224.8 L’exposé et les formes intellectuelles dans la littérature

En principe, de par son objet propre, la Littérature se distingue de la Science; mais dans la réalité, la distinction n’est pas toujours facile à déterminer et en pratique elle n’est pas toujours observée.

L’objet immédiat de la poésie est de séduire, celui de l’éloquence est de persuader, celui de l’histoire est de décrire les faits vrais pour en instruire les hommes. L’objet de la Science et de la Philosophie est de chercher la vérité dans la réalité et dans les choses, et d étendre le domaine de nos connaissances sur elles.

Les formes littéraires existent en grand nombre et entremêlent leurs éléments. On peut distinguer les formes élémentaires, la ptose et la poésie, les genres proprement dits. Force est ici de se borner à quelques observations générales, laissant tout le développement aux Traités de Littérature.

1° Les formes élémentaires. — Les principales formes élémentaires sont la narration, la description, le dialogue. L’unité de pensée s’exprime dans la proposition. Suivant le sens et la manière d’être, la proposition prend des noms spéciaux: la Sentence est une proposition qui ren ferme un grand sens; l’axiome est une vérité première évidente par elle-même; le Proverbe est une sentence devenue populaire; Y Aphorisme est une sentence ou un précepte scientifique, qui résume en peu de mots de grandes vérités; l’apophtegme est un dit mémorable. La Narration est la partie du discours qui comprend le récit des faits; I exposition la précède et la confirmation la suit. On distingue: I) la narration oratoire: elle exprime le fait sous le point de vue le plus favorable à la cause; 2) la narration historique: elle doit exprimer l’exacte vérité, mais ne le fait pas toujours; 3) la narration poétique: elle est laissée à l’imagination du poète.

2° Poésie, Prose. — La prose et la poésie s’appliquent à presque tous les genres. De l’inspiration naquit la poésie (langage des dieux). Entre la poésie et la prose, il y a plus qu’une distinction fondée sur la mesure, la cadence et l’observation des autres règles poétiques. Ces deux formes de la parole répondent surtout à deux manière!} bien différentes de sentir et d’exprimer le vrai et le beau. On distingue les poésies lyriques, épiques ou héroïques, dramatiques, didactiques ou philosophiques, élégiaques, pastorales ou bucoliques, érotiques, satyriques, descriptives. Au point de vue du rythme et de la mesure, on distingue I) la poésie rythmique. On y observe la cadence et le nombre de syllabes, mais non les quantités, car elles sont toutes réputées égales; telle est la poésie moderne en général et celle aussi des Orientaux. 2) La poésie métrique. Elle repose sur la quantité des syllabes dont les unes *ont brèves et les autres longues: ainsi la poésie grecque, latine, allemande.

3° Les genres iifférmres. — Les principaux genres littéraires sont la poésie, le roman, le théâtre, l’histoire et la critique. Feu à peu, au cours des temps, ces genres se sont constitués. Puis les grands courants de la vie et de la pensée les ont transformés; constamment il y a eu influence de chaque genre sur les autres.

4° L’Epopée. — A l’origine des peuples on trouve bien souvent des récits légendaires et poétiques, remplis d’actions héroïques et merveilleuses. Ainsi le Mahabharata et le Ramayana chez les Hindous, le Chah Namch chez les Persans, l’Iliade et l’Odyssée chez les Grecs, la Chan son de Roland chez les Francs, les Siebelungen chez les Allemands. Il est des poèmes épiques qui ne marquent plus les origines d’une littérature, mais qui se rapportent de précédents: la Pharsale de Lucain, Y Enéide de Virgile, la Divine Comédie de Dante, la Jérusalem délivrée du l’asse, le Paradis perdu de Milton, la Messiade de Klop-stock, la Franciade de Ronsard, le Télémaque de Fénéloi, c* Martyrs de Chateaubriand.

On donnait autrefois le nom de poème épique au récit d’une grande action nationale. On lui donne aujourd’hui celui d’encyclopédie poétique d’une civilisation (Charles Hitlebrand. Etudes italiennes), L’Iliade, c’est la guerre de Troie et c’est le contraste entre le monde asiatique et européen. La Divine Comédie, c’est la lutte entre le Pape et l’Empereur.

«Pour composer une épopée, dit Lalo, voici la recette. On écrit vingt-quatre chants, contenant quelques dieux aux enfers, quelques-uns au ciel, voire un en purgatoire tû l’on est bon catholique, un songe ou au moins un sommeil, une prophétie, un ou deux dénombrement» de quoi que ce soit; enfin une bataille. Ce récit doit être essentiellement noble et métaphorique; en vers si l’on peut; si l’on ne peut pas, en prose poétique.»

5° Le Roman. — De tous les genres littéraires, c’est le roman qui est devenu au cours du XIXe siècle le genre littéraire par excellence. S’il est inférieur à la poésie pour l’expression directe du sentiment, il la dépasse de beaucoup quand il s’agit d’en donner une analyse détaillée oi de développer des idées philosophiques ou artistiques, cl aucun genre, pas meme le drame ou la comédie, ne peut rivaliser avec le roman pour la peinture de milieux his toriques ou contemporains.

6° Le Discours. — Toute parole d’une certaine longueur prononcée en public et avec une certaine méthode. L’orn teur doit plaire, instruire et persuader. Les discours offrent la même variété que les genres d’éloquence: religieux, parlementaire, académique. Les rhéteurs divisent le discours en sept parties: exordc, proposition, division, narration, confirmation, réfutation, péroraison.

7° La Dissertation. — Est un discours philosophique qui diffère des compositions oratoires proprement dites en ce qu’il se borne à établir un point de doctrine par la voie du rairtonnement. sans s’attarder à persuader en faisant appel A l’imagination et à lu sensibilité. Analyser, exposer, déduire toutes les raisons qui vont à la même conclusion réfuter les adversaires, être soi-même invincible ou irréfutable: c’est là toute la dissertation.

8° Le Journal intime. — Des écrivains tiennent leur journal (Amicl (16.000 pages), Mauriac. Gide. Barrés, de Vigny, Pierre Lougi. Katherine Mansfield). Pour certains, la fonction du journal est de nourrir l’œuvre et ils ne publient à l’état brut que des résidus, les pages qu’l’» n’ont pas transformées en œuvres d’art, leurs carnets sont alors des recueils de notes qui servent pour leur’ œuvres. Pour d’autres, le journal est bien le miroir de l’âme intérieure de qui l’écrit: une œuvre qui possède»c* lois et son climat propre.

Le journal de Albert Schumann commencé le 12 septembre 1840, le jour de son mariage et où lui-même et sa femme devaient, alternativement chaque semaine, écrire tout ce qui les aurait touché tous deux dans leur vie conjugale. (Publié dans les.4nno/c» de Paris. 1932.)

9° Biographie. — Elle peut prendre des formes variéei: dire l’histoire de la personne; être un exposé purcmenl objectif de»es doctrines ou de ses opinions successives; considérer la personnalité comme un document psychologique de valeur exceptionnelle. Les biographies seront mêlées à l’Histoire générale: on a développé récemment le genre «biographie romancée» où la vérité objective; s’associe aux fictions de l’imagination.

10° L’Enigme, — De nos jours, l’énigme n’est guère qu’un jeu d’esprit. Mais les Anciens, et surtout les Orien taux, dont la langue abonde en images. l’employaient souvent pour exprimer des pensées plus ou moins profondes. L’Ecriture a gardé le souvenir de quelques enigmes de Salomon, de Samson. etc. Dans la légende grecque nous trouvons l’énigme du Sphinx, celle d Esope. Longtemps négligée, l’énigme fut cultivée au XVIIe siècle pai Boileau et par l’Abbé Cottin. Aujourd’hui nous la voyons remplacée par la charade, le logogriphe, le rébus.