222.2 Notation et abréviation

A côté de l’écriture usuelle prend place une catégorie importante de signes et de conventions: La notation, les abréviations. Le problème se pose aussi d’un système universel de notation.

222.21 Notation

  1. La notation (la forme notée) prend place entre les mots de la langue (texte) et l’image. Elle exprime, sous une forme conventionnelle: 1° des éléments, parties ou aspects (termes); 2° leurs rapports entr’eux (formules, questions); 3° la classification des éléments et des rapports; 4° éventuellement leurs nombres et leurs mesures; 5° l’expression condensée des lois.

  2. Arrivées à un certain développement, les sciences créent leur notation. Ainsi, les notations de la mathématique et de la chimie. Cette notation est plus ou moins développée, complète.

  3. Une notation intégrale des sciences bibliologiques comprendrait ainsi les cinq ordres d’éléments susdits. Des premières réalisations de la notation bibliologique se trouvent:

  1. dans l’établissement de la Bibliométrie;

  2. dans les formules de la Psychologie bibliologique;

  3. dans les Tables de classification bibliographique, principalement dans celles de la Classification décimale.

  1. Le nombre: se dit de signes ou ensembles de signes qui représentent une quantité.

Chiffres: Le chiffre est l’expression matérielle d’une grandeur numérique, tout comme le mot est le signe d’une idée. L’un et l’autre répondent au même titre à une opération fondamentale de l’esprit et sont dès lors également indépendants.

Le système universel des unités a pris sa forme scientifique dernière en se fondant sur le centimètre, le gramme et la seconde, et en s’exprimant en la forme des nombres ordinaires suivant la multiplication et la subdivision décimale de toutes les unités (système décimal, système métrique, système C.G.S.).

Le numérotage en toute matière acquiert une grande importance. On numérote les dynasties, les souverains, les Pontifes, etc.

  1. La technique a créé une notation propre. Elle l’ap­plique aux plans; elle l’applique parfois sur la chose elle-même: machine, installation, locaux. Par ex.: la notation relative à l’électricité.

  2. La notation chimique représente généralement l’atome d’un corps simple par une lettre symbolique et la molécule de corps composé par des assemblages d’un certain nombre de ces symboles. De nos jours, la stéréo­chimie a créé un mode de représentation des rapports de composés par des figures à trois dimensions.

La notation chimique a une très longue histoire. Elle subit une transformation radicale avec Lavoisier et Berzelius. Elle poursuit son évolution.

  1. La notation musicale naît chez les Grecs. Le moyen âge en perd la clé. Il créa sa notation à lui. ces neumes en «pattes de mouches» (pedea maacarum). Cette «danse de cousin» muckentanz, comme dit Ambros, désignait vaguement la direction vocale sans valeur ni même intervalles précis.

Les neumes étaient des signes de notation musicale, usités d’abord en plain-chant, plus tard aussi dans la musique profane. A leur origine les neumes sont simplement les accents qui en grammaire marquent les inflexions de la voix dans le discours. Leur forme, d’abord cursive et déliée, devient plus large, plus anguleuse pour aboutir à la notation carrée. Chacun d eux a un nom particulier: il indique que la voix doit monter, descendre ou se tenir à l’unisson sans toutefois faire connaître la note d’unisson ou le degré précis de descente ou d ascension: la mélodie est supposée connue par l’usage. Pour suppléer à l’insuffisance de cette notation, Gui d’Arezzo, au XIe siècle, introduisit l’usage de la portée, composée de quatre signes, sur laquelle il échelonna les neumes.

Ultérieurement, on en vint à la forme actuelle de notes correspondant aux temps, aux mesures et aux clés. Le chef d’orchestre dirigeant un grand opéra (de Strauss par exemple) a devant lui une partition allant jusqu’à 27 portées synchroniques correspondant chacune à une des parties, instrument ou voix. Des travaux considérables ont été entrepris d’une part pour traduire en signes musicaux modernes In musique ancienne ou exotique, d’autre part pour substituer un système de notation plus simple et plus rationnel au système devenu traditionnel.[^Travaux de Tirabassi; Travaux de Hautston.]

  1. Leibnitz dans sa c characteristics universalis» a imaginé un symbolisme pour exprimer toute idée, semblable aux symboles de l’algèbre. Ce symbolisme a été réalisé dans les temps modernes par Boole, Peano, Burali, Whitehead. Russel, etc. (symbolisme logique, mathématique). On a appliqué la logique aux questions les plus controversées de la philosophie ancienne et moderne. (J. Butler, Burke). — Les symboles de l’algèbre et de la logique constituent une langue internationale semblable à l’Espéranto et à l’interlingua.

  2. Système de Notation.

Les chiffres, les lettres et les symboles conventionnels constituent des éléments de notation. Pour établir un système développé de notation avec lettres on dispose des trois systèmes. 1° Les exposants. Ex. Le système de la Bibliothèque Nationale de Paris. Ex.: A1, A2. A3. 2° Les répétitions des lettres. Ex.: AA, BB, CC, etc. 3° La combinaison des majuscules. Ex.: AB, AC, AD, etc. ###### 222.22 Abréviation

  1. Les abréviations consistent dans des suppressions de lettres ou de mots admises par l’usage et remplacées généralement par des signes courts: on les emploie pour écrire plus vite et en moins d’espace.

Les sigles sont des lettres initiales qui s’emploient comme abréviations d’un mot. Ainsi S.C.R.M. sont les sigles de Sacra, Catholica, Regia, Majestas.

  1. Les anciens usaient surtout des abréviations dans les inscriptions: mais ils s’en servaient aussi dans les lois, les décrets, les discours, les lettres et plus rarement dans les manuscrits de leurs ouvrages. Les Hébreux, les Grecs, les Romains se servaient des abréviations. Elles consistaient en une ou plusieurs lettres d’un mot, pour représenter ce mot. Voilà pourquoi Cicéron (signa verborum) les appelait singulœ litteræ, d’où l’on a fait siglœ, sigles. Il y a deux espèces de sigles: les sigles simples, qui désignent chaque mot par la seule lettre initiale, comme D. M. S. (Dis manibus sacrum), les sigles composés qui, après la lettre initiale, présentent une ou plusieurs lettres du mot, comme CS (consul), COSS (consulibus), S. P. Q. R (üenatus Populusque Homanus), AM (Amiens), Le mot grec par exemple K. A. P. A. I. (tête) faisant allusion aux cinq chefs de l’Eglise grecque, est composé des initiales de Constantinople, Antioche, Rome, Alexandrie et Jérusalem, D. O. M. se traduit Deo Optimo Maxime.

Il existe à la Bibliothèque Nationale de Paris un manuscrit, connu sous le nom de Virgile dMper, dans lequel plusieurs fragments de Virgile sont écrits en sigles. En voici le premier vers: Tityre, t. p, r. s. f. pour Tityre, iu patulae recubans su b fegmine fagi. De telles abréviations ne s’employaient sans doute que pour tenir lieu de passages trop connus, dont on ne voulait pas se donner In peine de faire la copie entière; autrement, elles seraient incompréhensibles. Chevillier, dans L Origine de / imprimerie de Paris, en donne un exemple tiré de la Logique d’Occam. On jugera par ce spécimen des singuliers rébus que les copistes donnaient à deviner: Sic hic e fal sm qd simplr a e pducibile a Deo g a e. Et silr hic a n e g a n e pducibile a Deo. Ce qu’il faut lire ainsi: Sicuf hic est fallacia sccundum quid simpliciter: A est producibile a Deo. Ergo A est. Et simi/iter hic: A non est. Ergo A non est producibile a Deo, Certains sigles embarrassent surtout les paléographes: ce sont ceux qui abrègent les noms propres.

L’emploi des sigles a été continué de nos jours. Dans certains, on double la lettre pour marquer le pluriel: ainsi MM (Messieurs), PP (Pères). Les sigles sont fréquemment employés en anglais. En ces temps derniers, surtout depuis la guerre mondiale, on les a multipliés en toutes langues. On a ainsi formé des mots conventionnels (ex.: U. R. S. S.) dont les syllabes, consonnes et voyelles, sont empruntées aux divers mots composant un nom, en particulier celui d’une association, d’une institution ou d’une firme.

  1. Dans des travaux comparés et de synthèse, quand il s’agit de comparer, compléter, reviser les résultats de divers auteurs, d’en composer un exposé unique, collectif, coopératif, on a poussé l’abréviation jusqu’à représenter les ouvrages cités chaque fois en référence, par la simple initiale du nom des auteurs.[^Ex. Decroly: Développement du langage parlé chez l’enfant, p. 19.]

Les abréviations sont une cause d’obscurité. Par exemple, dans les ouvrages d’histoire naturelle, le nom des auteurs en abrégé à la suite des termes taxonomiques.

Dans les livres scientifiques on écrit les longues expressions répétées à quelques lignes d’intervalle par les sigles de leurs principales lettres. Ex.: aksl. Altes Kirilulige sla-visch.

  1. Les abréviations jouent un rôle en Bibliographie.

En principe, elles ne sont pas désirables, puisqu’elles

peuvent exiger du lecteur de se référer des abréviations à la Table de celles -ci.

Mais on a fait valoir qu’il y a là une économie matérielle qui peut chiffrer et qu’il s’agit encore plus de faire gagner du temps à ceux qui manient beaucoup d’indications bibliographiques. Il y a donc lieu d’organiser les abréviations et cela dans une double direction; dans chaque science et dans chaque pays d’abord; dans tous les pays et entre toutes les sciences ensuite.

  1. L’abus qui a été fait des abréviations les a fait proscrire par le législateur moderne. C’est pourquoi elles sont interdites en Belgique, notamment dans les actes de l’État civil, dans le Livre journal, dans les actes notariés et dans les copies de pièces. (Art. 42 du Code Civil, 65 du Code de Commerce, 24 de ta loi de Ventôse, an XI). ###### 222.23 Autres signes usuels

Il existe un grand nombre de signes conventionnels utilisés en documentation. Avec les signes de correction typographique, les signes de soulignage et d’annotation de livres et de documents, etc.

Les signes suivants et d’autres possibles sont employés pour renvoyer aux références placées en marge ou au pied des pages. Lorsqu’ils sont épuisés, on peut faire usage de signes doublés.

|:----------:|:------------------------------------------| | | astérisque | | † | croix | | ‡ | double croix | | § | section | | ∥ | parallèle | | π [sic; ¶] | paragraphe = marque montrant qu’il y a un |:: changement dans le sujet de discours: | ☛ | doigt, index = attention, important | | → [sic; ÷] | l’Obèle*, signe que l’on rencontre dans::: les anciens manuscrits. L’obèle marque la::: la répétition des memes phrases et les::: mots surabondants ou les fausses leçons.:

222.24 Notation universelle

  1. A parcourir les publications à cinquante ans de distance (1802–1932), il y a incontestablement un nouvel aspect de la page texte. Celle-ci était formée presque entièrement de texte compact, fait de caractères typographiques. à la première de ces dates. Voici que le texte maintenant est de plus en plus éliminé et refoulé, produisant un double effet en sens inverse: avec les images, les publications deviennent accessibles par un plus grand nombre de personnes; avec les schémas, les cartes, les diagrammes, [es notations scientifiques, les formules mathématiques, le texte s’adresse à des lecteurs de plus en plus spécialisés.

  2. Ainsi naît tout un nouveau langage graphique, langage composite, fait de l’emploi simultané de ces divers moyens d’expression. Il suffisait autrefois d’apprendre à lire les caractères alphabétiques. Il faut maintenant apprendre à lire, à comprendre les autres modes d’expressions graphiques. Et il y a de nouveaux «illettrés», et une sorte de nouvel analphabétisme. Avec les modèles des choses, avec leur représentation à la fois figurée plus concrètement et plus abstraitement, les problèmes reçoivent une compréhension meilleure et plus claire, les définitions sont plus précises, les différents êtres, états, phénomènes sont mieux séparés et classés, leurs rapports sont mieux déterminés. Finalement tout?e mesure et les conséquences des mesures apparaissent sans difficulté.

  3. Peut-être sommes-nous sur la voie d’une méthode universelle d’expression. Elle combinerait en elle l’essentiel de ce que nous donne: a) la considération logique des rapports et des systèmes de rapports; b) la terminologie rationnelle; c) la notation (symbolisme, algorithme); d) les procédés du calcul et des équations mathématiques; e) la classification; f) les formes de la documentation. Tout ce qui existe actuellement à l’état séparé dans ces six ordres d’idées qui s’étendent à la linguistique, à la mathématique, à la logique, à la documentation, ne serait plus considéré que comme des cas particuliers d’une théorie générale.

  4. On aurait ainsi une notation pour l’ensemble de connaissances sur l’Univers et la Société. Ce serait là un progrès immense. Longtemps on a considéré les formules de Riemann, développées par Einstein, comme un échafaudage de symboles mathématiques, une ingénieuse algèbre. Voici qu’on est porté à y voir un des précurseurs d’une figuration de tout ce que comprend le vaste monde. La notation recevrait un développement universel parallèle à celui de la classification et du schéma.

222.3 Illustration
  1. L’illustration du livre et du document prend la forme d’images réelles, d’images schématiques et de motifs décoratifs. Le mot illustration est un terme générique qui s’applique à l’ensemble des vignettes et dessins que contient une œuvre, abstraction faite de ses espèces, de sa qualité et de son nombre. Ce terme comprend donc toutes les formes de présentation, tous les documents autres que les textes. Il correspond au mot anglais «Picture».

  2. L’histoire de l’illustration du livre est marquée par les étapes suivantes:

  1. L’enluminure ou peinture des livres: une des prin-cipales expressions de l’art du moyen âge. Elle est une source de renseignements sur la peinture des siècles primitifs; c’est un art d’une minutie extrême; Westu)ood (paléographe anglais) a compté n la loupe sur une surface d’un demi centimètre car té 158 enlacements d un mince ruban de couleur, bordé de traits blancs, sur un fond noir. Art complexe, essentiellement conventionnel.

  2. Dès 1423, gravures populaires en bois, origine même de l’imprimerie. Les premiers imprimeurs désirèrent voir les produits de leurs presses rivaliser autant que possible avec les œuvres des anciens calligraphes et enlumineurs. Cela les conduisit naturellement à intercaler des images dans leurs publications. Les livres à images, imprimés d’un seul côté et où le texte n’est que l’accessoire des figures, ont même précédé les livres où l’image n’est que l’ornement, l’éclaircissement, l’illustration du texte.

  3. XVe siècle. Gravure en taille douce (métal) inspirée de l’art du nielleur. mais le bois reste pour le livre.

  4. XVIIe et XVIIIe siècle. Gravure en métal.

  5. XVIIe siècle. Lithographie.

  6. XIXe siècle. Gravure sur bois (buis debout). Photo gravure. Trois couleurs.

A partir du XIXe siècle paraissent les grands illustrés, les magazines à gravures abondantes qui, en chaque pays, au nombre de plusieurs, apportent chaque mois, chaque semaine, voire chaque jour l’illustration graphique des événements d’actualité. Les journaux quotidiens ont fait une place aux clichés et paraissent abondamment illustrés.

Les journaux de mode ont été parmi les premiers à publier des illustrations.

  1. Les plus grands artistes de tous les temps ont apporté leur contribution à l’illustration des livres. Certains artistes dessinateurs et graveurs se sont particulièrement distingues comme illustrateurs.

  2. Jamais on a tant illustré de livres et jamais autant. Bien plus, jamais tant d’artistes n’ont travaillé ou pré­tendu à l’ornement d’un texte. Tous s’y mettent depuis 20 ans.

En Allemagne, l’illustration du livre est devenue si considérable qu’on l’a appeler «Illustrationsseuche» (épi-démie de l’illustration).

Notre temps, dit Neural h, est près d’être appelé l’Epoque des yeux. La démocratie moderne a commencé avec le discours, la presse, le livre. Aujourd’hui, c’est le cinéma, l’affiche réclame, le magazine illustré, l’exposition.

Le livre en fait devient de plus en plus un composé de textes et d’illustrations. Quelle est la meilleure de ces combinaisons? 1° Insertion des illustrations dans le texte. Mais il ne faut pas que le texte soit tellement coupé, fragmenté par tant de reproductions, séparé en tronçons quasi invisibles par d’innombrables hors textes, qu’on ait peine à s’y retrouver. D’autre part, il est difficile a faire coïncider sans complication ni monotonie les illustrations types avec les textes qui les commentent. 2° Publication à part du texte suivi avec un système de références commodes d’un volume d’illustrations et de planches. 3° Publication sous forme de monographies sur feuilles, l’image étant la base, et le texte étant son commentaire.

222.31 Images réelles

  1. Notion. — L’image est une figure représentant une chose et obtenue par le procédé de quelqu’un des arts du dessin.

  2. La surface réfléchissante devenue le miroir et la glace ont étendu la vision de l’homme. D’abord il a pu se voir lui-même, puis il a pu disposer sa vision dans des conditions plus pratiques, par réflexion d’angle, en angle comme dans les lunettes astronomiques.

Condillac instruisait sa statue en lui présentant des images et des sons.

  1. Espèces d’images réelles représentant des objets, leur apparence physique réelle ou interprétée artistiquement, les dessins à la main multipliés éventuellement par les procédés de reproduction et les images obtenues par la photographie, qui elles aussi peuvent être reproduites typographiquement ou litbogropbiquement, la photographie servant aussi a reproduire le dessin à la main lui-même. Dessin et photographie peuvent être documentaire ou artistique; ils peuvent avoir en vue l’illustration ou la décoration du livre; être insérés en lui ou faire l’objet de document distinct, séparé.

Il sera traité sous 253 de la photographie, des estampes, gravures; sous 272 des procédés de reproduction.

  1. Théorie scientifique.

  1. En physique, l’image est la reproduction d un objet par l’effet de certains phénomènes d’optique: un miroir reflète une image, la photographie fixe l’image de la chambre obscure, il se forme dans chaque œil une image d’un objet. L’image regardée dans le miroir ou dans l’eau paraît renversée.

  2. On distingue l’image réelle de l’image virtuelle. L’image réelle est celle qui est formée en un lieu autre que celui qu’occupe l’objet, par le concours de rayons déviés par la réfraction ou par la réflexion, comme celle qui se forme en avant des miroirs concaves. L’image virtuelle est celle qui n’est pas due au concours effectif des rayons lumineux. L’œil en reçoit l’impression par une erreur des sens qui fait supposer l’existence de l’objet sur le prolongement en ligne droite des rayons déviés, comme celle que l’on perçoit en arrière de tous les miroirs.

  3. Il y a en physique (optique) une théorie de la production des images; en physiologie une théorie de la perception des images, en psychologie une théorie de l’association des images, en pédagogie une théorie éducative des images. La Bibliologie requiert une théorie de la transmission des connaissances par l’intermédiaire d’images de mieux en mieux faites, de plus en plus multipliées et répandues au maximum.

  4. Dans une image: (paysages, portraits ou scènes de mœurs), il ne s’agit pas de relations exprimées, comme dans le langage (proposition, sujet, verbe, attribut) mais bien des relations implicites. Car ou bien l’image exprime des relations préexistentes en l’esprit dans lequel elles sont déjà traduites en mots; ou bien l’image tracée à l’origine est traduisible ensuite en mots.

Les relations et les éléments de l’image sont soutenus par les objets figurés, par les propriétés qu on leur y attribue (grandeur, forme, couleur), par les rapporta de position qu’ils y occupent. L’image est de perception simultanée, alors que le langage parlé ou écrit est de perception successive. Cependant l’esprit ne saurait percevoir instantanément. L’esprit doit analyser les relations incorporées implicitement dans l’image et ensuite, ayant ainsi compris, il peut désormais se servir de l’image comme de substitution de la synthèse comprise, substitution dans laquelle il est à tout moment capable de retrouver tous les éléments analysés, et d’autres encore.

  1. L’image et la mystique

1° A l’origine l’image revêt un caractère magique, mystique, sacré. L’image n’est pas seulement une représentation. Elle est quelque chose de 1 être representé lui-même. (L’envoûtement, le double.) L image participe du même caractère mystique que le nom de certains êtres qui ne peut même être prononcé. (Le nom de Dieu, l’Evangile qui est sacré, la Messe qu’on ne peut lire en langue vulgaire, ordinaire, etc.)

2° L’image «mentale» d’un objet est une réalité particulière. à côté de la réalité de l’objet; il s’agit de la décrire exactement, de telle sorte que, de la seule description, se déduisent les propriétés particulières de l’image, qui l’opposent à l’objet physique et à la forme de l’image.

3° Paracelse dirait que «l’homme se transfigure dans l’objet contemplé ou imaginé par lui». Dans l’objet contemplé, parce qu’il reflète tout les progrès réalisés sous l’impulsion de l’espèce humaine; dans l’objet imaginé parce que la, l’homme peut donner libre cours aux anticipations de son imagination et créer une image répondant à ses aspirations les plus hautes et à ses notions les plus précieuses de la perfection et de l’harmonie.

4° Les méditations connues et dirigées sur une image matérielle par sa forme même, son aspect sensible, deviennent le point de départ d’une suite d’autres images internes qui procurent un certain état mystique, la présence sentie d’un culte religieux.[^Le Berneucherner Bund dirigée par Wilhelm Stäh-lin (Munster).]

5° «Tout objet réduit d une dimension à une autre ne peut jamais être reproduit d une façon exacte. Le dessin d’une maison n’aurait que peu ou pas de signification, si nous n’avions jamais vu une maison; nous n’y verrions que des lignes et des ombres, il ne nous suggérerait aucune idée. Un dessin sur une surface plane réduit un objet de trois dimensions à deux dimensions: les tableaux représentatifs des périodes des mondes et des globes dans les ouvrages ésotériques, la réalité représente de quatre à sept dimensions et il s’agit d’interpénétration. Le dessin ici est analogue à la représentation du fonctionnement d’une montre en alignant les différentes roues sur un même plan. Les tableaux des réalités hyper-évoluées doivent être conçus spirituellement, sinon au lieu d’éclairer le sujet ils sont cause de confusion.»[^Max Heindel. Cosmologie des Rose-Croix. 1925, p, 201.]

6° Dès que l’instinct du merveilleux eut fait admettre à l’Homme l’existence d’êtres surnaturels, il éprouva le besoin de les représenter au moyen de figures sensibles, et il leur prêta l’aspect, les gestes, la physionomie des êtres vivants qu’il avait sous les yeux. Bientôt même il s’habitua à identifier les êtres divins qu’il avait conçus avec les images qu’il avait essayé d’en faire. De là le culte des images ou des idoles (idolâtrie signifie le culte des images).

De tous temps l’Eglise et les religions organisées eurent à s’occuper des images. Le rôle du double chez l’Egyp-tien; l’interdiction des images aux Hébreux par Moïse. Les Grecs ne croyaient pas à la nature divine d’une statue de Diane ou de Jupiter, mais attribuèrent subtilement à certaines idoles vénérées des vertus tout à fait merveilleuses. Dans l’Eglise primitive, les images ne furent pas d’abord honorées publiquement. Vers le IIIe ou le IVe siècle l’Eglise commença à relâcher sa sévérité à cet égard. Les Musulmans attaquèrent les Chrétiens sur ce point et prohibèrent les images. Des Chrétiens d’Orient manifestèrent la même répulsion; un empereur les soutint, le Pape les anathémisa. Le culte des images a triomphé, mais les protestants iconoclastes modernes, les attaquèrent sur ce point.

7° Dans l’Eglise catholique romaine, on se sert donc d’images et de statues, tandis que dans les églises d’OrienL les statues sont défendues. La doctrine catholique concernant la vénération des images a été formulée par le Concile de Trente en 1563 Les honneurs et la vénération leur sont dus, non parce qu’elles-mêmes sont divines ou possèdent quelque attribut particulier, mais à cause des honneurs dus a ceux qu’elles représentent, à leurs prototypes. Chez les Grecs, le culte des images est dit la dulia (vénération secondaire) paT opporïtion à la latria (culte suprême) qu’on ne peut offrir qu a Dieu seul.

8° Les millions d’images répandues partout et consacrées à l’écriture sainte ne représentent ni les dieux, ni leurs personnages dans les vêtements de l’époque (comme le croit la masse ignorante), mais suivant une conception idéalisée qui répond au goût d’artistes postérieurs. Les écoles de peinture italienne ont exercé l’influence

prépondérante: cela vient de ce qu’au moyen âge l’Italie était non seulement le siège des Papes qui gouvernaient le monde, mais de ce qu’elle produisait aussi les plus grands peintres, sculpteurs, architectes qui se mettaient à leur service.

  1. Dessin

«Le dessin, dit Léonard de Vinci, c’est une imitation de ce qui est visible, faite avec des lignes. On entend par le dessin non seulement la forme particulière des corps, mais encore l’analogie de toutes les parties qui en forment l’ensemble, qu’on appelle proportion. L’ensemble est ce qui présente à la vue l’union de toutes les parties d’un corps dans la proportion qui lui est propre, et sa perfection naît des rapports et de l’harmonie des mouvements.»

  1. Dessin et photographie

Le crayon des artistes qui savent voir et comprendre est doué de souplesse, de facilité, d’élégance, de ce don de simplification, de cette qualité essentielle qu’on appelle touche spirituelle et légère. Ils ont le talent de dire beaucoup avec peu de moyens.

Mais la photographie vient en aide aux artistes. Les épreuves photographiques sont pour eux un recueil incomparable d’informations, de notes précises mille fois supérieur aux croquis du dessinateur le plus alerte et le plus exercé.

Dessin et photographie se complètent. Il est des objets que la photographie rend imparfaitement.

  1. L’enseignement et le dessin

L’écriture de nos jours se double de dessin. Pourquoi ne pas savoir dessiner comme on sait écrire.

«De tous les exercices qu’on peut imaginer pour provoquer la spontanéité de la pensée, le plus naturel, le plus logique et le plus fécond est le dessin.»[^Jean Delville. — La défense de l’art. 1932.11.1.]

«Développer l’œil et la main par le dessin, c’est développer le sens de l’observation, le raisonnement, la sensibilité, c’est développer les instruments mêmes de l’intelligence, c’est donner à celle-ci un moyen de» exprimer, d’extérioriser la vision intérieure, en des formes, car le dessin, c’est l’idée rendue visible. Dessiner, c’est créer,»

«Le dessin est roi dans les écoles en Amérique».

La petite princesse Elisabeth d’Angleterre prend ses premières leçons de piano au moyen d une nouvelle méthode: les touches sont indiquées par diverses images d’animaux.

(Miroir du Monde, 5 mars 1932, p. 295.)

  1. Perspective

1° L’invention du dessin perspective a été une découverte immense pour la technique de la représentation, La troisième dimension n’a été représentable qu à partir de ce moment. De quand date-t-elle 7

2° Le premier effort fait pour représenter la réalité sphérique par un plan a été la perspective. Si l’on n avait pas trouvé ce premier mode de représentation, un autre mode greffé sur celui-là rendrait d’immenses services. Il faut donc dégager le problème, les condition?, les éléments de sa solution.

Géométrie descriptive.

Toute la géométrie descriptive est consacrée à l’étude des projections: projection octogonale sur deux plans, projection oblique, conique, sphérique, globulaire, stéréo-graphique. C’est la hase de la perspective et du dessin perspective. C’est la théorie des ombres, de la dégradation et de leur représentation. C’est la technique de la stéréotomie.

La cartographie met en œuvre diverses espèces de projections: a) Mercator; h) stéréoscopique; c) conique; d) Flamsted; e) Flamsted modifié; f) projections polaires. 9, Caricature.

La caricature est l’art d’exprimer une idée par le dessin.

La caricature (satyre, humour) constitue un départe ment important de documents.

Le nom de Debucourt. Daumicr. Monnier, Gavami. Forain jalonnent un siècle de la caricature française. Celle-ci a donné lieu à une Exposition (1932) et au Salon des Humoristes.

222.32 Images schématiques

  1. Distinctes des images donnant des choses leurs apparences réelles (images physiques et concrètes), il y a celles qui en donnent la figure idéologique, images intellectuelles et abstraites. Les premières conduisent aux secondes par d’insensibles transitions.

Pour l’assimilation des matières par l’esprit sont utiles des schémas, comme sont utiles des tableaux synoptiques et des plans de matières traitées.

  1. Les images schématiques comprennent: a) les schémas proprement dits; b) les graphiques ou diagrammes qui traduisent en lignes (courbes), en surfaces, en blocs les données numériques des mesures et dea statistiques.

  2. Diagrammes. — Par des traductions de chiffres, lignes et figures de documents de grande proportion, on obtient des diagrammes qui, pour approximatifs qu’ils soient, sont cependant pleins d’intérêt.

Les diagrammes sont des dessins géométriques qui servent à démontrer une proposition à résoudre, un problème, à représenter le rapport de situation de choses, ou à figurer d’une manière graphique la loi de variation d’un phénomène.

Les diagrammes sont donc constitués par dea courbes qui traduisent en lignes les nombres mesurant les phénomènes. Deux courbes de meme échellé comparées entre elles montrent en leur différence un rapport auquel à son tour peut être donné la forme d’une troisième courbe directement comparable aux deux autres. Ex. Le diagramme de Rueff, corrélation entre la courbe du chômage et celle qui représente les rapports des salaires aux prix de gros.

Le diagramme, figure géométrique, a une forme qui varie avec les données représentées. On peut concevoir rétablissement d’un appareil qui donne du phénomène un diagramme analogique dont toute la configuration varie avec les transformations mêmes du phénomène. Les propriétés du diagramme peuvent être étudiées mathématiquement, par la trigonométrie notamment. Elles peuvent donner lieu à des mesures qui seront celles des phénomènes et à un enregistrement pbotograhique donnant lieu à pellicule cinématographique.

Lies résultats d’une recherche peuvent avantageusement être mis sous la forme de diagrammes. Ex. Van t’Hoff et ses élèves ayant ainsi déterminé les lois de la cristallisation des sels de mer, les ont mis sous la forme de diagrammes triangulaires (stéréochimie).

L’Harmonigramme est le tableau chronologique de l’ensemble des réalisations à prévoir pour un certain travail à enlever à une date fixe. C’est un instrument de prévision, de coordination et de contrôle grace auquel la direction et ses collaborateurs ont constamment sous les yeux l’ensemble des opérations particulières a réaliser. L’enchaînement et la concommittance de toutes les opérations y sont intuitivement motivés. Aucune mémoire humaine ne pourrait se substituer a cet instrument synoptique qui permet de conduire méthodiquement et avec sûreté des milliers d’opérations. Exemple: Le tableau chronologique de l’Exposition de Bruxelles 1935 comprend 85 colonnes verticales pouvant contenir près de 3,200 fiches et indiquant les diverses catégories de travaux. Elles sont coupées par des colonnes horizontales permettant de suivre mois par mois la réalisation de chacun des travaux projetés, depuis son début jucqu’à sa fin. — L’Harmonigram-me transcrit donne le résultat de l’analyse d’un dossier administratif et donne l’image de sa vie.

  1. Les graphiques sont aussi des dessins simplifiés. Ils constituent un langage, le langage de la ligne. Dans toute étude où la forme prend de l’importance (par ex. la Zoologie), l’art du dessin annote les caractères et se lie étroitement à la statique, à la mécanique et à l’anatomie animale. Il donne, des formes à ces trois points de vue, une compréhension prompte et sûre.

En matière de botanique, on a publié, en Hollande, des descriptions qu’on a appelées des «penportraits». Au lieu d’avoir des diagnoses excessivement détaillées, d’un seul coup d’œil on a, dans ces ouvrages, des descriptions, des plans qui donnent bien l’équivalence des diagnoses. C’est alors, non plus à un texte que l’on a recours, mais à la vision directe, schématique.

  1. Les graphiques d’organisation des organismes (entreprises, administrations, instituts, secrétariats) ont pour but de rendre visible d’un coup d’œil: a) la composition du système: ses organes, son rôle, sa composition, son organisme; les opérations et l’ordre dans lequel elles doivent être exécutées: les organismes accessoires; b) les liaisons entre les différentes parties du système et certaines de ces parties et l’extérieur de l’organisme. Ces liaisons sont un des buts principaux du graphique; c) les fonctions et les noms des exécutants; d) l’ordre chronologique des tâches et travaux; e) les diverses modalités utiles à connaître pour la conduite du travail.[^Voir notamment le graphique de l’organisation du Contrôle Budgétaire établi par MM. F. Greiner et A. Martynoff. Bulletin du Comité National belge de l’Organisation scientifique, 15 juillet 1932, p. 88.]

  2. L’art d’établir des schémas (la schématique) doit devenir une branche de la bibliologie; elle est, en tant que celle-ci. la théorie de 1° enregistrement et de l’exposé méthodique des connaissances scientifiques.

La place du schéma dans le livre est indiquée par le tableau suivant:

  - Livre
    - texte (écriture)
    - image
      - concrète
        - réelle
        - fictive
          - dessinée
          - mécanique (photo, calque, enregistrement automati

que)—abstraite

La marche progressive de la constitution d’un langage schématique commun consiste en ceci: a) trouver une expression diagrammatique pour l’exposé de toute idée; b) obtenir l’accord collectif sur des schémas bases de manière que les études faites une fois serviront pour toutes; c) faire que sur le schéma collectif de base cha-cun indique ce que son travail apporte de neuf, soit comme addition, soit comme modification. Il suffirait de donner des couleurs conventionnelles à ce qui est général et connu, aux particularités individuelles et aux conclu sions propres au travail.

  1. Le Gesellschaft und Wirtschaft Museum de Vienne a produit une véritable renaissance des hiéroglyphes de l’idéographie (Wiener méthode). Dans le domaine de la statistique sociale, il a formulé ce principe; «Ce que l’on peut exprimer en images et en couleurs ne doit pas l’être en signes alphabétiques». La réalisation répondit aux nécessités de la visualisation «t de l’esthétique.

  2. Il faudra, dans les imprimeries, établir des cases pour la composition typographique des diagrammes et des cartogrammes. Si de telles cases existaient et si des indications pour leur utilisation étaient formulées et répandues, les auteurs trouveraient certes le moyen d’exprimer ou de préciser beaucoup d idées en s en servant sans devoir recourir à des clichés spéciaux dont le prix est généralement prohibitif.

    222.33 Motifs décoratifs

  3. L’illustration est une chose, la décoration en est une autre. Composition pittoresque et composition décorative.

  4. La calligraphie au moyen âge employait des ornements. des miniatures, des vignettes de toute nature.

A son début, la gravure sur bois, dite alors taille d’épargne, était exécutée sur des bois ligneux, filandreux, hêtre ou sapin, à l’aide d’un seul outil, le canif. Les tailleurs d’Ymaiges s’efforçaient à rendre simplement le dessin tracé sur le bois; ils y mettaient pas mal de science et toute leur âme: leurs naïfs fac-similés n’ont jamais été surpassés.

Ce que nous appelons l’adaptation typographique est recherchée aujourd’hui comme une bien rare qualité. En ce temps, elle était venue d’elle-même, un jour où le graveur avait tracé le dessin et la lettre sur le même bloc. L’instinct et le goût firent le reste; jamais images plus franches et vigoureuses n’épousèrent plus harmonieusement le texte.

Malheureusement, au cours du XVIe siècle, une autre recherche vînt altérer le caractère propre de la gravure sur bois. Les graveurs voulurent rendre les effets de perspective aérienne des tableaux, il» imitèrent les travaux séduisants de la gravure sur cuivre, au burin, qui se développait parallèlement. La taille se resserra continuellement. compromettant le résultat de l’impression.

Au XVIIe et au XVIIIe siècles, la gravure sur cuivre se substitua à peu près complètement dans le livre à la gravure sur bois. L’eau-forte, surtout, à ces brillantes époques, obtint un succès considérable. Par sa facture grasse et le charme de sa vivacité, elle atteint admirablement son but: l’arabesque jaillit spontanément sur la page, l’illustration directe, alerte, suit le texte rapidement en de gracieuses fantaisies, tandis que le noir doré de la morsure s’accorde délicieusement à la couleur des fontes en réalisant une parfaite unité. Pendant la Révolution, le beau livre disparaît complètement, et toutes les tentatives du XIXe siècle ne parviennent pas à renouer les bonnes traditions des siècles précédents. Au point de vue illustration, les différentes techniques de la gravure se confondent ou se heurtent; la gravure sur bois qui végète tristement s’est faite interprétative, elle est dite «en ton» et cherche à traduire par des teintes toutes les nuances du modèle. D’ailleurs, le buis a remplacé les bois de fil. sa matière parfaitement homogène, résistante et plastique, se prête à toutes les virtuosités du burin… mais, hélas, l’habileté n’a jamais remplacé l’Art.

La gravure sombra dans le métier, et l’apparition de la photographie devait achever la débâcle.

  1. C’est vers le milieu du XVIe siècle que la taille-douce fut introduite dans le livre. Les premières gravures de ce genre ont une facture rigide imposée par l’outil. — Jacques Callot et Abraham Bosse arrivèrent pourtant à donner au burin une souplesse extraordinaire qui, en modifiant la technique de la gravure, préparait l’avènement de l’eau-forte. — Au XVIIIe siècle, les grands maîtres portèrent l’art de l’eau forte à sa plus haute perfection et, suivant l’inoubliable exemple de Christophe Plantin qui fit appel à Rubens pour ses illustrations, tous les nouveaux éditeurs accordèrent leur préférence à la gravure sur cuivTe. — Au règne de Louis XIV – l’âge d’or du burin – l’eau-forte arrive à son plein épanouissement et l’école de Simon Vouët décore le livre de reproductions ou d improvisations mordues généreusement.

Sous Louis XV, l’engouement pour l’eau-forte est complet. C’est le temps où tout le monde fait de l’eau-forte et Madame de Pompadour, elle-même, n’hésite pas à y tremper ses jolis doigts. — Le livre s’enrichit de vignettes gracieuses, légères, de rocailles. de broderies d’arabesques et des charmantes compositions des maîtres et petits maîtres du XVIIIe siècle dont les impressions d’un blond doré s’harmonisant si bien avec les fontes élégantes de l’époque. — Au XIXe siècle, l’invention de la photographie entraîna la décadence de la gravure, précipitant celle du livre, (Tattegrain.)

  1. Notre temps est porté à supprimer les ornements. Il n’en aime pas moins les formes belles, bien proportionnées, harmonieusement riches de couleur; il les trouve notamment dans la nature. Le modernisme évolue rapidement, on peut déjà considérer avec recul le modernisme d’après 1900, 1910, 1920 et 1925.

  2. On a posé la question: Un livre doit-il être uniquement décoré ou doit-il contenir des personnages? Contre la figuration de personnages on allègue qu’il y a un grand danger de leur donner corps. Chaque lecteur le fait avec son tempérament et son goût. Il faut un artiste de génie pour imposer la conception du personnage. (Ex. Gustave Doré a créé Gargantua, Naudin a incarné Le Neveu de Rameau, Brouet Les Frères Zemganno,) Un ornement, un paysage accompagneront au contraire le texte sans entrer en lutte avec lui. Ainsi le faisaient les éditeurs français du XVIIe siècle. Ceux d’après-guerre y reviennent pour les éditions demi-luxes ou livres purement typographiques.[^Raymond Hesse: Le livre d’après guerre et les Sociétés de Bibliophiles.]

Fernand Lot a dit de Gustave Doré: «Traducteur du» rêve des plus hauts poètes de tout les temps, il n’a pas» été au-dessous de sa tâche. Il a su même si bien y» ajouter son propre rêve que sans lui désormais, Cer-» vantes, Dante et i’Arioste seraient appauvris». 6. Il y a toute une géométrie des tracés basée notamment sur les projections et la perspective. Il y a une composition décorative par combinaison de points, lignes, plans et jeux de fonds.

Le monogramme est un signe emblématique composé de lettres enlacées ou liées et qui expriment le nom propre d’une personne.

  1. Il faut applaudir aux progrès réalisés par les procédés photomécaniques. Au point de vue documentaire, le domaine de la science est des plus vastes et elle n’a aucun intérêt à en franchir les limites. Par contre, le domaine de l’art appartient aux artistes et le livre d’art a besoin de spécialistes conscients. Le livre est un conseiller, il guide, il inspire, il instruit. Le beau livre est, en outre, un précieux ami. Il faut pouvoir l’aimer sans arrière-pensée et pour cela aucun détail ne peut en être négligé. ##### 222.4 La page. L’esthétique du Livre

    222.41 Notion

De la mise en œuvre des divers éléments graphiques résulte la page ainsi que J’aspect qu elle prend: page texte, page illustration ou page mixte.

Les éléments de la page sont: a) les caractères typographiques; b) les illustrations; c) la décoration; d) la justification (largeur du texte d’où largeur des marges);

  1. la place donnée aux éléments, les colonnes; f) les blancs, les marges; g) la mise en page. On a traité précédemment des trois premiers points.

La mise en page est au livre document ce que la mise en scène est au théâtre.

Chaque partie du livre, chaque espèce de livre, chaque partie de chacune des espèces donne lieu à un type de présentation de la page imprimée. Ces types combinent des éléments communs avec des éléments qui leur sont propres.

La disposition de la page a été étudiée minutieusement, à la fois en vue de faciliter la lecture d’une part et de répondre aux desiderata de l’esthétique d’autre part. La pratique et ta bibliophilie deviennent lois. La page est destinée à être vue (lue). Le mécanisme de la vision est donc en jeu. Les lois de l’optique et de l’occulistique sont à dégager et à observer avant tout.[^a) Dr. Javal. — La lecture et l’écriture. // b) Cock. — Les Annales de l’Imprimerie, oct. 1910, p. 133.]

222.42 Historique

La page texte d’après les époques présente un aspect très différent: Grèce: compact, pas de ponctuations. Moyen âge. enluminé. Renaissance: gloses, commentaires. Moderne: illustration et rubrication.

Les premiers livres imprimés étaient parfaits à tous les points de vue. depuis le papier jusqu’à la reliure qui a tenu pendant des siècles. Ce fut suivi ensuite d’une période d’hésitations et de décadence relative de l’art typographique ouc l’on peut caractériser parfaitement par les productions si laides que l’on connaît bien. Au commencement du XXe siècle, il y eut dans l’imprimerie une renaissance eu point de vue artistique.

De nos jours, il s’est fait une réaction du style des imprimés publicitaires, des affiches, sur le style des livres et la composition. La mise en vedette des éléments est devenue de ce chef plus osée.[^Le Manuel de Géographie des frères Alexis offre des types caractéristiques d’emplois de textes variés et subordonnés.]

222.43 Les caractères typographiques

Il existe des signes numérotechniques qui ont plus de 4000 ans d’existence, des signes «alphabétiformes».

Lorsque la forme de l’édition est fixée dans ses grandes lignes, la première chose à faire est de choisir un caractère dont la physionomie roit en rapport avec l’esprit du texte. Cet accord entre l’œuvre littéraire et sa notation typographique est absolument nécessaire, car le lecteur en sera toujours influencé, même a son insu. La principale qualité a rechercher est la parfaite lisibilité et il est toujours dangereux d’adopter une fonte nouvelle, insuffisamment éprouvée.

Eviter le texte tout entier en capitales. Le bas de casse est plus lisible que les capitales. L’ensemble composé en capitales peut attirer l’attention, mais à la lecture la fatigue vient vite. La différenciation des grandeurs et des typtes de caractère est d une grande ressource pour distinguer les diverses espèces de données dans un texte. Par ex. le principal du secondaire; le résumé du corps même de l’ouvrage; les rubriques du texte lui-même ou des notes.

222.44 Lignes

La composition typographique s’opère en lignes continues. On pourrait, si l’on voulait, lui donner la forme de certaines figures.

Dans l’«Elan» de 1926, Osenfant s’est appliqué à des recherches typographiques (psychotypie). Il essaya d’adapter l’expression optique des caractères d’imprimerie au sens des mots. Il conclut: L’effet produit par les «formes sensibles» est puissant même quand il s’agit des signes conventionnels; les formes sensibles ne sont pas conventionnelles, mais impératives.

222.45 La justification

La largeur des pages a cette importance qu’elle permet des dispositions synoptiques ajoutées à la clarté du texte, rend aisée et rapide la référence à toutes les parties du sujet.[^Exemple: Liquidators Index and Summary of the Companies act and Winding of Rules. 1929; by J. H. Senior and H. M. Prak. London. Sir Isaac Pitman.]

Il est des conditions physiologiques imposées aux livres par nos organes. On sait combien est pénible la lecture des longues lignes exigeant un repérage difficile à chaque extrémité et à chaque commencement.

Les journaux ont ouvert la voie à la justification physiologique et rationnelle et en particulier le journal anglais. Des journaux présentent de front 7 colonnes de 5.5 cm. (L’Indépendance Belge). La fiche 12.5 X 7.5 e*t donc équivalente à la largeur de deux colonnes de journal. Dans le livre on a souvent établi deux colonnes, quand il était de grand format. La Société des Nations produit une quantité de textes imprimés souvent rebutants à lire parce qu’il» ne répondent pas à ces conditions. Les documents de la S. D. N. si difficiles à lire ont des lignes de 14 cm, 2/3, presque plus larges que trois colonnes de journal.

Les revues s’essayent n des caractères de plus en plus petits et à des justifications de plus en plus étroites. Ex.: Le Mouvement Communal (Bruxelles) imprime fréquemment ses pages (19 × 25) en trois colonnes, petit caractère, sans filet séparatif.

222.46 La mise en page

Toute une mise en page avec des colonnes, des demi-colonnes, des retraita a été réalisée pour rendre un texte plus clair, plus rapidement assimilable. pour permettre de se reporter plus vite et plus directement à un passage déjà lu ou à découvrir.

Ex.: Les sections du Conseil d’État français faisaient des rapports qu’on imprimait à mi-marge avec celui du Ministre. — Les Tables de la Classification Décimale, édition française et édition anglaise, ont réalisé des mises en page bien équilibrées.

De la mise en page relève la manière de couper les articles de journaux en renvoyant leurs suites plus loin, et la manière de disposer les articles de revue pour faciliter le découpage à l’aide d’un seul exemplaire.

Un exemple de disposition typique d’un texte est donné par les notices bibliographiques imprimées sur fiches et en général par de nombreuses formules dites administratives.

222.47 Les marges

Les marges sont l’espace blanc qui apparaît sur les côtés du texte d’un livre ou d un dessin. Une proportion des marges aux textes, des blancs aux noirs, s’impose. Les marges sont parfois utilisées pour les rubriques annonçant les sujets traités, pour des ratures, pour les références aux textes de base, De larges marges servent aux notes marginales du lecteur.

222.48 Les colonnes. Le sens de direction du livre

La colonne divise les pages d’un manuscrit ou d’un imprimé par le milieu au moyen d’un blanc ou d’une ligne qui les sépare de haut en bas. La page peut être divisée en plusieurs colonnes. Ainsi, la page des journaux, des dictionnaires et des grandes encyclopédies, celle des éditions polyglottes.

Les livres orientaux se feuillettent de gauche à droite, les livres occidentaux de droite à gauche. On peut disposer les pages soit dans le sens horizontal par rapport à la reliure, soit dans le sens vertical.

Il est déplairont d’avoir à changer le sens de lecture et de vision d’un livre, album et atlas. S’efforcer d’imprimer toutes les planches dans le même sens, de manière à n’avoir pa» à retourner le livre. ###### 222.49 L’esthétique du livre

La présentation typographique doit faire l’objet des soins les plus attentifs. C’est dans le choix des caractères pour titres, sous-titres et rubriques, c’e’t dans le sectionnement des masses en alinéas bien équilibrés que résident en gTande partie les conditions de la belle et bonne page écrite ou imprimée.

La simple typographie est un art véritable par la stricte proportion des caractères et des titres, par l’ordonnance ment des blancs, par tous ces détails dont la réunion produit cette chose exquise et rare: un beau livre.

Les grands principes que William Morris a engagés à observer sont les suivants. Il importe de ne rien négliger pour faire du bon ouvrage avec du matériel irréprochable, ce qui constitue l’unité du livre n’est pa» la page isolée; mais la double page du livre ouvert, les deux masses de texte n’étant séparées que par un étroit espace au pli de la feuille; la largeur des marges doit croître dans l’ordre suivant: la tête, les côtés, la base. Morris attachait une importance capitale à l’espacement, non seulement quant à l’assiette de l’œil de la lettre sur la base, mais aussi quant à la distance entre les lettres d’un même mot, les mots d’une même ligne, les lignes d’une même page. Il nous a démontré que même sans le moindre essai d ornementation un livre peut devenir une œuvre d’art, pourvu que les caractères en soient bien dessinés sur une base carrée, qu’ils soient de même nature et rapproché» dans la composition sans «blancs inutiles». Morris voulait que l’illustration, soit planche, soit ornementation, fit partie intégrante de la page et fut comprimée dans le plan du livre.

Ainsi l’esthétique au point de vue typographique est l’art qui consiste à donner aux travaux que l’on exécute le sentiment qu’ils doivent exprimer. L’esthétique est la science qui permet d’établir les principes et les règles de la beauté. Pour qu’une œuvre d’art appliqué soit digne de fixer l’attention, elle doit répondre aux trois conditions suivantes: a) remplir son but; b) avoir em­ployé logiquement les matériaux dont elle est composée;

  1. être conçue dans une forme d’art qui reflète l’époque dans laquelle l’œuvre a été créée. Pour le livre, les deux premiers points sont du domaine de la technique typographique. Le troisième point est du domaine des arts appliqués.

Des artistes, des illustrateurs collaborent à la confection du livre par la création de lettres ornées, entêtes, culs de lampe, illustrations de tous genres. Le livre peut donc être de l’art appliqué. Lorsqu’il est illustré, il ne peut plus être isolé des arts plastiques. Les artistes du livre ont souvent été les inspirateurs des diverses formes d’ornementation: ils ont aidé à la création des styles, c’est-à-dire à celle de la forme graphique du caractère d’un peuple à une certaine époque.

Dans le passé, le livre a appliqué à son illustration le style de son époque. A notre époque, il existe un style moderne adéquat aux exigences de notre temps, auquel chaque peuple créateur a déjà imprimé son genre propre. Le livre sera de ce style nouveau, style très compliqué, mais si savant et d une grande saveur artistique lorsqu’il est traité par un homme de talent.[^L. Titz. — L’esthétique du livre moderne. Publication du Musée du Livre. XIII, 1910.]

Le livre a réalisé le problème de l’art appliqué, de l’art uni à l’industrie et qui incorpore une pensée, un sentiment, une harmonie aux choses d’usage quotidien. Ce problème, qui est très passionnant, se présente pour le livre dans des conditions spéciales: sn multiplication. Le livre est une pensée qui a été réalisée.

Certains éditeurs excellent à donner à une simple plaquette toute l’importance d’un livre, tant par l’emploi des fontes d’imprimerie judicieusement choisies que par sa disposition graphique et par l’adjonction d’illustrations ou d’ornements propres à en accuser et à en relever la décoration.[^Voir notamment: Anatole France. Discours prononcé au cimetière de Montmartre le 5 octobre 1902. Paris, Edouard Pelletan, 22 p, în–4°.]

Mais l’art appliqué au livre n’a pas toujours été judicieusement réparti. «Les ouvrages les moins destinés à demeurer dans les bibliothèques, ces milliers d’opuscules boiteux sur des questions de petite érudition provinciale ou ces romans de cape et d’épée tard venus, sont d’ordinaire les mieux imprimés et les plus soignés, au rebours d’autres plus importants composés en tête de clou et dont le papier s’effrite.» (Bouchot. Le Livre, p. 238.)