241.2 Ouvrages d’ensemble

d’ensemble sont devenus nécessaires. L’utilité d’une bonne mise au point apparaît d’autant plus évidente que les travaux particuliers se sont multipiés. Il faut alors entreprendre le triage des publications et dégager les faits qui méritent d’être retenus, montrer l’importance respective de ceux-ci, et indiquer les conséquences pratiques et discuter les hypothèses auxquelles ils ont servi de base.

Que ces ouvrages t’oient rédigés sous forme de traité et de cours méthodique ou sous forme d’encyclopédie et de dictionnaire, leur but est toujours de condenser, de réunir en un seul ouvrage d’étendue limitée, toutes les connaissances actuelles relatives à leur objet.

241.21 Traités. Manuels

241.211 Notions

  1. Le traité est un ouvrage qui résume et condense, sous une forme concise et claire, nos connaissances les plus précises sur une science. Par un choix judicieux des matières, il s’attache à en présenter un tableau d’ensemble, insistant sur Ls faits acquis, passant rapidement sur les expériences douteuses et les questions mal élucidées.

Un traité magistral est un document fondamental; c’est une mine de renseignements bien coordonnés; c’est la somme des connaissances sur un sujet.

Le traité doit être d’abord le guide indispensable de tous ceux qui veulent s’initier à la connaissance d’une science, il est leur compagnon, leur ami de toutes les heures. C’est lui qui dans les universités fournit aux maîtres te cadre de leur enseignement et met les élèves en mesure de compléter par leur travail personnel des leçons qui ne peuvent guère porter que sur une partie plus ou moins restreinte d’un vaste domaine.

  1. Les traités et manuels seuls sont insuffisants dès qu’on aborde des questions nouvelles ou qui n’intéressent pas les auteurs de manuels et résumés. On est contraint de chercher des éclaircissements au delà d’eux, dans les œuvres originales elles mêmes. L’érudition alors n’est ni hors-d’œuvre ni vain ornement; elle est partie intégrante de la substance même de la recherche. (Meyerson. De l’explication dans les sciences, p. XIII.)

  2. Une science affirme sa constitution et son autonomie le jour où elle a donné lieu à un traité. Le traité naît ainsi quand les notions nouvelles d’une science exigent d’avoir recours à de nombreux mémoires épars dans les recueils scientifiques. Quand les matériaux innombrables sont accumulés, véritable entassement de richesses, l’esprit court grand risque de s’égarer au milieu d’eux s’il ne prend pour guide un ouvrage méthodique qui lui permette d’embrasser l’ensemble, tout en faisant connaître avec des détails nécessaires les éléments principaux.

Par exemple, une science aussi nouvelle que la criminalistique compte déjà un traité à 6 volumes (le traité du Dr Locard).

  1. Le traité systématique, s’il peut se décharger largement du détail sur le dictionnaire encyclopédique, réalise à un haut degré l’œuvre synthétique. Des esprits s’y essaient à embrasser l’ensemble de la matière, à l’ordonnance de la manière la plus coordonnée, à l’animer du souffle de l’unité. Dans les traités sont semées avec largesse des idées qui ont préoccupé souvent les savants la vie durant. Un traité est l’expression de l’esprit arrivé au but de son grand effort pour saisir et pour comprendre. Il est comme un testament intellectuel total à l’œuvre où il s’inscrit.

  2. Bien des sciences, bien des problèmes scientifiques ont été créés ou développés, en commençant par créer des chaires ou des instituts, en formant des professeurs, en amenant ceux-ci à écrire des manuels. En commençant par l’enseignement supérieur, on y prépare les organes et le personnel pour l’enseignement secondaire et primaire.

  3. Le traité doit embrasser les données d’une vue systématique et synthétique; l’encyclopédie, les répertoires et catalogues sous une forme monographique: le périodique sous forme d’information courante.

    241.212 Histoire des traités

Le traité est le produit d’une longue évolution historique qui n’a pas eu le même rythme dans tous les domaines des connaissances. Voici quelques faits.

  1. Tout ce que la géométrie élémentaire avait trouvé pendant l’époque classique fut résumé par Euclide (IIIe siècle avant J. C.) dans ses éléments «Stoikeia».

Peu de livres ont eu un succès aussi durable. Depuis son apparition jusqu’à nos jours, il n’a cessé d’ètre utilisé. Depuis rien d’essentiel n’a été changé. Les Anglais appellent encore leurs livres de géométrie élémentaire «Euclid».

  1. Les vrais manuels de l’antiquité sont les compilations du Ve et du VIe siècle, celles de Martianus Capella, d’Isidore de Séville, de Bolie, etc.

  2. Les Upanishad sont des traités de philosophie religieuse dont le nombre dépasse 200 et qui sont très différents entre eux. Ce sont comme des appendices aux «Brahmana» ou ouvrages d’exégèse théologique.

  3. L’établissement par Justinien au VIe siècle, des Institutes de droit romain, véritable traité de droit à l’usage de renseignement a apporté un type remarquable de traité.

  4. Avant la Quintinie, qui fut «directeur général des jardins fruitiers et potagers de toutes les demeures royales», il n’y avait pas de traités d’horticulture en France. C’est en observant les jardiniers, en les interrogeant, que la Quintinie apprit les secrets que s’étaient transmises les unes aux autres les générations de jardiniers.

L’idée de consigner l’expérience de la vie pratique des métiers est tard venue. L’encyclopédie au XVIIIe siècle ayant procédé à la description de beaucoup d’arts généralisés, après elle on a publié des traités ou manuels sur ces matières spéciales.

  1. Les Physiocrates n’ont pas fait de traité méthodique. La science n’a d’eux en ce genre que le petit Abrégé des principes de. L’Economie politique, disposé en tableaux et formules, a la manière des arbres généalogiques, écrit en 1772 par le margrave de Bade ou peut-être par Dupont de Nemours.

  2. Dans la période qui s’ouvre au XVIIIe siècle, les professeurs d’université créaient en Allemagne, surtout à Gottingen, pour les besoins de l’enseignement, la forme nouvelle ou Manuel d’histoire, recueil méthodique des faits soigneusement justifiés, sans prétentions littéraires ni autres.

Le traité ou manuel a pris un grand développement en Allemagne au cours du XIXe siècle. Histoire des religions. histoire des institutions, histoire littéraire ancienne et moderne, histoire de l’art, droit, sciences naturelles, Ü ne fut pour ainsi dire pas de hautes études qui n eut le sien. La France longtemps en retard sous ce rapport regagna le terrain perdu et produisît d’admirables traités.

C’est de l’Allemagne que pendant longtemps les autres pays ont été tributaires pour les ouvrages destinés à l’enseignement supérieur. h) Le traité de chimie organique fut réalisé pour la première fois par l’infatigable Beilstein. Actuellement, on ne trouverait plus de chercheurs ou d’hommes de science de la même envergure qui pourrait continuer sous le même esprit et en inspirant autant de confiance, ce travail qui s’est accru à l’infini. Il a donc été nécessaire de confier la construction des traités & toute une équipe de collaborateurs.

  1. En ces dernières années, un grand mouvement renouvelle les traités dans toutes les branches de la science et détermine la création de types nouveaux.

    241.213 Espèces et types de traités

Les traités réalisent des variétés nombreuses et tendent même à se fixer en quelques types fondamentaux. Il n’y n pas pour une science qu’un seul type de traité; il en est plusieurs, certains auteurs se plaçant à des points de vue différents, et ces traités vont en se complétant, en s’appuyant même les uns sur les autres. Les données suivantes le montrent.

  1. On peut distinguer;

le traité complet en plusieurs volumes:

un appoint de nouveauté (œuvre de création, opinion, discussion);

un compendium de vulgarisation ayant surtout pour objet de réunir en un seul, ordonné, facile à lire et commode à consulter, les nombreuses publications spéciales, importantes ou modestes et concernant chacune des points de la science.

  1. Les traités présentent l’exposé tantôt à un point de vue théorique, tantôt à un point de vue pratique, tantôt ils combinent les deux points de vue.

Un traité souvent comprend deux ordres de données: 1° une mise au point de la science traitée qui lient compte de tous les aspects ou problèmes, y compris les recherches les plus récentes; 2° un exposé des idées personnelles de l’auteur.

Il y a bien de grandes choses qui n’ont que de petites places dans les traités classiques, et qui dès lors méritent d’ètre abordées dans des ouvrages spéciaux.

Inversement, des ouvrages portent le titre d’encyclopédie tout en étant systématique (ex.: Encyclopédie des sciences mathématiques). Des ouvrages portent le titre de traité tout en étant alphabétique (ex.; 1 raité alphabétique des droits d’enregistrement, de timbre et d hypothèque, par E. Maguéro). c) Il existe des manuels alphabétiques (ex.: Le manuel alphabétique de philosophie pratique, par John Carr). Ostwald a écrit un traité de chimie en forme de dialogue.

Certains éditeurs se sont préoccupés de fournir des cours complets. Ainsi la librairie Savoy a donné un Cours complet d’Histoire naturelle: Botanique (Ph. van Tie-ghem, 1600 p.). Géologie (A. de Lapparent. 1280 p.), Zoologie (Claus, traduit par Moquin Tandon. 1566 p.).

Beaucoup de traités sont rédigés conformément au programme des cours de tel ou tel établissement d’enseignement (ex.: Traité des machines à vapeur, de Alheilig et Roche, rédigé conformément au programme des cours de machine à vapeur de l’Ecole centrale)

Souvent des maîtres ayant professé leurs cours à l’uni-versité ne l’ont pas publié, mais ils en laissent des notes. Et d’autre part, il se tiouve que certains de leurs élèves ont transcrit ces cour«à l’audition orale et que l*un d eux, s’aidant de notes et de transcriptions, en fasse la publication d’un livre (ex.: Histoire de l’Eglise, par J. D. Maehler, publiée par le R. P. Gams).

Le traité didactique exige des explications orales. Il n’est donc pas complet par lui-même, ce complément étant laissé au maître.

On a employé parfois la forme d’un ouvrage général, s’adressant au grand public instruit, et celle des rapports complémentaires renfermant des études techniques s’adressant aux spécialistes. (Ainsi J. Murray et J. Hjort: The Depth of the Océan, London 1912. relatif à la campagne océanographique du Michael Sats dans l’Atlantique).

Certains traités consacrés à une science sont accompagnés du sommaire d’une science auxiliaire. (Ex.: Louis Roule, Traité raisonné de la pisciculture et des pêches. A la 24° partie est jointe un sommaire d’océanographie).

Quand la matière auxiliaire est très importante pour un ordre d’étude, il en est fait un traité propre. Ex.: Traité de zoologie médicale.

Des ouvrages de grande étendue ont été résumés. D’autres ont été condensés (ex.: Le système de politique positive de A. Comte a été condensé par Ch. Cherfils, Paris. Girard, 1912). Le plan et dans la mesure du possible la lettre du texte ont été respectés jusqu’au scrupule. La Philosophie positive a été condensée par Miss Martineau.

  1. Traité synthétique. — Il semble aujourd’hui que les traités sont l’expression des grandes synthèses scientifiques. Qui veut reconstruire l’architecture de l’ensemble d’une science compose un traité. Et les ouvrages de cette espèce sont essentiellement de grandes architectures d’idées. Il ne s’agit pas de procéder par élimination ou clagage. ce qui en ferait un simple schéma, mais de s’arrêter à l’essentiel.

Les traités peuvent se contenter de résumer en un chapitre ce qu’ont dit les auteurs qui ont traité chacun fragmentairement du sujet, à un point de vue particulier; mais autre chose est utiliser tous ces éléments synthétiquement et substituer des notions coordonnées à des notions autrement décousues. Mais en réunissant en une même étude de l’objet étudié ce qui n’a été souvent vu que séparément chez plusieurs, parfois assez éloignés les uns des autres, on s’expose naturellement à établir des connexions plus ou moins inexactes, à réunir des dispositions exclusives Tune de l’autre, etc. Il faudrait avoir approfondi tous les groupes d’objets par des études personnelles pour éviter sûrement ces écueils. C’est impossible. Force est donc d’admettre les inconvénients de la méthode et de chercher ultérieurement à les corriger.

A côté ou au-dessous des travaux d’érudition, il faut à toute science des exposés synthétiques, oraux ou écrits. Dans des pareils exposés, les idées générales sont nécessairement au premier plan, tes faits au second, alors qu’au contraire, dans l’enseignement érudit, il faut, comme disait Fustel de Coulanges, une année d’analyse pour autoriser une heure de synthèse. (Salomon Reinach.)

Ouvrages d’introduction. — Il faut attacher le plus grand prix aux ouvrages considérés par leurs auteurs à faire prendre en quelque sorte par chaque science la conscience d’elle-même. Pour les mathématiques. Pierre Bontroux a réalisé œuvre semblable dans Les principes de l’analyse mathématique, exposé, historique et critique (2 vol. Herman, 1914 et!919) et dans L’idéal scientifique des mathématiques dans l’antiquité et dans les temps modernes (Paris, Alcan), L’auteur utilise l’étude approfondie qu’il a faite de l’évolution de la pensée mathématique pour écrire un traité dont on a dit qu’il était l’initiation la plus directe et la plus substantielle qu’on puisse souhaiter tout à la fois et indivisiblement à la science, a l’histoire et à la philosophie des mathématiques. Cet ouvrage soulève le problème du devenir de la science mathématique et il en dégage la mission actuelle des mathématiciens.

  1. Naissance de nouvelles formes. — On voit à un moment donné naître de nouvelles formes de traité et elles sont intimement liées à la conception même que l’auteur se fait de la structure même de la science.

Ainsi, dans les sciences naturelles, on a longtemps publié des traités dits de zoologie et d’anatomie comparée où Ton trouve le sujet traité de la manière suivante: Le règne est divisé en grandes sections qui sont étudiées séparément. Par ex.: Mollusques. Le chapitre commence par des généralités sur le groupe; c’est une anatomie comparée des mollusques dans laquelle on expose la variation des fonctions et des organes dans ce groupe, tel qu’on ferait au chapitre Mollusques dans un traité d’anatomie comparée tel qu’on le comprenait autrefois. Puis on annonce que le groupe se divise en tant de classes et immédiatement on aborde leur étude, on les examine séparément les unes à la suite des autres. Prenons celle des Gastéropodes, On les traite comme on fait de rem-branchement des mollusques, puis on passe à la sous-classe. de l’ordre au sous-ordre, sans se préoccuper des animaux qui possèdent les organes toujours de la même manière et alors on change brusquement de plan. On entre dans la zoologie pure. On décrit les familles, les genres principaux voire les espèces, mais sans en faire connaître autre chose que les caractères presque exclusivement exté rieurs qui les distinguent et qui sont suffisants au but de la zoologie qui est de nommer et de classer.

Ce n’est la ni de la zoologie ni de l’anatomie comparée, mais des chapitres d’anatomie comparée emboîtés les uns dans les autres et dont le dernier de chaque groupe contient un chapitre de zoologie pure.

Le défaut est que ce livre, concret pour être lu et consulté mais non pour apprendre quand on ne sait déjà. L’étudiant ne peut trouver de notions concrètes de descriptions analogues assises sur un être réel sans les chercher dans des monographies spéciales.

Un nouveau type de traité de zoologie a été réalisé par Yves Delage et Herouard (traité de zoologie concrète).

L’auteur»’est proposé de présenter les choses Sous la (orme où l’étudiant le désire, où il a besoin qu’elles soient pour en avoir une notion précise et pour les retenir.

La liaison s’opère entre revue et traité. Ainsi le Recueil de Législation, de Doctrine et de Jurisprudence coloniale, publié sous le patronage de l’Union Coloniale française, et en liaison avec le Traité de Droit Colonial de P. Dareste. Ce traité donnera une hase de documentation que le Recueil tiendra à jour, et réciproquement. Les 34 années antérieures du Recueil qu’il n’est plus possible à tous d’acquérir seront en quelque sorte résumées par le Traité.

Les trois publications suivantes ont été en partie coordonnées sous la direction du prof. J. E. Conrad.

Ces publications forment donc un traité, une encyclopédie alphabétique et une revue.

Certains traités sont en liaison avec des tableaux muraux (ex.: Manuel de l’arbre, édité par le Touring Club de F rance).

Beaucoup de traités sont établis en collaboration, notamment en Allemagne, où plusieurs rédacteurs spécialistes sont groupés sous une direction éditoriale. (Ex. Handbuch der Technischen Mykologie, de Lafar.)

Les temps sont venus où les science», continuant à avoir besoin de grands traités systématiques, sont dans l’impuissance de les voir produite par des individualités isolées. La collaboration A deux ou trois est devenue courante: celle d’une association d’auteurs, d’un comité d’action comprenant des douzaines de membres y fait suite. Voici que s’instaurent peu A peu des instituts permanents dont la mission dévolue d’abord A de simples monographies, s’étend ensuite A des rapports et ultérieurement à des refontes et mises A jour de ces rapporta. Les organismes internationaux officiels ou privés remplissent ¡ci une fonction très importante. Ce qui se passe A la Société des Nations et au Bureau International est particulièrement intéressant A suivre, comme ce qui se passe dans les Instituts Scientifiques du Gouvernement des États-Unis.

  1. Dans certaines matières, telles que l’art. le mot systématique a été pris dans un sens différent. Un ouvrage d’Art et d’Archéologie s’ouvre par une introduction donnant la définition et la division de l’art. Vient ensuite, coupée par période, l’histoire de l’art de différents peuples. c’est-à-dire celle de son développement organique. La partie systématique prend alors l’art dans son ensemble, elle l’étudie en lui-même, dans les matériaux qu’il emploie, dans les procédés qu’il applique, dans les conditions qui s’imposent à lui, dans le caractère qu’il prête aux formes, dans les sujets qu’il traite, dans la répartition de ses monuments sur toute la surface du terrain occupé pat la civilisation. (Plan du manuel de l’archéologie de l’art, d’Ottfried Millier, commenté par Perrot et Chippiez.)

s Après une période de synthèse philosophique et de théories esthétiques dont les deux tentatives les plus puissantes furent à ses débuts les Vorlctun/fcn über die Esihc-tik. de Hegel (1835–1838) et à son déclin la Philosophie de l’Art de Taine (1867), l’ambition des historiens de l’art dut se faire plus modeste. Avertis par l’insuffisance des encyclopédies éphémères, dont il serait d ailleurs injuste d’oublier les services, il» se bornèrent à des monographies. Etudier l’œuvre d’un artiste, l’histoire d’un monument, l’art d’une région, dépouiller les inventaires et les comptes, constituer des séries, dresser des catalogues, tel fut le mot d’ordre dans tous les laboratoires historiques. A l’histoire de l’art comme à l’histoire sociale en politique, on applique la devise célèbre de Fustel de Coulanges: a Une vie d’analyse pour un jour de synthèse.» André Zinkel. Histoire de l’art. Introduction.

  1. La philosophie a produit de grands traités depuis Aristote et depuis le moyen âge. Le Cours de Philosophie publié par l’Institut supérieur de Philosophie de Louvain comporte une série de volumes consacrés aux diverses parties de la philosophie par les divers professeurs.

Les traités types en psychologie sont ceux de Wundt. de Lieps. de James. d’Hôfdenmg. etc.

L’Allemagne continue à publier de grands traités. Par ex. celui de Joseph F robe» (Lehrbuch der experimer-tellen Psychologie, 2 vol, ensemble 1278 pages). Une somme, un ouvrage énorme, patient, serré et admira-blement documenté, comme il n’en paraît guère qu’en Allemagne, un traité que, grâce aux tables, on peut consulter comme une encyclopédie.

  1. Les auteurs des grands traités scientifiques sont placés devant une tâche énorme A raison des rapides transformations de la science.

• La difficulté d’écrire un traité de physique, dit M, E. H. Amagat. consiste A foire pince aux études nouvelles tout en répétant les théories classiques. S’il est opportun, de modifier dès maintenant l’exposé de certaines branches de la physique en groupant de loin, autrement sans lien apparent, dont la dépendance réciproque résulte aujourd’hui de fait» expérimentaux solidement établis, ne paraît-il pas dans d’autres cas. plus convenable au contraire et plus prudent de conserver sans modifications essentielles l’exposition consacrée, en faisant entrevoir que dans l’avenir des retouches et des adaptations pourront devenir nécessaires? Ne serait-il pas regrettable et prématuré, par exemple, de mutiler actuellement l’œuvre admirable de KreSnel, sous prétexte do la souder en un ensemble plus homogène aux théories électro-magnétiques? Il n’est donc pas de science, à l’heure présente, dont l’exposé soit hérissé d’autant d’écueils que celui de nos connaissances en Physique, si l’on tient compte surtout de la difficulté de discerner les travaux qui doivent rester, dans l’avalanche de matériaux trop souvent médiocres dont la science est de plus en plut encombrée, conséquence inévitable de son extrême diffusion.»

Le Traité de Physique de Chivolson est présenté comme un intermédiaire entre les livres classiques, rédigés souvent en vue d’un programme d’examen détermine et les mémoires originaux des ouvrages spéciaux.

Le grand traité de mécanique de Tisserand donne une exposition générale des connaissances de l’astronomie à 1» fin du XIXe siècle. C’est une œuvre magistrale et durable qui remplace le traité de Laplace; c’est un ouvrage qui condense tous les résultats antérieurs au point de vue mathématiques et physiques.

Le traité de géologie de Hang est le plus récent. Il est Ion étendu lé volumes). Il tenveise toutes les théories antérieures, montrant le dynamisme dans les phénomènes.

Le traité de géologie de Lapparat a remplacé en 1832 tous les traités précédents. En 1903 avait déjà paru la 6° édition. Il a pu, grâce à son succès, être tenu à jour. Il est comme un répertoire de connaissances de la terre à noire époque. L’ouvrage de Suess, grâce à son point de départ tectonique, a plus de vie. Le livre de Haug donne un enseignement par les gravures, qui enlève définitivement à la géologie ce qu’elle avait autrefois d’un peu rébarbatif.

Le grand ouvrage d’ensemble sur la paléontologie de Karl von Zittel est une révision complète des connaissances acquises sur les animaux et les plantes fossiles avec une histoire de chaque groupe, de son origine, de son évolution et de ses rapports vraisemblables avec les rameaux voisins.

Le grand ouvrage d’Yves Delage et E. Hérouard. (roilé de zoologie concrète, peut être considéré comme nn traité type.

Dans le cours de zoologie de J. Lensen. l’auteur choisit, comme type, pour choque groupe zoologique, un animal dont la description permet de dégager les caractères du groupe entier.

A propos d’un traité qui a fait époque (Les colloïdes, pat J. Duel aux, chef de InboraVolte à l’Institut de France. Paris, Gauthier Villars, 1920), on a fait l’observation suivante: que sur le nombre de travaux ayant pour objet l’étude théorique d’une matière nouvelle, il arrive qu’ils ne s’inspirent pas d’une doctrine unique. L’esprit se perd alors au milieu des contradictions et une mise au point»’impose. Le premier moyen est de réunir toutes les données certaines en un ensemble cohérent. Le second consiste dans l’élimination de détails inutiles et surtout des doctrines périmée». Les théories se succèdent en révélant des formes de plus en plus parfaites. On peut reléguer dans l’histoire beaucoup de lois et de règles reconnues fausses ou inapplicables qui, très connues auparavant, continuent à subsister pour la forme et la tradition.

Il y a des rassemblements de données connues qui sont éparses. Par exemple, les poissons du Japon avaient été décrits dans des recueils non seulement du Japon mais dans tous les pays; ils exigeaient des recherches bibliographiques absorbantes. Un répertoire dressé par MM. jordan lanaka et Snydcr (Journal of the College of Science, Imperia] University of lokio; t. XXX111, I, 1913) en a rassemblé et coordonne tous les documents dispersés.

Les ouvrages raisonnés des sciences appliquées ont une très grande importance. Il faut dresser sur des bases scientifiques et précises les préceptes de l’application, il iaut raisonner la pratique et l’emploi des choses, il s agit d’une part de considérer les objets et êtres décrits, tels qu’ils se comportent dans la nature et tels qu’on doit les envisager par rapport à l’usage que nous faisons d’eux. «Il s’agit de montrer comment les problèmes nombreux et parfois complexes que soulève la pratique, trouvent leur solution dans les études scientifiques et comment par suite ces dernières devant prendre leur rang et occuper leur place qui est la première, il est nécessaire de les exposer telles qu elles sont, comme d’en présenter toutes les conséquences.» [^Louis Roule. Traité raisonné de la pisciculture et des pêches.]

  1. La médecine a une matière immense à recueillir et à systématiser. Les traités sont des œuvres considérables.

Le nouveau traité de médeciuc et de thérapeutique s été publié en fascicules sous la direction de MM. Brouardel et A. Gilbert (40 fascicules, 200 fr. Paris. Bailère 1906).

Il est dit dans la préface: «Laissant aux dictionnaires et aux traités du temps jadis, la forme antique de lourds volumes, incommodes à consulter encore plus à lire, le nouveau traité parait en fascicules séparés, entièrement distincts, ayant chacun leur titre, leur pagination propre, leur table des matières. Chaque fascicule se vend séparément et forme un tout complet réunissant les maladies qui constituent des groupes naturels.

s Pour assurer à la publication une plus grande rapidité, les fascicules sont publiés aussitôt prêts, sans tenir compte de l’ordre des numéros «

Le Traité d’hygiène publié par Brouardel et Mosny, avec un grand nombre de collaborateurs (Paris, Baillière et Fils) est divisé en 20 foscicules qui ont paru mensuellement, mais sans suivre l’ordre des numéros afin d’assurer une publication plus rapide, écueils où s’étaient heurtés jusqu’à présent les grands traités de médecine publiés en gros volumes avec des collaborateurs multiples.

  1. Le Droit présente cette particularité qu’il a dans la pratique non moins que dans la théorie, besoin de textes et d’interprétation de texte. De là l’importance des traités de Droit, L’ordre suivi par l’exposé des traités de Droit fournit un moyen en quelque sorte mécanique de se retrouver dans le dédule des opinions et des décisions judiciaires.

Un ouvrage de droit anglais, tel que celui de Taylor Law of évidence as administered in England and Ireland cite dans ses 1253 pages environ 10,000 cas.

Les Pandectes belges (Corpus Juris Belgici) inventaire général du droit de la Belgique, par Edmond Picard et ses collègues comprennent plus de 120 volumes. Son fondateur a rapporté de ns un écrit spécial intitulé Une grande aventure juridique, la genèse et le déroulement de ce grand travail.

Le Traité pratique de droit civil français de MM. Planiol et C. Ripert est entrepris avec le concours de professeurs des facultés de droit. Il paraîtra sous une forme condensée un exposé complet de la doctrine de la législation et de la jurisprudence. Il comprendra 13 volumes de 800 à 1000 pages et un 14° consacré aux tableaux. Il combine en un seul ouvrage les avantages d’un exposé méthodique de doctrine, d’un répertoire de jurisprudence et d’un code annoté.

Le Traité de droit international public de Pradier-Fodcré est en 8 volumes d’un millier de pages chacun.

Il est accompagné d’une table analytique de 198 pages.

Du Droit Romain de Georges Cornil (Aperçu historique sommaire ad usucum cupidae legum juventutis. Bruxelles 1921, X–746 p.) son rapporteur a dit: c’est le fruit’ magnifique de trente années d’enseignement et d’une vie toute consacrée à l’étude et à de sérieuses recherches.

Il résume de façon personnelle tous les travaux antérieurs sur la matière, y compris ceux de l’auteur. C’est en 700 pages tout ce que la pensée humaine a, jusqu’à nos jours, enfanté de plus savant et de plus profond sur ce grand sujet renouvelé de siècle en siècle: le droit romain que les modernes comprennent mieux que les Romains eux-mêmes ont jamais pu le comprendre. C’est un chef-d’œuvre en son genre

  1. Sous le titre «Les archives du manuel social «, publié sous la direction des PP. A. Vermeersch et A. Muller S. J., paraissait périodiquement en forme de fascicules d’importance variable, des études dont l’ensemble composera un Manuel doctrinal de première valeur sur toutes les questions sociales à l’ordre du jour. Le fond J de cet ouvrage sera constitué par la réédition refondue, mise à jour et considérablement augmentée du Manuel social du P. Vermeersch.

  2. Le Manuel de littérature de Brunetière se divise typographiquement en deux parties: en haut des pages, un «discours» d’affilée sur la suite de lettres françaises jusque environ 1880; en bas des notices consacrées aux divers auteurs.

  3. Les traités d histoire sont les œuvres dites de seconde main qui sur le fondement de documenta originaux exposent les conclusions des auteurs sur les faits, li y a le traité d’histoire générale et le traité d’histoire spéciale.

Le difficile est le bon sectionnement des séries. Ex.:

Le répertoire chronologique de l’histoire universelle des Beaux-Arts, depuis les origines jusqu’à la formation des écoles contemporaines, par Roger Peyre. Vérification des dates. Concordances de l’Histoire des Beaux-Arts chex tous les peuples. Paris, H. Laurens, 534 p.

Par année, sous chaque année par pays, une table alphabétique des noms propres usités.

Dans l’Histoire spéciale (ex.: Histoire de l’Art). Il s’agit de présenter un tableau de l’histoire, l’évolution avec assez de détails pour que l’entraînement puisse en être suivi.

La difficulté est de faire une place aux influences des matières exclues des sujets traités. Il est impossible dans le traitement d’une matière si vaste et si complexe de conserver pour chaque partie des coupures rigoureusement synchroniques. Mais on s’efforcera du moins que le groupement et l’enchaînement logiques des œuvres et des faits ne soient jamais rompus.

  1. Les grands Grundrisse des Allemands sont élaborés I en collaboration d’après des plans généraux dressés par

les directeurs de la publication. Ex.: Le Grundriss de Ueberwcg.

  1. Il existe de grandes collections de traités ou manuels. Par ex. en français la collection des manuels Roret pour les divers arts et métiers.

La nouvelle collection des «Mises au point» (Paris. Gauthier Villars) a pour but de compléter avec un minimum d’efforts l’instruction générale scientifique et de la mettre au courant de l’essentiel de la science moderne. Ce ne sont pas des traités didactiques, ni des ouvrages de documentation, mais bien des livres de lecture scientifique; nulle formule n’arrêtera le lecteur et des figures schématiques ou photographiques éclairent constamment le texte. Un index sommaire des récentes publications accompagne chaque volume. Celui-ci comprend:

1° un rappel des principes essentiels nouveaux et anciens;

2° un tableau juste, assez complet et détaillé, très clair avec références et documentation (modérée) de l’état actuel des sciences, tant comme principe que comme application, en insistant davantage sur les plus récentes, peu connues du public d’âge mûr, sans négliger l’historique de la science étudiée, l’enchaînement des découvertes, l’évolution des idées et doctrines et le perfectionnement des méthodes;

3° des conclusions générales de l’extension possible de la science envisagée, les possibilités dévolution des théories et des principes; enfin les principaux problèmes qui restent à résoudre et perfectionnements à réaliser.

La collection des «Manuels Hoepli» comprenait dès 1906 plus de 900 volumes. Cette collection forme la plus vaste encyclopédie des sciences, des lettres et des arts ayant paru en Italie. Les manuels portent sur toutes les branches. Leur prix varie de fr. 1.50 à 12 fr.

On a appelé «encyclopédie» une collection de traités sur les branches des sciences humaines ou sur toutes les branches d’une science complexe.

241.214 Méthodes. Desiderata

Une méthodologie du traité se dégage progressivement de l’expérience. Plusieurs auteurs dans leur introduction en ont formulé certains principes.[^Yves Delage: Sur la manière d’écrire dans les sciences naturelles. Préface d’un mémoire sur l’Embtyo-fence des éponges s, In: Arcli, de zoologie expérimentale et générale, 2° série, t, X. 1892. Voir aussi la préface et l’avis au lecteur du traité de zoologie concrète du même auteur.] Des observations, recommandations, desiderata sont à formuler à ce sujet.

  1. Le traité doit être concis. Dire beaucoup de choses en peu de mots, tel est l’idéal du bon traité. Mais la concision ne saurait être au détriment ni de la précision, de la clarté, ni de la complétude.

Il doit résumer la multiplicité des faits et les découvertes quotidiennes. Le but est de dégager des milliers de monographies des «contributions» entassées sur les rayons des bibliothèques, les résultats positifs et les vues générales qu’il semble permis désormais de considérer comme assurés. C’est utile ne fut-ce que pour marquer plus nettement sur la carte les frontières des terræ incógnitas.

Le traité résume à l’usage des débutants tous les travaux antérieurs de manière a leur rendre l’étude plus aisée et à leur fournir sur toutes les recherches qu’il leur plairait d entreprendre un point de départ et une méthode.

Ils ne doivent pas être aussi complets que possible, mais l’auteur doit se préoccuper de ne jamais laisser le lecteur sans aucun renseignement sur un sujet. Les détails sont l’affaire des ouvrages plus spéciaux.

  1. Le traité doit être complet; il doit être l’exposé de toutes les matières de la science à laquelle il est consacré.

Il y a lieu d’envisager le traité le plus complet et en tirer ensuite des types moins complets, soit qu’on y omette des parties, soit qu’on en résume d autres.

En principe, il y a donc des traités de type élémentaire (minimum), moyen, supérieur (maximum).

Des procédés typographiques peuvent faire distinguer les degrés de l’exposé. Par ex. dans le sommaire et dans le corps même des chapitres, les idées et les faits de première importance sont imprimés en caractères gras qui attirent l’œil. (Ex.: Cours d’histoire: Ch. Guignebert. L’Europe et le moyen âge, de Dupont Ferrière).

Chaque paragraphe du texte est résumé en une phrase liminaire composée en caractères gras, (Ex.: Résumé aide-mémoire d’histoire de la littérature française de De Plinval.)

  1. Le traité doit faire application des fotmes bibliolo-giques les plus avancées. Fout ce qui a été dit des parties et de la structure du livre se retrouve ici. Un traité en fait est la réunion en une superstructure biblio-logique de divers éléments structurés plus simples. (Par ex.: le cliapitrage, les notes historiques et autres, les tables, la bibliographie, les illustrations, etc.)

Ainsi les idées générales qui dominent chaque science comme prémisses ou comme conclusion, les lois qu’elle établit, les grandes séries de faits et les formules qui les résument, sont exposées dans des paragraphes dont chacun porte un numéro d ordre et se complète par une suite de notes imprimées en caractères plus fins. Dans ces notes sont indiquées les idées d’une importance secondaire et les applications particulières de chaque loi; les assertions sommaires sont justifiées par des renvois aux ouvrages spéciaux d’où elles ont été tirées; parfois même les plus importants des textes que l’auteur a visé sont transcrits en entier. Par là. le lecteur est ou dispensé de recourir aux sources ou mis à même de savoir auxquelles il doit s’adresser aux plus riches et aux plus privés.

  1. Le traité doit être coordonné, il doit être synthétique. Les propositions les plus importantes sont à présenter dans l’ordre optimum de leur enchaînement. Beaucoup d’auteurs, pris de court par le temps, se bornent à reproduire comme chapitre d’un livre des études particulières parues en articles dans les revues ou présentées dans les congrès. C est un avantage de posséder en un même recueil l’ensemble de leurs pensées, mais ce serait un avantage plus grand s’ils s’astreignaient – travail long, méticuleux et difficile – de reformer leurs divers écrits sur une matière en un seul qui se présenterait dans l’unité de son corps d’idée et de sa forme d’expression.

  2. Le traité doit être systématique. La rédaction alphabétique est la plus éloignée de toutes des principes de la classification naturelle. Il faut dès lors, chercher à donner à la rédaction systématique tous les avantages de la recherche systématique. (Voir ce qui a été dit sous le n" 224. Exposés systématiques.)

La méthode de découverte n’est pas forcément celle qui convient à l’exposé des résultats acquis. En fait cet exposé se fait de deux façons s’il s’agit de toute une science: sous forme de dictionnaire ou sous forme de traité.

Dans le dictionnaire on expose à chaque mot ce que l’on sait de l’objet correspondant en utilisant toutes les lois qui s’y rapportent. On fait donc une synthèse d’explications. il en résuite qu’en général un tel article ne sera compris que par un lecteur déjà familiarisé avec les lois elles-mêmes. Les dictionnaires sont commodes pour chercher des renseignements, des détails que l’ordre alphabétique permet oc trouver aisément, mais ils ne donnent aucune Idée de l’enchaînement des lois scientifiques, c’est-à-dire de l’essentiel de la science.

Le traité se propose d’exposer cet ordre, un ordre linéaire et logique, mais il ne donne pas la moindre idée de la façon dont la science se fait. Ils sont précieux pour les gens de métier, savants ou étudiants. Dans les parties les plus avancées des sciences où l’enchaînement déductif des lois est bien conçu, ils sont d’admirables monuments de logique.

En somme, pour décrire l’arbre de la science, ou bien on le met en morceaux qu’on étiquette et qu’on range dans l’ordre alphabétique: c’est le dictionnaire. Ou bien on te décrit en allant des racines vers les feuilles: c’est le Irai lé synthétique, mais pour des raisons variées, on en éloigne toutes ou presque toutes les feuilles.[^E. Brucker; L’éducation de l’esprit scientifique. Revue scientifique. 30 mai 1906.]

  1. Le traité doit offrir de l’unité. Il est nécessaire que les gros traités soient faits en un seul traité, de temps et conçu avec un rigoureux esprit d’unité, faute de quoi l’indécision se produit dans les recherches et le défaut de proposition dans les vues. Les sciences, les faits ne marchent point d’un pas régulier. Sur certains points, ils sont stationnaires sur d’sutres ils se transforment avec rapidité; leur variation et leurs progrès sont subordonnés aux variations et sux progrès des sociétés. Il faut à un moment donné en tracer le tableau, ce que ne peuvent les périodiques.

  2. Le traité pourrait être à la fois impersonnel en re qu’il rapporte l’état de la science œuvre connue et personnel en ce qu’il donnera un classement et une direction de pensée aux données exposées et qu’il rattachera aux diverses matières classées des données nouvelles et originales.

  3. Le traité doit être à jour.

Le traité classique en élimine cependant tout ce qui trop récent ou trop individuel encore, risque d’être éphémère. Il doit aussi éliminer tout ce qui est tombé définitivement en désuétude et n’est plus pris en considération ou au sérieux par personne. Cependant il signalera en note l’existence du récent et du périmé.

  1. Le traité doit présenter des concentrations classées de données. Il y a des travaux possibles avec l’appareil bibliographique existant, mais fastidieux et provoquant le gaspillage du temps. Ainsi par ex., avec certains traités de zoologie, l’étudiant est obligé de prendre un animal et de rechercher, dans le chapitre anatomique tout ce que l’on dit de lui en citant son nom entre parenthèses, à la suite de quelque courte indication, de manière à se constituer un type au moins sur lequel il puisse reposer son esprit. Mais jamais il r’y arrive, car celui que l’on cite à propos de l’appareil digestif n’est plus cité quand on passe au système nerveux ou aux organes de la reproduction. Il n’arrive jamais que le même soit pris à propos de toutes les fonctions et l’étudiant se résigne, de guerre lasse, à prendre les choses comme il les trouve et à rester dans le vague des abstractions. Ce travail qu’il n’a pu faire, c’est à l’auteur à le faire pour lui. C’est à fauteur à lui présenter let chose» dans la /orme où Ille désire, où il a besoin qu elles soient pour en avoir une notion précise et pour les retenir. (Yves Delage.)

  2. Le traité, par son contenu et sa présentation, sera un stimulant au développement de la science et non une cristallisation. En montrant les progrès dans le passé, il doit être un rappel pour le progrès dans l’avenir: en indiquant les points acquis, il doit signaler les problème’ posés et restant a résoudre.

Le traité ne doit pas chercher à imposer le statu quo dans l’encre et le papier, et a le perpétuer sous cette forme.

  1. Le traité sera l’ouvrage essentiel de l’exposé fondamental de chaque science, l’ouvrage intégral. On y trouvera à leur expression optimum, les divers éléments bibliologiques combinés entre eux également.

  2. Le traité fera partie intégrale de l’organisation de la documentation et de l’édition.

Il en sera partie notamment: 1° en mettant en œuvre toute la série coordonnée des formes bibliographiques élémentaires; 2° en s’établissant en corrélation avec la série des formes fondamentales de publication (encyclopédie, revue, annuaire, atlas, bibliographie); 3° en appliquant les règles formulées pour la publication et pour la biblio graphie; 4° en étant une contribution au plan de la Documentation universelle. m) Le traité sera largement en coopération. L’organisa lion suivante, déjà largement esquissée dans la réalité, permettrait d’arriver à une documentation intégrale. Elle reposerait à la fois sur l’enseignement, sur les services scientifiques officiels et sur les sociétés scientifiques, les chaires des instituts supérieurs, les séminaires similaires de tous les pays, qui sont presque tous membres des associations internationales. Celles-ci pourraient assumer en coopération systématisée et continue, établir un traité fondamental de chaque science. Puisque les matières ont à être enseignées partout, le travail de mise au courant de la matière est déjà effectué par les professeurs. Les cours partout devraient être objectivés par un traité complet mis à la disposition des étudiants. Les assistants des maîtres, aidés d’étudiants, auraient la tâche de l’élaboration matérielle des traités au moyen des matériaux publiés de divers côtés.

241.22 Encyclopédie. Dictionnaire

241.221 Notions

  1. L’encyclopédie est l’ouvrage qui traite ou prétend traiter de toutes les sciences humaines. L’encyclopédie est aussi le terme donné à la connaissance de tout ce que l’homme peut savoir. Le mot vient du grec enkuklopaideia qui signifie littéralement cercle de sciences, de en dans, kuklos cercle et paideia, instruction science.

  2. Le mot encyclopédie a reçu cinq sens différents: 1° l’encyclopédie dite universelle; l’ensemble d’une science dans toutes ses notions abstraites et concrètes; 2 l’encyclopédie dite vulgaire; notions sommaires sur toutes les parties d’une science ou des sciences; c’est l’encyclopédie des gens cultivés; 3° l’encyclopédie comme science préliminaire, notamment pour préparer aux études; 4° l’encyclopédie comme science complémentaire (compléter les lacunes des études); 5° l’encyclopédie philosophique: ensemble des généralités abstraites et permanentes d’une science: les normes ou premiers principes; les constantes.[^Comp. E. Picard. Les constantes de droit, 1921, p. 1.]

  3. L’encyclopédie répand des connaissances sur tout ce qu’il n’est plus permis à personne d’ignorer: science, industrie, technique, histoire, art, société. Elle permet de suivre partout le mouvement grandissant de l’évolution humaine. A notre époque la curiosité de la pensée est devenue générale et l’encyclopédie est devenue l’outil de cette curiosité. C’est l’âge oii la riche matière des dictionnaires se systématise en encyclopédies méthodiques.

Nous sommes, disent toutes les œuvres, à l’âge de l’encyclopédie. Elles ajoutent: l’esprit le mieux nourri n’est pas celui qui connaît les choses, mais celui qui sait où les trouver (n’est-ce pas là une nouvelle version de la primitive devise de l’Institut International de Bibliographie; «Quid seit ibi scientiae habendi est proximus»). Il laut créer l’habitude de recourir à l’encyclopédie (Encyclopédie habit). L’encyclopédie est la pierre angulaire (Cornerstone) de la Bibliothèque. Elle est le lien entre tous les livres. La voilà pénétrant déjà dans l’école et de là elle pénétrera à la maison, comme le dictionnaire a débuté aussi par l’école aux États-Unis. Elle est le moyen illimité de répondre aux questions sans limite». Pas besoin comme aux livres d’index placé à la fin; tout sujet, si large ou si spécial, figure à sa pince alphabétique propre. El ils ajoutent encore: les connaissances qui ont coûté à l’homme des centaines de millions, on les achète aujourd’hui pour un prix vraiment insignifiant.

  1. Les ouvrages en la forme dictionnaires sont utiles pour ccncentrer des renseignements nombreux où l’on se préoccupe plus de la précision et de la «monographie de chaque sujet» que de leurs liens de dépendance et de connexion. Ce sont pat excellence des ouvrages que l’on consulte au lieu de les lire de la première à la dernière page. Les Dictionnaires comme les Encyclopédies sont des instruments plus souples que les infidèles mémoires. Ils les aident et laissent les hommes plus libtes, plus dispos. Ils fournissent vite, à toute heure, suivant les besoins de l’instant, les renseignements, la documentation de la vie, des sciences, des métiers. Ainsi l’instrument d’information par excellence est le dictionnaire dont la forme offre un ordre plus large, mais de consultation plus nt’ée que l’ordre logique ou scolaire des questions.

Un dictionnaire se compose de notices et chaque article étant un tout complet par lui-même, est plus compréhensible que les parties des traités qui reposent sur l’exposé antérieur. On peut donc les comprendre directement et par là tout en restant scientifique, on obtient un résultat de vulgarisation. On vise à donner l’exposé complet et scientifique des faits connus jusqu’à ce jour. e) Il y a inconvénients et avantages à la forme dictionnaire: il est impossible d’y trouver une question traitée dans son ensemble et il faut aller en chercher les éléments dans dix articles et patfois dans dix volumes. C’est le morcellement arbitraire et indéfini avec les doubles emplois et les répétitions innombrables. C’est l’absence complète de méthode et d’unité mal dissimulée par la régularité apparente que consacre l’ordre alphabétique. La lenteur avec laquelle paraissent les volumes et le nombre auxquels ils s’élèvent lassent souvent la patience du public.

Un traité et un dictionnaire ne rendent pas les mèmer offices. Quand on chciche un renseignement précis sur un point quelconque, on le trouve rarement dans un traité dogmatique. Ceux-ci étant des ouvrages classiques doivent être courts et peu coûteux, insuffisants et détaillés. Un dictionnaire facilite les recherches par le fait d’un vocabulaire détaillé. Certains articles très généraux sur des questions fondamentales peuvent constituer de véritables monographies rapprochant le dictionnaire du traité.

Une science pour être complète doit sortir des limites trop étroites où on la tient souvent enchaînée et envahir les domaines qui lui étaient autrefois interdits en les traitant du point de vue de la science envisagée.

Certes, sur ces sciences connexes, on n’utilisera que des livres cpmmuns et des mémoires déjà publiés, sans prétendre user du neuf; mais ce sera déjà une œuvre bien importante que de rassembler les données éparses, de manière à les présenter dans leur ensemble. En outre, l’histoire d une science, la biographie et la bibliographie ne sont guère présentées dans les traités. En conclusion, le dictionnaire n’est pas le manuel ni le traité, il n a ni la belle ordonnance ni l’enchaînement des idées qu’on admire dans ces ouvtages. L’ordre alphabétique s’y oppose. Il brise fatalement la suite logique, les intéressantes discussions sur les points controversés. En revanche il donne en peu de aigues tout ce que le lecteur a besoin de savoir; il replace les faits, les choses, les personnages dans leur vrai cadre, il résume les découvertes, le tout débarrassé des difficultés techniques et mises à la portée des esprits peu cultivés.

241.222 Historique

L idée de réunir dans un seul ouvrage toutes les connaissances humaines est fort ancienne. Les premiers livres confondaient tout; c’était des polygraphies dans toute la force du terme. L’œuvre du temps a consisté à distinguer les genres. Aussi les anciens livres sacrés, la Bible notamment, étaient de véritables encyclopédies. Moïse et Confucius ont été des centralisateurs. Les exposés de la philosophie antique, épanouis dans l’œuvre d’Aristote, offrent une idée de l’encyclopédie. Les écrits des poly-graphes grecs, ceux de Caton, Varon et Pline, ont un caractère encyclopédique. Au Ve siècle de notre ers, Martianus Capclla réunit en un seul livre les sept sciences qui composaient alors tout le savoir humain: grammaire, dialectique, rhétorique, géométrie, astrologie, arithmétique et musique. En avançant dans le moyen âge, on rencontre des encyclopédies spécialement consacrées à telle ou telle science et connue sous le nom de «Summae» ou IlSpécula». Salomon, évêque de Constance, tenta au IXe siècle un OicUonarium Universale. L’œuvre littéraire gigantesque du moyen âge est l’encyclopédie d’Albert Le Grand, 2I volumes in-folio dans l’édition Jammy (1615) et 38 in-quarto dans l’édition Sorgnet (I890–99). Saint-Thomas d’Aquin produisit sa Somme qui a traversé les âges. Sous le régime de saint Louis, au XIIIe siècle, le dominicain Vincent de Beauvais composa à la demande du roi, son Spéculum historiale, naturale, doctrinale et morale, vaste compilation destinée à reproduire les notions éparses dans les divers écrits. Cependant dans tous ces ouvrages l’idée d une encyclopédie demeurait encore incomplète. Des tentatives plus précises furent faites dès le commencement du XVIIe siècle. En 1606, un professeur de Brème, Mathias Martins. traça le plan d’une encyclopédie complète; Henri Alated publia à Herborn une Encyclopédie VU Tomis distincts (1620). Bacon, par sa classification méthodique des connaissances humaines (1620), sera le germe de ce qui devrait au XVIIIe siècle produire de véritables encyclopédies. Le dictionnaire historique et critique de Bayle (1696) a exercé une immense influence sur la direction des idées au XVIIIe siècle. On Ta appelé une œuvre à l’allemande, une compilation informe de passages cousus à la queue les uns des autres. L’auteur ne cherchait qu’un texte, un prétexte pour développer ses propres idées.

La plus célèbre des encyclopédies fut celle fondée par Diderot sous ce titre

«Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et métiers, par une société de gens de lettres, mis en ordre par Diderot et quant à la partie mathématique par d’Alembert (1751–1772, 28 vol., suppl. 1776–1777, 5 vol.; table analytique et raisonné, 2 vol. 1780).»

En tête de l’Encyclopédie fut donné le fameux Discours préliminaire, supérieur, disait Voltaire, à la Méthode de Descartes et égal à ce que Bacon a écrit de mieux.

L’Encyclopédie ne traitait que de certains sujets choisis relatifs aux lettres, aux arts, aux sciences ou aux métiers. E: elle les présentait dans leur ensemble.

Cet immense recueil fut plusieurs fois réimprimé. Monument grandiose des connaissances humaines et de l’esprit philosophique novateur, l’Encyclopédie fut un instrument de guerre en même temps qu’une œuvre de science. La Révolution y puisa la plupart de ses principes. Une infinité de publications du même genre ont paru depuis dans divers pays.

Les Encyclopédies se sont succédées en France, âpres la première. Le «Dictionnaire philosophiques de Voltaire. L’«Encyclopédie méthodique» éditée par Panckouke et Agasis (1782 1832) en 201 volumes; articles classés par matières constituant Je cette sorte une série de dictionnaires particuliers de diverses sciences. «Encyclopédie moderne» (1824–1832). «Encyclopédie des gens du monde» (1831–1844), «Dictionnaire de la Conversation. Encyclopédie nouvelle» (1834). «Encyclopédie catholique» (1838).

Le grand dictionnaire universel du XIXe siècle, de Pierre Larousse (1863) se propose ce programme: Combiner le dictionnaire et l’encyclopédie, enregistrer dans l’ordre alphabétique tous les mots, quels qu’ils soient, en groupant autour de chacun d eux les faits et les idées qui s’y rattachent et en donnant l’explication immédiate, faire un dépouillement complet du savoir humain répondant à la formule «Instruire tout le monde sur toutes choses».

En Angleterre, il y eut un mouvement encyclopédique parallèle à celui de la France et le devançant parfois. «The Encyclopedia» de Chambers est de 1728. L’Encyclopédie britannique publiée à Edimbourg (1771) a abouti à l’Encyclopedia Britannica de nos jours. (Voir ci-après.;

En Allemagne, de nombreuses encyclopédies furent aussi publiées. Celle de Zedler (1751), de Jablonsky (1767), de Koster (1779), de Hübner. VAllgemeine Ency-clopadic de Ersch continuée par Grüber (1818), le Kon-versations Lexikon de Brockhaus.

La Chine s’est montrée de bonne heure le pays des encyclopédies. Le Pài-Wcn-Y un-Fou est celle qui contient avec la langue tout ce qui concerne la Chine dans l’ordre physique et moral. Il est dû à 76 lettrés réunis à Pékin sous la présidence de l’Empereur Khangh-hi, œuvre de 127 volumes terminée en huit ans (1711).[^Sur les encyclopédies et les dictionnaires, voir Larousse, Dictionnaire Universel, Introduction et Ve Dictionnaire. Un exemplaire en 3,000 volumes de l’Encyclopédie chinoise a été donné aux Instituts du Palais mondial.]

241.223 Espèces

  1. On distingue les encyclopédies générales et spéciales, les exposés alphabétiques des exposés méthodiques, les encyclopédies réelles des dictionnaires de la langue, les traités, les encyclopédies des textes, des collections qui reproduisent les notions et les données.

On a distingué aussi les ouvrages encyclopédiques, lexicographiques et les ouvrages biographiques, ces deux dernières catégories devant cependant être tenues comme des contributions importantes à l’Encyclopédie totale.

La Terminologie est insuffisamment fixée. Les termes encyclopédies et dictionnaires s’emploient indifféremment quand l’œuvre est alphabétique. Parfois le terme encyclopédique a été attribué à des traités systématiques (par ex. l’Encyclopédie des sciences mathématiques).

  1. D’une manière générale, il y a deux grands types

d’encyclopédies: l’encyclopédie analytique qui prend

le type de dictionnaire, qui enregistre les détails et qui sert de «dock» aux curiosités de l’esprit; l’encyclopédie synthétique qui présente les éléments essentiels et expose le savoir selon les grandes lignes de la classification.

  1. Les grandes collections fractionnées en petits volumes constituent en fait de véritables encyclopédies systématiques. Ainsi les collections allemandes telles que «Gros-schen Sammlungep» et «Aus Natur und Geisteswelt» (Verlag Teubner).

    241.224 Types d’encyclopédie

Il existe un grand nombre de grandes encyclopédies. L’existence des unes a facilité l’établissement des autres.

  1. L’Allemagne possède diverses grandes Encyclopédies.

Le «Brockhaus» et le «Meyers Konvcrsations Lexikon». Celui-ci a été fondé en 1626. A chaque édition, le nombre de volumes augmente. (17 volumes de la 5° édition avec 10,300 illustrations et un tirage accusé de 250,000 exemplaires). La grande encyclopédie allemande «Der grosse Herdcr» (Herder et Cie, Freiburg. Maison Catholique), Elle ajoute aux données documentaires des réflexions et des conseils pratiques. Abondamment illustrée.

L’encyclopédie «Brockhaus» a instauré ce procédé de retirer de la circulation les anciens exemplaires, en les reprenant en payement d’une partie du prix. Car il ne suffit pas de lancer des livres nouveaux, il faut empêcher l’encombrement produit par les anciens.

  1. L’Italie a mis sur pied une encyclopédie nationale.

Un mécène – c’est la première fois que cela se produit – a fondé un institut pour établir cette encyclopédie. Il y aura trente-deux grands volumes illustrés.

D’autre part, une» Enciclopedia delle encidopedie» est en cours, en 16 parties spéciales de 1,000 pages, mais en vente séparément. L’œuvre sera complétée par deux volumes de dictionnaire synthétique. Comprenant tous? les mots du savoir su.vi d’une brève interprétation et de? références aux volumes où la matière a été traitée, c’est donc une fusion de la méthode alphabétique et de la méthode synthétique (trattatistico).

  1. L’Encyclopædia Britannica a été fondée en 1768. La 14° édition récemment parue offre des faits typiques du degré de développement où en sont arrivées les grandes encyclopédies. L’édition a été réalisée par la coopération de 3,500 collaborateurs de partout. Il a été dépensé £ 400.00Ü avant toute impression. L’œuvre totale a coûté £ 500,000 (environ 62 millions de francs belges). Il n’y avait plus eu refonte de l’Encyclopacdia depuis vingt ans. Les éditeurs annoncent leur œuvre comme la première Encyclopaedia «humanised», pratique au plus haut degré, complètement «pictured» (illustré) et non seulement à jour, mais «à la minute». Elle est l’œuvre d’une firme: «The Encyclopredia Britannica Cy Ltd», qui a fait copyright tout son contenu en 1929. L’éditeur en chef a été Mr. J. L. Garvín. Les éditeurs ont formulé ainsi les buts multiples qu’ils ont eu en vue: Pour tout ceux qui désirent comprendre le temps extraordinaire où nous vivons, les nouveaux mécanismes, les nouvelles structures sociales et économiques. Le «digest» des informations universelles que I on peut obtenir n’importe ou, sur n’importe quel sujet. Toutes les connaissances assimilées par l’Humanité et les informations indispensables sur aujourd’hui. Accessibilité immédiate à toutes les connaissances, les faits et les théories, tout ce qui est arrivé dans le monde et tout ce qui existe aujourd’hui, La solution apporte à généraliser des problèmes qui se posent à chacun à chaque instant dans la vie, dire comment faire une multitude de choses. Elle répond au besoin de lecture. Elle permet de continuer seul son instruction, la matière y étant exposée par les meilleurs maîtres.[^La présentation dit: «It in not only a book to consult, but a book to enjoy, without any sacrifice of that erudition which has been the peculiar glory of the Britannica in the past, it has been «humanised» so that the riches of all knowledge are accessible and intelligible to the plain man.»] L’Encyclopédie comprend approximativement le contenu de 500 livres de format moyen. Au prix moyen de 10 s. 6 d. chacun, cela ferait £262.10 *., soit approximativement dix fois le prix de l’Encyclopédie. Elle comprend 500 cartes, dont 192 en couleurs, et réunies en un volume avec un index géographique de 100,000 noms de lieu (Atlas-Index). Des bibliographies sont données à la fin de chaque article pour diriger la lecture. L’index alphabétique comporte un volume séparé: il comprend 500 mille rubriques, 15,000 illustrations visualisant le texte, plus de 1,200 planches, dont beaucoup en couleurs.

En tête de chaque grand article traitant des grandes divisions de connaissances, il y a une introduction indiquant quels articles sont à lire pour avoir une connaissance appropriée du sujet. Ceci est une caractéristique nouvelle.

Le papier de l’Encyclopédie est approprié à son objet. C’est le résultat d’années d’expériences. Il a été spécialement fabriqué. Le corps est de pur sulfite et chiffons.

Il est de couleur crème claire, opaque et velouté. Les pages sont faciles à tourner.

C est un fait remarquable qu’une œuvre de cette ampleur puisse être produite sous la forme d une entreprise privée. Elle marque une audacieuse tentative pour étendre de plus en plu9 le marché de l’Encyclopédie et par une publicité commerciale appropriée pour faire comprendre dans les milieux de la science, de l’éducation, de l’administration, des affaires, dans le milieu des familles, les avantages de posséder l’instrument d’étude et d information qu’est une grande encyclopédie. Le prix complet est de £ 27 6 avec reliure en pleine toile et meuble pour contenir les volumes. Le prix est de £ 1 à la commande mais il y a 25 payements mensuels consécutifs de 23/9 chacun. L’Encyclopaedia Britannica projette de reprendre et grouper en volumes spéciaux tout ce qui concerne telle branche de science et de l’activité humaine.

  1. Les Soviets ont mis en publication la grande encyclopédie russe. Aux États-Unis F Encyclopedia Americana est complétée par «The Americana, an Encyclopedia cl Current Events». D’autre part, la World Book Encyclopedia avec sa nouvelle édition en 12 volumes, 8,000 pages, 10,000 illustrations, a coûté un million de dollars d établissement.

En Espagne. 1*Encyclopedia España est fort bien documentée et abondamment illustrée.

L’Encyclopedia Espasa, de la maison «Espasa Colpe», comprend 70 volumes.

L’Encyclopédie anglaise «Europa» est sur feuilles mobiles.

Pour la France, le Larousse du XXe siècle en 6 volumes comprend 200,000 articles, 50,000 gravures.

La «nouvelle encyclopédie française» est en préparation. M. de Monzie en a conçu le plan. Selon la préface, il ne s’agit plus d’établir une compilation, ni un dictionnaire a qui serve de dock» aux curiosités de l’esprit. Les manuels, les ouvrages de diffusion élémentaire ne manquent point.

L’originalité de l’encyclopédie, qui comptera dix à douze volumes, consistera dans la substitution à la formule alphabétique, encore observée dans la dernière encyclopédie, publiée sous la direction de Marcelin Berthelot, d un classement nettement méthodique. Et, pour faciliter les recherches, un dernier tome recensera alphabétiquement touts les matières traitées. Enfin, suivant des règles à définir, l’ouvrage sera constamment mis à jour des progrès scientifiques. Les biographies seront réduites au minimum; aucune dépense romptuaire d’illustrations n’entravera t achèvement de la tâche.

Les méthodes qui interviendront à l’origine dans la répartition des sujets seront de la rigoureuse et féconde loi de la division du travail. L’esprit de parti sera exclu. On fera appel à l’Université, mais il ne s’agit pas d’une œuvre universitaire.

Les ressources? Il s’agit ici d’une entreprise désintéressée. Elle ne demande rien au budget. Par des dons, des legs, l’autonomie civile devant lui être octroyée par le Conseil d’État, elle devra s’assurer des fonds. Ni les libraires, ni les éditeurs ne siégeront au comité. S il y a bénéfice, il ira à la caisse des lettres et des sciences. L’œuvre s’inspirera de l’esprit de dévouement qui anime les savants.

241.225 Encyclopédies et dictionnaires spécialisés

Les encyclopédies et dictionnaires spéciaux existent pour toutes les branches de nos connnatssances: philosophie, sciences, arts, littérature, histoire, religion. Bible, etc. Voici quelques exemples et quelques particularités:

  1. Parmi les anciennes publications, on peut citer:

/ encyclopédie des sciences philosophiques de Hegel (1817), l’encyclopédie ri anatomie et de physiologie par Tood (Londres, 1835–1859). l’encyclopédie de la littérature anglaise de Chambers (Ib43), l’encyclopédie de la littérature américaine (1857), l’encyclopédie de théologie protestante de Herzog (1853–1859).

  1. En pédagogie: de 1903 à 1910 paraissent en 10 volumes «l’Ency dopa dische s Handbuch der Pädagogik»; en 1905 le. Paedagogisch Woordenboek» hollandais: en

1911 le a Nouveau dictionnaire de pédagogie» sous la direction de F. Buisson. Maintenant voici en Allemagne le «Lexikon der Pädagogik der Gegenwart» sous la direction de Picler (1930); en Italie «Pedagogía» de Santamaría dans 1*. Enciclopedia delle Enciclopedia #, M. Kormiggini.

Le nouveau dictionnaire de pédagogie et d instruction primaire de F. Buisson s’est assigné ce but: Donner aux maîtres un guide pratique et sûr de toutes les connaissances qui leur sont utiles, pour qu ils orientent convenablement leur enseignement, pour qu’ils connaissent bien l’œuvre à laquelle ils sont voués et pour qu’ils aient une idée exacte de l’avenir qui les attend.

Le dictionnaire donne à la (in une table alphabétique des articles avec renvoi aux pages, pour permettre de se rendre compte de l’ensemble des sujets traités et, parcourant d’un coup d œil les titres des articles, de voir quels sont ceux où iis pourront chercher un complément d’information sur tel ou tel point donné. In fine la liste des collaborateurs en faisant remarquer que les articles non signés doivent être attribués à la Direction du Dictionnaire. La liste indique la qualité des auteurs, mais non les articles dont ils sont l’auteur dans le dictionnaire.

  1. Dans le domaine de la technique, les dictionnaires techniques illustrés de A. Schloman sont publiés en anglais, français, allemand, italien, espagnol et russe. Les éditions nouvelles apportent constamment des extensions et perfectionnements.

Le «Pitman’s technical dictionary of engineering and industrial science in seven languages. (le 7* est le portugais) est édité par S. Slater avec une large collaboration.

L’encyclopédie technique des aide-mémoires Plumon (Paris, Béranger, Liège) est divisée en fascicules traitant chacun d’une partie bien déterminée de la technique. Cette division permet à chaque ingénieur, grâce à un nouveau mode de reliure, de se composer lui-même son aide-mémoire suivant ses besoins et avec le minimum de frais.

  1. L’Encyclopédie des sciences mathématiques de ce siècle est le résultat d’une collaboration de mathématiciens allemands et français, L auteur de chaque article de l’édition allemande a indiqué les modifications qu’il jugeait convenable d’intToduire dans son article et d’autre part la rédaction française de chaque article a donné lieu à un échange de vues auquel ont pris part tous les intéressés.

L’importance d’une telle collaboration, dont l’édition française de l’encyclopédie offre le premier exemple, n’échappera pas. Une édition anglaise suivant les mêmes principes était en préparation en 1914.

  1. Dans le Dictionnaire de Physiologie de Ch. Richet, le premier mémoire mentionné et indiqué immédiatement apres le mot même, est le mémoire fondamental et les indications bibliographiques principales. Les indications contenues dans ce mémoire, on ne les reproduit plus, et l’on se contente de rapporter, sans autre citation, les résultats scientifiques obtenus par les auteurs qui y sont cités. Pour tout le reste, il y a l’indication des sources auxquelles il a été puisé.

  2. Le dictionnaire médical de Dechambre déjà réédité comprend I DO volumes.

  3. Il y a des encyclopédies juives en français, allemand, anglais, russe.

    241.226 Dictionnaire, Lexique, Vocabulaire, Glossaire

  4. Un dictionnaire est un recueil de mots d’une langue ou de plusieurs langues, rangés dans un ordre, tantôt méthodique, le plus souvent alphabétique. On donne aussi le nom de dictionnaire à certains recueil» ou répertoires alphabétiques (dictionnaire de chimie, d histoire naturelle, de sciences). Le lexique est un petit dictionnaire qui renferme un choix de mots, ceux qui ont été employés à une époque ou par un auteur, ou qui appartiennent à tel genre. Le Vocabulaire est un dictionnaire alphabétique contenant les mots d’une langue avec une explication succincte, ou bien les termes particulier» à une science, à un art, à une époque, à une littérature. N! Enfin, le glossaire est un dictionnaire où l’on explique certains mots moins connus.

Le dictionnaire, dit Camille Lemonnier, est le trésor inépuisable de l’éloquence et du savoir humains; c’est le recueil énorme où se décante l’expérience des âges.

La lecture des anciens dictionnaires est pleine d intérêt. On se rend compte immédiatement de la conception des hommes du temps sur les sujets éternels.

  1. Les plus anciennes compilations auxquelles on puisse donner le nom de dictionnaire de la langue ne paraissent pas remonter au delà du règne d’Auguste. On en a donné deux raisons. Pour songer à compiler un tel ouvrage, il faut que la langue sur laquelle on travaille soit déjà à son apogée sinon à son déclin et aussi que l’on ait sous les yeux la collection dis ouvrages écrits dans cette langue. Avec l’établissement du centre intellectuel d’Alexandrie, ces conditions se réalisaient. Le premier en date est le Lexique homérique d’ Appollonius le sophiste, recueil des mots employés par Homère, qui parut à Alexandrie au temps d’Auguste. Il est suivi d’une série de glossaires et de dictionnaires, œuvres embryonnaires d’Androma-chus, de Pollux, d’Harpocration d’Alexandrie, de Photius de Suidas, etc.

Ce n’est qu’au XIe siècle qu’on trouve l’essai sérieux d’un dictionnaire: il est d’un certain Papia, surnommé le Lombard, qui lui donna le titre de Efemen farta m. C’est un vocabulaire latin dans lequel l’auteur a fait entrer, comme exemples, des vers et des passages grecs. Au XVe siècle Jean Crestone. carme de Plaisance, rédigea un dictionnaire grec-latin (M76). En 1523, Guarnio de Tavera publia un lexique grec intitulé: Magnum ac perutile Die-tionarium. En 1572, Henri Estienne. continuant les travaux de son père, mit à jour son fameux Thésaurus lingae graecae (5 vol. in-folio). Puis on vit paraître le premier dictionnaire où les mots français avaient été rangés par ordre alphabétique, celui de Nicot publié après la mort de l’auteur par le libraire Jacques Dupuys. Alors parut le Dictionnaire de l’Académie française (1694) dont la 17* édition a été publiée en 1844. L’Académie travaille constamment à des révisions. C’est un exemple à la fois d’une œuvre collective et d’une œuvre à édition continue.

Le dictionnaire étymologique de Ménagé est de 1650; le dictionnaire français de Richelet, de 1680: le dictionnaire de Trévoux de 1704. le dictionnaire universel de la langue française, avec la prononciation figurée (1813), le dictionnaire de la langue française de Littré.

Le premier dictionnaire anglais (latin-anglais) remonte nu Xe siècle, et se trouve dans une grammaire latine. Le fameux dictionnaire de Johnson qui domina tout le domaine de la lexicographie anglaise est de 1755. L’américain Noah Webster publia son dictionnaire en 1806, L’English Dialect Dictionary en 6 volumes fut achevé en 1905. Ce fut Charles Richardson (1775–1868) qui le premier fit attention à la signification changeante des mots. De là sortit l’«English Oxford Dictionary» commencé par la Philological Society en 1842 et achevé en 1928 grâce au travail de J. A. H. Murray.[^A survey of english dictionaries by M. M. Mathews, Oxford University Press, London.]

  1. Un dictionnaire est un catalogue de mots. C’est ’a matière première de la langue enregistrée et tout nouveau dictionnaire incorpore les anciens. Un dictionnaire est ainsi un ensemble de monographies classées alphabétiquement. Ces monographies peuvent être établies suivant un même plan et embrasser toutes les mêmes éléments, présentés chaque fois dans un même ordre. Ainsi le Dictionnaire de la langue latine, de Freund, donne les éléments: 1° grammaticaux; 2° étymologiques; 3° exé-gé tiques; 4° synonymiques; 5° historiques spéciaux ou chronologiques; 6° rhétoriques; 7° statistiques.

Dans son dictionnaire grec-français, Alexandre résume et classe au commencement des grands articles les différents sens d’un mot, en renvoyant par des chiffres aux exemples qui les confirment.

Il existe un dictionnaire parallèle des langues russe, française, allemande et anglaise, par Ph. Reiff (Carlsruhe. 4* édition).

  1. Des dictionnaires de la langue ont été établis à divers points de vue, d après divers principes et selon divers ordres de classement; dictionnaires d’étymologie (par ex. pour le français ceux de Scheler et de Stappers), dictionnaire du type dit analogique ou des idées suggérées par les mots (par ex, ceux de Boissiere et de Rouaix), dictionnaire idéologique (Robertson), dictionnaire historique des mots de ta langue, dictionnaire logique (Le Blanc. Elie Blanc), dictionnaire des rimes, etc.

    241.227 Desiderata. Méthodes

  2. De l’étude des encyclopédies, on peut dégager les desiderata suivants: 1° intégralité; 2° classification méthodique adaptée au but de synthèse en même temps que d’analyse; 3° impartialité; 4° collaboration; 3° continuité.

  3. Les encyclopédies ont à fournir des renseignements exacts, complets et détaillés sur toutes choses; embrasser toutes les connaissance-«humaines en l’état actuel de la science; toute la langue, toutes les terminologies avec les mots les plus nouveaux, tous les hommes, tous les faits, toutes les. idées jusqu’à aujourd’hui.

  4. La forme la plus avancée serait pour chaque science une encyclopédie systématique; 2. éditée en connexion avec l’internationale de la science qui en détient le plan et la constitution; 3. reliée au système de publication de cette science; 4. établie en coopération internationale et interspéciale; 5. que chaque chapitre ne soit pas seulement l’œuvre d’un spécialiste mais d’un comité de spécialistes de divers pays se mettant d’accord sur un texte minimum et indiquant leurs variantes propres.

  5. La forme dictionnaire est appropriée au premier stade d’une science, alors qu’il s’agit de recueillir les faits. Un dictionnaire spécial peut être entrepris par un groupe d’hommes disposés à poursuivre des observations anotées et à dépouiller du point de vue de la science et de ses questions les sources documentaires qui existent.

Il est travaillé selon un plan d’après lequel la matière est répartie par ordre alphabétique. Le travail est réparti entre collaborateurs. On fait usage de fiches d un format arrêté d’avance. Chacun établit sur elle la matière dont il a accepté la charge. Un double des fiches est remis au Secrétaire qui collectionne le tout. Quand tout est centralisé, un Comité de rédaction met de l’ordre et rédige en forme le ou les dictionnaires.

  1. Parlant du Dictionnaire de In Bible, Vigoroux s’exprime ainsi; «Un dictionnaire de la Bible ne saurait remplacer un commentaire. Un dictionnaire doit nous dire nettement, précisément, sans verbiage, sans parti pris, ce qu’on sait actuellement de certain ou de probable d’un tel personnage, tel fait, telle théorie. Les articles d’un dictionnaire doivent être comme des monographies détail lées quoique concises: ils doivent résumer et condenser à notre usage ce qui a été écrit de plus judicieux sur chaque point particulier.»

  2. Il ne faut pas se méprendre sur le caractère et la valeur du travail encyclopédique. Sainte-Beuve, bien qu’avec une exagération malheureuse, a écrit: «La moindre lettre de Pascal était plus malaisée à faire que toute l’Encyclopédie.» La vérité est celle-ci: le travail de création et de synthèse est une chose; le travail de collectionnement, de réédition, de classement, de résumé et de définition en est une autre. Deux travaux également utiles et absolument nécessaires. Toute synthèse ne vaut que parce qu’elle repose sur des faits abondants et contrôlés; tout inventaire de ces laits vaut surtout s’il peut conduire à des synthèses.

  3. Les auteurs, des éditeurs et des libraires se sont spécialisés dans le domaine des dictionnaires.[^La Maison des dictionnaires réunissait dans son catalogue tous les dictionnaires connus (Paris, 6. rue Herschel).]

Edison avait une bibliothèque constituée uniquement de dictionnaires. Cela lui épargnait beaucoup de temps, car il y trouvait rapidement l’information dont il avait besoin.

  1. Sur la conception d’une encyclopédie rationnelle, universelle, internationale, voir l’exposé dans la 4° partie.