 2 points 66.

Par suite, si l’on veut connaître le nombre de points contenus dans une mesure métrique, il suffit, suivant qu’il s’agit de centimètres ou de millimètres, de multiplier par l’un de ces nombres. Une feuille de papier, format 4°, mesure 0.45 X 0,56. Elle aura donc: 0 m. 45 × 26,6 = 1.197 points; sur 0 m. 56 × 26,6 = 1.490 points. Mais le point a un multiple qui sert à simplifier. Ce multiple, certains l’appellent le cicéro, en souvenir des Offices de Cicéron, qui furent imprimés dans un caractère dont le corps y correspondait à peu près. Il est préférable de dire un douze, des douzes, c’est a la fois plus précis, plus commode et cela ne prête pas à confusion.

Quand on a une justification à prendre, on parle en douzes et quand on connaît le nombre de points, comme dans l’exemple ci-dessus, il faut diviser par douze. Il est donc plus simple de chercher immédiatement le nombre de douzes, et cela est assez facile si l’on veut se donner la peine de retenir que, dans un mètre ou 2.660 points, il y a 222 douzes moins 4 points (221 d. Ô points). Il faut souligner «moins 4 points»; c’est ce qui permet une approximation aussi exacte que possible. Quand la mesure métrique approche du quart de mètre, on aura à déduire un point et on fera dî même pour chaque quart de mètre.

Dès lors, en douzes, le centimètre équivaut à 2,22, le millimètre à 0,222. En multipliant par ces nouveaux nombres, on a une approximation suffisante.

  1. Les coefficients. — Les coefficients portent notamment sur:

1° les formats; 2° les points typographiques; 3° le poids du papier, étendue au poids, épaisseur des livres de type; 4° les prix unitaires.

La bibliométrie résume les statistiques et donne les indices de comparaison.

  1. Fréquence de lecture d’un auteur ou d’un livre. — Il serait intéressant de savoir combien un auteur a été lu. Voici Voltaire. De 1740 à 1778 il se fit

19 recueils des œuvres, sans compter les éditions séparées, très nombreuses pour les principaux écrits.[^Bengesco. Q. IV. N°s 2122–2141.] De 1778 à 1815, QuérardSndique six éditions des œuvres complètes sans compter deux éditions incomplètes et déjà copieuses. Enfin pour la période de 1815 à 1835, en vingt an?. Bengesco rencontre 28 éditions des œuvres complètes.[^Ibid. N°s 2145–2174.] Puis rien de 1835 à 1852. De 1852 à 1870, 5 éditions, dont l’édition de propagande du journal << Le Siècle >>.

Depuis 1870, une édition, celle de Moland, de caractère purement littéraire et historique et tout à fait sans rapport avec la conservation ou la diffusion du voltairisme. Au total, grande consommation jusqu’à la Révolution î puis ralentissement jusqu’en 1815; prodigieuse recrudescence de la demande sous la Restauration; puis de nouveau ralentissement; reprise sensible sous le second Empire. Cette courbe correspond assez à celle des mouvements libéraux; on imprime et on réimprime Voltaire, surtout aux époques où ces mouvements rencontrent le plus de résistance et prennent le plus de violence. Cependant, il faut aussi tenir compte du fait que, sous la Révolution, après l’édition encadrée de 1775 et les deux éditions de Kehl; et, sous Louis-Philippe, après les 28 éditions qui se succédaient depuis vingt ans, le marché put être encombré; il fallut donner au public le temps d’absorber la production de la librairie. Toujours est il que l’abondance même de l’offre, de la part des éditeurs, indique une demande considérable de l’opinion libérale.

Il faudrait connaître le tirage de ces éditions. Le gouvernement de la Restauration a essayé de se rendre compte de la diffusion «des mauvais livres». D’un rapport offi ciel qui fut alors analysé par les journaux, il résulte que. de 1817 à 1824. douze éditions de Voltaire se sont impri mées, formant un total de 31,600 exemplaires et de I million 598.000 volumes. En même temps. 13 éditions de Rousseau donnaient 245,000 exemplaires et 480.500 volumes. Les éditions séparées d’écrits de l’un et de l’autre jetaient sur le marché 35,000 exemplaires et 81,000 volumes. Au total, c’étaient 2,159.500 volumes philosophiques qui étaient lancés en sept ans contre la réaction légitimiste et religieuse et de ce nombre effrayant de projectiles. Voltaire fournissait plus de trois quarts.[^Voltaire, par G. Lanson.]

  1. Bibliosociométrie. — Comment mesurer l’action du Livre et du Document sur l’homme et la société?

  1. Voici par exemple un Traité de Physique, il est tiré à 2.000 exemplaires; chacun constitue comme une sphère d’influence ayant la potentialité d’agir sur tout lecteur qui s’en approchera. En ses 500 pages, supposons que le traité comprenne 15 chapitres avec en tout 50 sections et 600 alinéas, constituant chacun l’exposé d’une idée ayant un sens complet. Le «volume documentologique» global offert en lecture dans la société par ce traité est 600 alinéas x 2.000 exemplaires = 120,000 idées documentalisées. Mais les 2,000 exemplaires ont des sorts bien différents: exemplaires destinés aux livres de texte des étudiants du cours de professeur, circonstance qui a déterminé l’édition; exemplaires dans les Bibliothèques: exemplaires chez les particuliers: exemplaires dans les librairies; exemplaires de presse; exemplaires donnés en hommage; exemplaires restés en stock chez l’éditeur ou l’auteur. Après un certain temps ont agi sur le corps matériel des exemplaires du livre, les causes d’usure et de destruction et sur les idées exprimées par les livres, des causes du vieillissement (par ex, les livres de sciences dépassés). La chance pour les exemplaires de rencontrer, leurs lecteurs est donc inégale et avec le temps, elle diminue ou s’accroît, proportionnellement à la notoriété de l’auteur et de l’ouvrage. D’autre part, les lecteurs sont de complexité et formation différentes. En présence d’un ensemble de données bibliographiques déterminé, ils procéderaient chacun à la lecture suivant leur spécialité, leur curiosité et leur réceptivité. Intervient aussi le degré de saturation, en fonction des connaissances ou des impressions antérieures acquises ou éprouvées et qui, pour un lecteur déterminé, diminue l’appétit et profit de la lecture.

  2. Le problème général de «bibliosociométrie» consiste à déterminer les lieux et les temps et, eu égard aux lecteurs, la chance qui existe pour les ouvrages d’être lus, partant d’exercer leur action sur la société. Qu’il soit possible de poser théoriquement un tel problème, alors même que sa solution serait retardée ou empêchée par manque de données concrètes, c’est déjà une étape vers la solution, la seule mise en relation des termes indique déjà avec précision comment se présente la question et problème bien posé est à moitié résolu. D’autre part, une comparaison est à faire ici avec la nourriture. Quand il s’agit de nourriture capable d’alimenter les forces corporelles, on se préoccupe aussi d’établir l’unité générale de me«ure alimentaire. Les livres à leur manière et pour l’esprit, sont une nourriture dont on doit pouvoir mesurer les «calories» intellectuelles. Les calories ce sont les idées susceptibles d’être transmises et comprises.[^Le mot «Éducation», qui est très récent, a remplacé le mot «nourriture» dont usaient les grands écrivains du XVIIe siècle et du XVIIIe siècle. L’éducation nourriture physique et intellectuelle dans le cadre naturel est l’idée maîtresse de la philosophie de J.-J. Rousseau. L’Antiqité disait «Nutrimentum Spiritus – Educit nutrix».] Si nous supposons que dans les écrits l’unité correspondante à l’idée susceptible d’être comprise, soit non pas le mot, qui n’implique aucun jugement, ni la phase qui est trop peu explicite à elle seule, mais bien l’alinéa (verset ou articulet) qui exprime une idée complète, en conséquence, on pourrait poser les définitions conventionnelles des termes suivants avec les unités de base qui en résulteraient:

Idée: la plus petite partie d’un exposé présentant en soi un tout complet.

Idéogramme: la partie d’un document qui contient l’idée ainsi définie et qui par convention est l’alinéa.

Idéogrammite: l’unité d’idée (énergie intellectuelle) incorporée dans l’idéogramme et assimilable au moyen dr la lecture. L’idéogrammite est ainsi, à la calorie, ce qu’est la réception d’une idée par le livre à l’alimentation par la nourriture.

Lecture: le fait de lire.

Lecturité: le rapport entre les livres existants et les occasions fournies d’être lus (de lecturus, gérondif de legere, lectus).[^La théorie de la lecturité est mise en lumière par des analogies avec deux théories d’ordre économique qui toutes deux ont été traitées par les méthodes mathématiques (calcul différentiel). // 1° La loi du débit donnant lieu à la théorie des maxima et des minima traitée par Cournot. La quantité de marchandise débitée annuellement dans l’étendue du pays ou du marché considéré en fonction des prix (Aug. Cournot, Recherches, pp. 55–56); // 2° La propriété de l’ophélimité, étudiée par Pareto et qui se définit: «L’ophélimîté pour un individu, d’une certaine quantité d’une chose, ajoutée à une autre ciuan tité déterminée (qui peut être égale à zéro) de cette chose déjà possédée par lui, est le plaisir oue lui procure cette chose». (Vilefredo Pareto. Manuel d’Economie Politique Traduction Bonnet. Paris, 1909, pp, 158–159). // Voir aussi le résumé et le commentaire des deux théories dans L. Leseine et L. Suret, Introduction mathématique à l’Économie Politique, pp. 75 et 122.]

Légibilité: Possibilité physique de lecture, quant aux livres.

Lecturabilité: Possibilités psychiques de lecture, quant aux lecteurs.

  1. Si donc l’on généralise le cas du Traité de physique, pris antérieurement comme exemple, et qu’on en exprime les rapports en terme de formule, on a

Lecturité = (Livres différents × Exemplaires × Idéo-grammites × Lecturabilités): Légitibilité

ou en abrégé:

 
 
 



rect>

 
 
 
 
 
 

 
 



 
 

  1. Pour toute communauté désireuse d’assurer par la lecture la culture de ses habitants et d’accroître l’usage social du livre, on doit conclure à la nécessité de pourvoir ses habitants d’un certain nombre de livres placés dans de bonnes conditions de lecture.
124.3 La statistique
  1. La statistique du livre se confond avec la Biblio-métrie. bien que jusqu’ici elle se soit appliquée principalement à dénombrer la quantité produite des livres (éditions). Mais la statistique commence à s’étendre maintenant aux tirages, à la circulation du livre, aux Bibliothèques, à la Librairie, aux pTix, etc… Déjà des travaux considérables ont été entrepris sur la statistique du livre. Ils ont porté sur les chiffres absolus et aussi sur les coefficients. Sans doute, il ne faut pas exagérer la valeur de ces chiffres car les dénombrements sont loin encore d’être complets, exacts, comparables. D’autre part, les coefficients que nous pouvons obtenir ne sont que des moyennes, qui comportent toutes sortes de variations, en fonction d’innombrables variables. Mais en tenant les nombres que déjà nous possédons comme provisoires, ils doivent être pour nous un acheminement vers des nombres plus exacts et plus complets.[^Voir par analogie Alfredo Niceforo: La misura della Vita. Extrait de la Rivista d’Anthropologia, Roma, 1922.]

  2. Statistiques. Voici quelques données chif­frées à titre d’évaluation avant que des études systématiques poursuivies aient permis de dégager des coefficients.

Nombre des œuvres. — Il nous reste plus de 1,600 ouvrages de l’antiquité grecque ou latine.

La production actuelle. — Elle varie de pays à pays, de branche a branche, d’année à année. La production littéraire allemande en 1932 a été de 27% inférieure à celle de l’année précédente.

D’après Holden, la statistique du nombre des ouvrages sur l’astronomie jusqu’en 1600 a été, siècle par siècle: 2e siècle (2), 3e siècle (2), 4e siècle (3), 5e siècle (5), 6e siècle (2), 7e siècle (2), 8e siècle (2), 9e siècle (5), 10e siècle (4), 11e siècle (8), 12e siècle (13), 13e siècle (14), 14e siècle (19), 15e [^1440, Le siècle de l’invention de l’imprimerie.] siècle (190). 16e [^Grand ouvrage de Copernic, qui fut publié en 1543.] siècle (1933).

Pour la zoologie, la statistique a relevé les travaux suivants:

    Périodes    Accroissement de la période   Total
    ----------- ----------------------------- ---------
    1700–1845   13.560                        13.560
    1846–1860   40.750                        54.310
    1861–1879   125.000                       179.310
    1880–1895   115.000                       294.310
    1896–1908   104.415                       398.725
    ————       —————————————                ————
    1700–1908   Total 398.725                 398.725

De 1911–1913 le nombre des ouvrages et mémoires scientifiques publiés sur les poissons atteint 1.178.

Quelques chiffres disent l’extension qu’a prise la Bibliographie médicale. L’Index Catalogue, dont la publication se poursuit, comprend 342.895 titres de livres et 1.527.038 titres d’articles de périodique. La Bibliothèque du General Surgeon Office de Washington, consacrée exclusivement à la médecine, comprenait en 1929, 842.395 volumes et brochures et 7.618 portraits.

On a établi que, sans compter les brevets, il paraît annuellement de un a un million et demi d’articles scientifiques et techniques (Dr. Bradford, The necessity for the standardisation of Bibliographical Methods, 1928).

L’U. R. S. S. déclare les chiffres suivants: 500 millions d’exemplaires en 1930, comparés à 120 millions avant la guerre. Maintenant 50% d’ouvrages sur les matières économiques et sociales et 30% sur les matières techniques au lieu de 5 et 14. On a publié 16 millions d’exemplaires d’œuvres de Lénine et 50.000 par an du «Capital» de Marx, 30 millions d’exemplaires classiques. L’an dernier il y aurait eu 52.000 titres d’ouvrages des 58 nationalités au lieu de 24 en 1913.

André Suarés écrit: «Il y avait cent manuscrits d’un poème pour cent princes amis de la poésie. Avec la Renaissance et l’incunable il y a eu cinq ou six mille exemplaires du même ouvrage pour vingt mille lecteurs. Il y a maintenant un million de volumes pour dix millions de gens qui lisent».

Un humoriste a dit: puisque beaucoup d’imprimés, à raison des subtilités de leurs rédacteurs, doivent être lus entre les lignes, il y a de quoi doubler bon nombre de chiffres.

On estime à I 2 millions le nombre de livres publiés depuis l’invention de l’imprimerie; à près de 200.000 la production annuelle de l’ensemble des pays; à plus de 75.000 le nombre des périodiques et journaux, à 1 millier celui des grandes bibliothèques générales et spéciales.

Il y a environ 30.000 revues scientifiques et techniques. On estime à plus de 3 millions le nombre des articles qui y sont publiés.

La Textil Chemiscbe Gesellschaft a publié plus de un million d’analyses bibliographiques classées par matières et par auteur.

Quelques chiffres donnent une idée du nombre des documents.

Les chansons populaires lettones sont au nombre de 218.000.

A son 85s anniversaire (oct. 1932), le Président Hindenburg a reçu 22.000 lettres, cartes-postales. dépêches et cadeaux; 1.700 télégrammes. Ces envois ont été enregistrés et il y a été répondu.

Durée d?élaboration des œuvres. — Le temps d’élaboration des œuvres varie d’une extrême rapidité a une extrême lenteur.

L’œuvre de Forcelïini (Totius latinitatis Lexicon) fut commencée en 1718. Interrompue à plusieurs reprises, elle ne fut terminée qu’en 1753, soit après 35 ans. Près de deux ans furent ensuite employés à la révision; le manuscrit fut transcrit par Louis Vio-lato, qui consacra huit ans à ce travail et l’acheva seulement en 1761. Le Lexique ne parut qu’en 1771. soit après 53 ans. Forcelïini était mort avant la publication de son œuvre.

Etendue des œuvres. — L’Odyssée se compose de 12.118 vers. L’Illiade se compose de 12.210 vers et chaque vers d’environ 33 lettres, cc% qui donne un total de 501.930 lettres Les poèmes épiques, lyriques ou didactiques des latins ne dépassaient guère mille vers dans un chant. Le roman de François Coppée. Henriette, soit un volume de 193 pages comporte 19.029 mots.

l^e MahabHhavata, est un poème de 200.000 vers dont chaque chant (il y a en a 18) égale presque rilliade en étendue. (Il y a, en outre, le Rigveda et le Ramayana).

Les chansons de geste ont une étendue très imposante. Ils renferment, en général, vingt, trente, cinquante mille vers qui se suivent par tirades de vingt à deux cents, et quelquefois davantage, sur une même assonance.

Le Roman de la Rote, œuvre capitale de la littérature française et même européenne, est un monument de 22.000 vers.

La National Education Association, fondée il y a 65 ans, accusait en 1923 pour le seul volume de ses comptes rendus (formant 1/10° du total de ses publications), une distribution de 111.000.000 pages. Son journal, de grand format, est envoyé à ses 130.000 membres.

En 1907 l’Armée du Salut possédait 69 journaux et périodiques et avait publié 1.013.292 exemplaires. (Dépt. des publications, Fortees Road, 79, London).

Les «Calendars» des Universités de l’Empire Britannique comprennent, pour une seule année, près de 50.000 pages.

Un milliard en billets de 1.000 francs formerait 2.000 volumes de 500 feuilles.

Tirage. — Au début de l’imprimerie, le chiffre du tirage habituel était de 275 à 1.000 exemplaires.

Le sermon de Spurgeon a été publié et répandu à un million tous les ans.

Le tirage du «Rotschilds Taschenbuch für Kaufleute», 60° édition, a atteint 1/2 million d’exemplaires L’Abécédaire Géorgien a été distribué à raison de 500.000 exemplaires sous le régime tsariste.

Edition. — De tous les livres, c’est la Bible qui a eu le plus grand nombre d’éditions. On lui connaît environ 700 traductions complètes ou partielles.

Poids. — «La plupart des livres anglais dépassent le poids de 409 grammes.»

Un livre de 3 centimètres sur papier India peut contenir 1.000 pages. (Exemple: l’Encyclopedia Britannica).

Prix. — On estime à 200 millions ce que coûte la production et l’organisation de la documentation chimique. De 1885 à 1893 de «Meyers Conversation Lexikon» il a été vendu pour plus de 24 1/2 millions de marks, soit plus de 143.000 exemplaires. Pour un livre scientifique de 350 pages tiré à 1.000, l’éditeur Alcan, avant la guerre, payait à l’auteur 500 francs et lui remettait gratuitement 50 exemplaires.

Typographie. lignes, lettres, mots. — Il y a 400 millions de lettres dans le grand Dictionnaire Larousse et à raison de 4.000 mots à la page (2 7.500X4.000) 90 millions de mots. Un volume de la € Bibliothèque scientifique Flammarion contient:

  1. pages: 300.

  2. lignes à la page: 29, total: 8.700;

  3. lettres à la ligne: 50, total: 435.000;

  4. mots à la ligne; 8 à 9;

  5. mots à la page, environ 215;

  6. mots au volume, environ 65.000.

Il y a le type de volume de 320 pages (20 feuilles) à 33 lignes par page (= 10.560 lignes) à 10 mots par ligne (= 106.600 mots). Certains livres de type courant ont 60 lignes en moyenne à la page. On estime qu’un ouvrage compte en moyenne deux volumes.

Lecture. — Un roman de 109.000 mots se lit en 4 heures.

1 heure = 25.000 mots 1 minute = 400 mots 1 seconde = 6 mots 1/2

soit une ligne en 2 secondes et une page à la minute.

Destruction. — On a évalué qu’en Russie, pendant la révolution, on a publié 60.000.000 de volumes, tandis qu’on en a brûlé I 5 millions.

Espace cubique occupé par les Livres dans les Biblio-thèques:

  à Hannovre: 220
  à Stuttgart: 225
  à Boston: 225
  au British Museum : 224

la division type des rayons sera:

  1 rayon in-folio = 45 centimètres
  1 rayon in–4°    = 35     
  5 rayons in–8°   = 125
    espace libre   + 21
  —                  ———
  7 rayons           224

ou 8 rayons in–8° = 200 + 24 = 224 centimètres.

La largeur des livres a été calculée:

  à Goettingen:  8°, 20 cent.
                 4°, 30 cent.
               fol., 40 cent.
  à Halle:       8°, 35-
                 4°, 25–35
               fol., 35–45
     grand in-folio  + 45

On peut compter 80 livres par mètre carré de surface latérale. C’est la moyenne, des calculs ont donné respectivement 100, 66 et 63. Il y tendance à diminution de la grandeur des livres.

Outillage. — La puissance de l’outillage technique du livre peut être mesurée par les chiffres suivants: machine à fondre les caractères (Wicks), 60.000 caractères à l’heure; machine à composer Langston Monotype. 12.000 lettres à l’heure; machine à imprimer ou presser, 50.000 feuilles à l’heure, quadruple ou Pall Mail, 200.000; machine à relier, à ronder, 6.000 volumes par jour; machine à couvrir de toile ou de papier, 22.000 volumes par jour.

De3 1910, les machines géantes débitèrent à l’heure 66.000 exemplaires d’un journal de 24 pages, pliés, ficelés en ballots, prêts à partir par la poste. Il suffirait de 10 compositeurs et 5 pressiers dans un grand journal pour faire le travail de 300.000 copistes.

Dès le commencement du XXe siècle, en Allemagne. 2 75.000 personnes étaient occupées dans les industries du livre et produisaient 100 millions en valeur pour l’exportation. Au même moment 125.000 personnes vivaient à Paris, de la presse, la pensée imprimée. Aux États-Unis, les capitaux investis dans les industries du livre étaient de 200 millions de dollars avec une valeur de produits annuels de 375 millions de dollars.

  1. En face de cette statistique du livre et du document devrait se dresser celle de l’état actuel de notre civilisation dont ils sont l’expression et où ils doivent servir à œuvrer. Rappelons celle-ci: nous sommes deux milliards d’êtres humains, répartis en trois continents. cinq parties du monde, 60 États. Nous avons construit un million de kilomètres de chemins de fer; nous possédons quelque 60.000 navires; nous pouvons par Zeppelin faire le tour du monde en 21 jours et par radio en quelques secondes. Annuellement le commerce extérieur universel dépasse un milliard et demi de livres. Des industries toutes récentes, celle de l’auto et du cinéma investissent respectivement des milliards de capital. Et quand nous nous mettons à nous battre et à tout détruire, sans que nous disparaissions, nous pouvons, comme dans la guerre mondiale, aligner au tableau 10 millions de morts, autant de blessés et 2.000 milliards de dépenses, francs-or.

Mais quand nous édifions ce sont d’immenses organisations. 400 associations internationales. 200 trusts internationaux, 5 religions internationales, une Société des Nations comprenant déjà 54 États.

Véritablement notre temps est celui du colossal.

  1. Il y a lieu de travailler ensemble à l’établissement d’une Statistique Générale du Livre en envisageant à la fois, les matières, les pays, les dates, les formes et les langues des publications. Divers essais de synthèse statistique ont été entrepris, dont le premier en date est celui de l’Institut international de Bibliographie. La difficulté de réunir des données exactes est considérable, mais On doit y tendre constamment. D’ailleurs, des données approximatives valent mieux que l’absence de toute donnée.

Le travail de préparation doit être réparti entre les divers pays et les diverses grandes spécialités, La statistique présentée au Congrès International de Bibliographie en 1910. publiée dans ses actes et aussi dans le Bulletin de l’Institut International de Bibliographie (1911), fasc. 1–3, page I, constitue une première base. Des formules unifiées et coordonnées (Tableaux) indiquent le but vers lequel il faut tendre. Le résultat final du travail et de ses conclusions, a été présenté en une série de diagrammes.

La préparation de la statistique générale du livre repose sur le dépouillement des bibliographies exis tantes. Il se combine aussi avec un travail d’inventaire des sources principales à centraliser et coordonner dans le Répertoire Bibliographique Universel. Il s’agit aussi de produire une sorte de Bibliographie des Bibliographies choisie, limitée aux grands Recueils fondamentaux de la bibliographie, la notice de chacun d’eux, étant accompagnée d’indications relatives à l’état actuel d’achèvement ou avancement, ainsi qu’au nombre des unités enregistrées. Ces recueils constituent les sources, toujours contrôlables de la statistique elle-même. L’Institut International de Bibliographie a établi sous çette forme des états statistiques et des listes bibliographiques préparatoires.

  1. La méthodologie de la statistique des imprimés a progressé. La Chambre centrale du Livre à Moscou a donné ses soins particuliers à l’élaboration de la statistique des imprimés russes envisagés sous les points de vue les plus divers î nombre total des unités imprimées. nombre des feuilles imprimées, tirage, réédition et reproduction, littérature originale et traduction, prix de vente, réparation territoriale de la production, groupes d’éditeurs (éditeurs privés, éditeurs scientifiques, éditeurs d’État), sujet traité, répartition de la production par groupes de lecteurs. Chacun de ces points est examiné sous quatre aspects différents: 1° nombre de spécimens imprimés; 2° nombre des feuilles imprimées contenues dans un spécimen imprimé; 3° tirage; 4° nombre de feuilles imprimées contenues dans le tirage total de toutes les publications. (N Jcnitzky).

La statistique des imprimés de R. S. F. S. R. (Russie) en 1926 (142 pages), dont les chiffres de la production des imprimés russes sont présentés dans une série de tableaux analytiques et synthétiques. Les questions posées et les réponses numériques qui leur sont données constituent une remarquable méthode. La classification décimale sert largement de cadre aux tableaux fondamentaux. (Travaux de M. Yanaitski.)

  1. Les premiers travaux d’ensemble sur la Statistique du livre ont été établis il y a quelque vingt ans par le Bureau International du droit d’auteur à Berne (M. Rôthlisberger) et ensuite par l’Institut International de Bibliographie. Récemment, la Commission internationale de Coopération intellectuelle a demandé à l’Institut International de Statistique d’inclure plus de données intellectuelles dans les cadres recommandés aux administrations, et par conséquent aussi quant au livre. Il est projeté que l’Institut International de Coopération Intellectuelle publie un Annuaire de la Statistique Intellectuelle qui réunira notamment les stat:stiques scolaires et bibliographiques des différents pays. Parmi les récents travaux particuliers, citons celui fort suggestif de E. Wyndham Hulme; «Statistical Bibliography in relation to the Growth of Modern Civilization. 1923». Il y est mis en œuvre notamment les données, non publiées ailleurs, relatives à l’International Catalogue of Scientific Literature.

L’ouvrage statistique de Enrique Sparn «Las Bibliothecas con 50.000 y mas volumenes. (Cordoba. Ar­gentine, 1924)», demeure une source générale pour la statistique des bibliothèques. — Dans le Jahrbuch der Deutschen Bibliotheken 1929 a été donnée la carte des bibliothèques et instituts allemands.

  Statistique générale des Livres 
  0. Ouvrages généraux
  1. Philosophie
  2. Religion
  3. Sciences sociales. Droit
  4. Philologie, Linguistique
  5. Sciences pures
  6. Sciences appliquées, Technologie
  7. Beaux-Arts
  8. Littérature
  9. Histoire, Géographie
  Total . . .
  Statistique générale des Périodiques
  0. Ouvrages généraux
  1. Philosophie
  2. Religion
  3. Sciences sociales et Droit
  4. Philologie, Linguistique
  5. Sciences pures
  6. Sciences appliquées, Technologie
  7. Beaux-Arts
  8. Littérature
  9. Histoire, Géographie
  Total . . .
124.4 La Mathé-Bibliologie

I. Une place aux mathématiques doit être faite dans la Bibliologie. Toutes les sciences tendent sinon à prendre la forme mathématique, tout au moins à recourir à l’aide des mathématiques comme à une méthode de recherches complémentaire (physique, chimie, biologie, mathématique, sociologie, économie mathématiques). L’absence presque complète de travaux théoriques de cet ordre n’est pas un motif suffisant pour ne pas introduire le sujet dans le cadre général de la systématique de la Bibliographie. La Mathé-bibliologie se rattache a tout ce qui est de In mesure du livre (statistique du livre, bibliométrie).

La mathématique constitue un langage. Elle exprime les rapports logiques entre les faits objectifs. Dans le domaine social, elle est le moyen de mettre en œuvre et d’utiliser la statistique et de la relier, par un sys-¿me de relations exactes, aux lois définies par la sociologie. On a montré, par exemple, qu’il est possible d’introduire l’économie dans le domaine des sciences précises, comme une théorie mathématique analogue à la théorie statistique des gaz par exemple, ou même à la thermodynamique en général.

On a montré, en un autre exemple, Que dans chaque nation il existe un rapport mathématique entre les prix de détail, le salaire et le nombre de chômeurs.[^F. Arnould: Theoritical study of unemployment, 1932.]