222 Eléments graphiques: les signes

222.0 Graphie en général

222.01 Les signes en général

Il y a les idées ou choses signifiées et les signes des idées ou choses signifiantes.

  1. Le livre est l’expression de la pensée par les signes. Toute pensée qui s’exprime a besoin de signes extérieurs. A la suite de l’évolution, les deux plus importants parmi les signes sont devenus la parole d’une part, l’image de l’autre. La parole a été notée par l’écriture, sorte d’image, dont les principaux types sont aujourd’hui à base phonétique. L’image à son tour, concrète au début, a donné lieu à l’image abstraite dont sont sortis d’abord les idéogrammes et les alphabets et de nos jours les graphiques, les diagrammes, les schémas, les notations dérivant des alphabets ou formés de signes conventionnels.

Dans le Document, dans le Livre, l’écriture, l’image, la notation viennent prendre place et. au stade de l’évolution qui est le nôtre, elles se combinent et s’amalgament en des dispositions et des proportions variées pour, comme à l’origine, mais plus adéquatement, exprimer la Pensée le plus intégralement possible.

Dans l’écriture alphabétique, dit Condorcet, un petit nombre de signes suffit pour tout écrire, comme un petit nombre de sons suffit pour tout dire. La langue écrite fut la même que la langue parlée. On n’eut besoin que de savoir reconnaître et former ces signes peu nombreux et ce dernier pas assura pour jamais les progrès de l’espèce humaine.

  1. En dernière analyse tout système de signes repose sur les propriétés physiques des corps qui se manifestent en vibration et sont perceptibles par les sens. Les vibrations sont visibles, audibles ou tactiles. Les dispositifs permettent la transformation des unes dans les autres.

Il y a par suite des documents visibles, audibles et tangibles.

Tous les sens ont été utilisés pour les signes. On a imprégné le papier de certain parfum, par exemple pour écarter les mites; on pourrait donc imaginer des livres destinés à donner des impressions odorantes diverses. On a donné au papier un relief, par exemple un gaufrage, un estampage, un perforage ou encore le pointillage de Braille pour les aveugles; le livre s’adresse ainsi au sens du toucher. Le rouleau phonographique ou le rouleau du piano mécanique sont destinés à l’audition. EU on a le livre par l’écriture et l’image, c’est-fc-dire pour la vue. Ainsi par la vue. l’ouïe, le toucher, le livre est devenu un instrument pour éveiller les sens, à tout moment, dans un ordre suivi, et pour susciter ainsi dans l’esprit un enchaînement d’idées et de sentiments.

  1. Les écritures sont de deux formes: alphabétique et idéographique.

I° Un alphabet est une série de signes ou caractères qui probablement ont commencé à être des dessins, mais qu’un long usage a abrégés et simplifiés et qui sont utilisés maintenant comme symboles des sons élémentaires de la voix humaine. Les combinaisons de ces signes, que nous nommons lettres, forment des mots. Ces mots nous nous en servons comme signe des idées et noua les combinons pour former un langage. Comme ces combinaisons sont purement arbitraires et formées par chaque langage par lui-même, elles sont inintelligibles du peuple qui pçrle un langage différent.

2° Les idéogrammes comme les lettres, ont été des dessins d’abord mais ils sont devenus par long usage de simples marques faites aisément a l’aide de la plume ou du crayon. Ils ne sont plus des dessins mais de pures symboles arbitraires des idées, intelligibles pour les per sonnes qui les ont apprises et non pour les autres. Les idéogrammes qui n’ont probablement pas commencé à être des dessins, mais qui sont connus du monde entier sont les chiffres I. 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9 et 0.

Les signes mnémoniques existent à côté de l’écriture pictographique. Ex.; Le bâton du messager; les quippos comme le nœud du mouchoir, les grains du rosaire, les encoches du boulanger.

  1. Nous avons besoin d’une théorie générale du signe, chiffre, notation, alphabet, image. Nous avons besoin d?un système graphique universel embrassant tous les signes d’une part, adapté à tous les besoins de l’expression, d’autre part.

Au cours des âges un nombre considérable de signes graphiques ont été créés; de leur ensemble se sont dégagés progressivement les alphabets. Des divers alphabets se sont dégagés quelques alphabets principaux et la tendance se poursuit vers l’unification sur la base de l’alphabet latin. On entrevoit pour l’avenir un grand système coordonné de signes graphiques s’étendant à tous tes langages, à tous les modes d’expression susceptibles d’exprimer ’a réalité entière perçue et réfléchie par la pensée.

222.02 Symboles. Allégories

Toute chose sensible qui devient la représentation d’une chose morale, d’un être abstrait, est un symbole. En ico-nologie et en numismatique, les symboles sont certains emblèmes ou attributs propres à quelque divinité ou à quelque personnage. Les symboles tiennent une grande place dans l’histoire des religions. Le sens est l’aine du signe, c’est l’idée qui»e cache sous le mot, dans la phrase ou derrière le symbole. Si le sens est double ou douteux, le mot et le symbole sont des équivoques. Mais il arrive souvent que les deux ou plusieurs sens caché» sous le signe sont subordonnés entre eux, c’est-à-dire que le premier en réveille un second, qui peut même en réveiller♦ un troisième; de là cette distinction en sens littéral et figuré (allégorique, spirituel, analogique, mystique).

Il y a toute une mystique des nombres et des formes élaborée et transmise au sein des mystères de l’Occultisme, de la Magie et c!e la Religion. Elle trouve son application aux objets, monuments et aux objets rituels. Elle consti-tue à sa manière toute une écriture, un langage.

  1. Il arrive qu’une idée s’associe à un signe particulier et qu’un langage emblématique s’établisse. (Ejc. les objets divers que les Malais de Sumatra s’envoient et qui, selon la quantité et la disposition des objets dans le paquet, morceaux de sel, de pomme, de betel, etc, expriment tel ou tel sentiment: l’amour, la haine, la jalousie). Mais il n’y a pas encore là un système d’expression, un moyen d’exprimer indifféremment toutes les idées.

  2. La symbologic chrétienne. — C’est une langue conventionnelle. Quand on assiste à un service du culte, chaque objet, chaque geste correspond à une idée, quelle que soit l’opinion professée. Quant à la réalité de ces idées et les relations qu’elles expriment, il faut admettre que le procédé est véridique. C’est une langue par objets, et elle est artistique par le goût des objets.

  3. Dans le langage de l’Ego en Théosophie. — Il ne s’agit pas d’un langage au sens ordinaire du mot, mais plutôt d’une communication d’idées, et d’une relation d’expériences au moyen d’images. Ainsi pour l’Ego, un son peut être représenté par une couleur ou une figure géométrique et une odeur par une ligne vibratoire; un événement historique apparaîtra non seulement comme une image, mais aussi sous forme d ombre et de lumière, ou encore d’une odeur écœurante ou d’un parfum suave; le vaste monde minéral ne révélera pas seulement ses plans, ses angles et ses couleurs, mais aussi ses vibrations et ses clartés.

(Eusebio Urban (Judge) The Path, juin 1890.)

222.03 Signalisation

  1. La signalisation a deux raisons d’être.

L’homme s’adresse à l’homme par des gestes, des cris, des appels, des signaux, en dehors de tout langage parlé ou écrit.

L’homme peut dire qui il est; toutes les choses, les plantes, les animaux, à notre connaissance, ne peuvent le dire. L’homme est donc amené à étiqueter les choses, o apposer sur elles un nom, un sigle, un numéro.

  1. De grands systèmes de signaux ont été établis. Ainsi les signaux en mer, dans l’armée, sur les routes. Il y a la signalisation automatique des trains.

Il y a les signaux horaires. La Conférence Internationale de l’Heure de Paris en 1912 a admis en principe que tout point du globe devait recevoir au moins un signal horaire de nuit et un signal horaire de jour, avec un maximum de 4 par 24 heures.

  1. Il est de nombreux instruments à bouche d’appel et de signalisation qui ne sont pas des instruments de musique proprement dit, mais sont néanmoins basés sur le même principe. Ainsi les sifflets, cornes et cornets d’appel, appeaux pour la chasse, etc,, en corne, bois ou métal. Il y a des instruments d’appel et de signalisation à fonctionnement mécanique, électrique ou luminique.

  2. Les signes sonores (l’ouïe) se perdent à distance et chaque fois qu’on s’en sert, il faut les renouveler. Les signes optiques, la vue. au contraire perdurent.

Donc dans l’ensemble ils ont un développement beaucoup plus parfait que la forme parlée. ###### 222.04 Importance de la graphie dans le livre

Le livre tout entier est formé d’éléments graphiques: écriture, notation, illustration. Tout ce qui touche à la langue, à l’alphabet, à l’orthographe, à la forme de l’écriture, à la disposition des textes, largeur de ligne«, marges, blancs, facilite ou retarde la lecture, doit par conséquent être retenu comme facteur du progrès bibliographique. Et à côté du texte, il y a l’image.