241.3

241.31 Revues, Périodiques proprement dits

241.311 Notion

  1. Par publications périodiques on entend au sens large les journaux politiques, littéraires, scientifiques ou professionnels, ainsi que les publications de même ordre paraissant périodiquement (notamment les journaux de modes et les publications publicitaires). Au sens restreint un périodique ou c publication en série» (serial publication) est toute publication paraissant à des intervalles réguliers ou irréguliers, avec un numérotage consécutif et avec un terme non fixé d’avance.[^Voir définition de la Manchester Union Lift, 1898. Leigh Repts of Proc. of the 55th meeting of the Library Association.] Elle est sauf exception due à une collaboration. En général, elle est spécialisée quant au sujet et quant aux pays, régions ou localités. Le mot «Magazine» emprunté à la langue anglaise, désigne un périodique illustré paraissant ordinairement une fois par mois. Le IXe Congrès international des Editeurs a donné du périodique cette définition (au point de vue des tarifs postaux) «les Publications. Jour-naux et Revues, Recueils, Annales. Mémoires, Bulletins (en collection) paraissant au moins une fois par trimestre» — la Bibliothèque Nationale de Paris, beaucoup plus large, étend la définition aux publications paraissant plus d’une fois par an. D’après le tarif postal français, cessent d’être considérées comme périodiques les publications paraissant moins d’une fois par mois.

  2. Les connaissances relatives aux périodiques (sciences et arts du périodique) ont droit à des noms similaires aux autres connaissances et elles donnent lieu à une distribution ou classification analogue. En conséquence: 1° Pério-dicologie sera le nom de la science du périodique; elle observera et décrira (périodicographie); elle expliquera par causes et effets, par genèse et état de coexistence; elle systématisera dès lors en lois (périodiconomie); elle commencera donc en analyse et elle finira en synthèse. 2° Périodicotechnie sera le nom de l’art du périodique: x manière de le lédiger, éditer, diffuser, conserver au mieux et avec le maximum d’efficience. 3° La périodico-économie sera le nom de l’ensemble des mesures tendant «organiser les efforts pour donner aux périodiques, dans la société, au degré local, régional, national, international, toute l’expansion que mérite leur utilité.

  3. Quelques chiffres donneront une idée du nombre des périodiques. En Belgique il oscille autour de 2.200. Une liste des périodiques du monde parus de Î900 à 1921 et se trouvant dans les Bibliothèques de Grande-Bretagne a relevé 24,678 titres. Le tirage des périodiques est fort différent de l’un à l’autre. Le tirage de «feuilles de loisir», par exemple, est considérable en Allemagne: La Berliner Illustrierte Zeitung a un tirage de 1,753,580 exemplaires, la Münchener Illustrierte Presse 700,000, la Kölnische Illustrierte, 300,000.

    241.312 Histoire. Évolution des périodiques

L’histoire des périodiques est rendue difficile parce que I on a peine à distinguer les commencements de ce que nous appelons une Revue. Au début, la dénomination de journal, qui a prévalu plus tard sur celle de Gazette, fut d’abord réservée aux recueils littéraires et scientifiques. On appelait alors tournai un ouvrage périodique qui contenait les extraits des livres nouvellement imprimés avec en détail des découvertes que l’on fait tous les jours dans les arts et dans les sciences (encyclopédie). Ce fut, disait-on, un moyen inventé pour le soulagement de ceux qui sont ou trop occupés ou trop paresseux pour lire les livres entiers.

  1. On a distingué cinq époques dans l’histoire de la littérature périodique: 1° sa naissance au XVIIe siècle; 2° son jubilé au Xt/ill" quand en Angleterre Addison et Steele produisirent leurs brillants travaux; 3° sa rapide expansion dans la première moitié du XIXe siècle; 4° la révolte des spécialistes dans la dernière moitié du siècle; 5° la vaste production d’aujourd’hui avec comme objectif l’approbation du public.

  2. La France et l’Angleterre ont marché de pair pour la développement de la presse périodique, l’une ou l’autre étant première pour tel genre ou pour tel genre. Le développement a été similaire en Allemagne, mais avec moins d’intérêt pour le périodique qu’en Angleterre.

  3. Le commencement du périodique est marqué par la publication des catalogues de livres, avec bientôt des notices et commentaires. Puis paraissent en France le Journal des Savants (1665), Nouvelles de la République des Lettres de Bayle, les Mémoires de Trévoux; en Grande-Bretagne les Acta Philosophica (1665), les Philo-sophical Transactions (1665) de la Royal Society; en Allemagne les A cia Eruditorum (1682). Vinrent ensuite des appréciations critiques par des hommes compétents, puis des contributions origirales, des mémoires, Il fallut pour faire le tournai des Savants (1665) une large collaboration. Dès 1702, l’abbé Bignon institua une compagnie pour continuer le a journal de,- Savants».

  4. Le XVIIIe siècle commence 1° «essai * et conçoit le périodique comme un type: Spcctaior (1711) Gentleman’s Magazine. Guardian (1712). La politique commence à être mêlée à la littérature. On tire jusqu’à 4.000 exemplaires. Mais le St amp Act vient apporter un frein à la franche critique. Trait caractéristique au XVI11° siècle, on voit en Amérique chaque ville de quelque importance désirer avoir sa propre revue exprimant l’opinion de!a ville et dirigeant le goût littéraire des habitants.

  5. Au début du XIXe siècle paraissent en Angleterre des revues de haut style. Fdinburgh Reüiew (1802) qui se continua 127 ans jusqu’en 1929, Quarterly et Blac^ulood qui proclama «qu’il voulait relever le goût en littérature et appliquer les principes philosophiques et les maximes de vérité et d’humanité à la politique.»

  6. Dans les 50 dernières années naquit le Magazine populaire (AII the Ycar Round, 1859); Cornhill (1860). Mac Millan’s Magazine (1860). On voulait distraire le public. En France, ce qu’on appela journaux de lecture et de récréation n’apparut que plue tard. Les premières revues pour les enfants parues à Brooklyn aux États-Unis (The Young Misses Magazine) suivies d’un grand nombre à partir de 1870.

  7. La fin du XIXe siècle vit se produire les grande» revues scientifiques sous l’empire d’une réaction et aussi par nécessité d’une communication plus ample, plus rapide et plus étendue entre savants. Ainsi la Classical Rcvicw (J667), VAsiafic Reuieu) 11675), La France fut en avance sur ces types de revues, car le Journal du Palais (Droit) date de 1672 et les Nouvelles découvertes dans toutes les parties de la médecine de 1679.

  8. L’illustration dans les périodiques arrive dès les années soixante, L’English lllusirated Magazine est de 1664, C’est l’un des ancêtres du périodique illustré. En 1871 le Strand Magazine obtient un immense succès au moment même où W. T. Stead crée la Rcoieui of Revicul. Très tôt en France paraissait Le Tour du Monde de Cliartop et L’Illustration qui demeure le maître parmi les illustrés. Il faut attendre le XIXe siècle pour voir se constituer des revues proprement dites et la fin de ce siècle pour assister à l’efflorescence des organes des corps scientifiques et professionnels de toute catégorie.

    241.313 But, fonction

La Revue prend place entre le Livre et le Journal et sa fonction s’en trouve déterminée. Le Livre est généralement une œuvre individuelle sur un sujet particulier et qui est achevé au moment de sa parution. Le Journal est dû aussi à une collaboration, mais il paraît d’ordinaire tous les jours et contient des nouvelles de toutes espèces. La supériorité du Périodique sut le Livre provient de la spécialité de ses articles émanant chacun d’une compétence. L’auteur d’un livre n’est pas également versé dans tous les domaines du sujet qu’il traite et cela se constate en le lisant. Les revues sont devenues les moniteurs, les journaux de l’information dans tous les domaines. Elles assurent à tous l’information rapide de toutes les nouveautés, dans le domaine des lettres, des arts, des sciences, de l’éducation, de la philosophie, de l’industrie, du commerce, de l’agriculture, de l’économie politique et sociale, etc. Le Congrès International de la Presse Technique et Professionnelle (1929) a proclamé que c’est à la Presse technique que revient le rôle de diffuser de par le monde les derniers progrès. Une bonne revue ne peut laisser passer d’idées neuves sans les signaler et les discuter. Ne pas confondre un périodique avec un ouvrage publié par livraison. Ainsi Spencer a publié ses premiers principes par livraisons périodiques. Six livraisons formaient un volume. Souvent les articles publiés dans nos revues par un auteur donnent lieu à publication d’un livre. Mais toute la matière scientifique qui figure dans les périodiques est loin de passer en forme de livre. Ainsi notamment en astronomie. Les journaux quotidiens eux renferment abondamment la matière de l’Histoire au jour le jour et à ce titre ils doivent être conservés. Les revues devraient supposer l’existence des grands ouvrages imprimés auxquels leurs articles font naturellement suite, ouvrage de longue haleine déjà fortement en retard sur ce que l’on peut avoir appris au moment de leur parution. Les revues ont une valeur durable: a) parce que la science ne se renouvelle pas totalement tous les trois ou quatre ans; b) parce qu’elles contiennent le développement historique des questions;

  1. parce que les conditions financières des travailleurs individuels ne leur permettent pas de renouveler périodiquement les livres mêmes de leur bibliothèque. Cependant les périodiques anciens n’ont pas une égale importance pour toutes les sciences et cela à raison du caractère des sciences traitées. Ainsi les périodiques de Mathématiques. de Philosophie, d Histoire, par exemple, ont une valeur permanente; ceux de Médecine et de Technique, par contre, sont vite périmés.

    241.314 Classes des périodiques

Les périodiques se divisent en deux classes principales: l" les périodiques publiés d’une manière indépendante; 2° les publications qui apparaissent sous les auspices d un corps. Les unes ont un nom individuel (ex. Annales de Bretagne), les autres ont un titre général (ex. Rapport, Bulletin, Journal). En principe chaque organisme tend à avoir sa Publication périodique. Revue ou Bulletin, en laquelle sont publiées les informations qui le concernent. En attendant la possibilité de créer leur propre publication, certains organismes disposent d’une partie ou rubrique dans les publications de tiers. La coopération pourrait conduire les associations à s’entendre pour publier ensemble ou par groupes similaires un périodique collectif. Dans une couverture commune, elle contiendrait des feuilles ou cahiers mobiles. Il y aurait là économie d’impression et de transport en même temps que bonne division du travail et bien des publication» d étendue réduite pourraient se présenter ainsi avec plus d’aspect, être»Ores d’avoir accès dans les bibliothèques.

La Revue est une forme en évolution constante et à la recherche de son ptopte équilibre. Elle tend tantôt vers le Journal, tantôt vers le Livre (quand par ex. un numéro entier est consacré à une même question, à une même œuvre, à une même personnalité et qu’il en est fait un tirage spécial parfois numéroté. [^Exemple: Le n° 7 de L’Architecture d’aujourd’hui, consacrée à l’œuvre d’Emile Perret. Un autre numéro sera consacrée à la Russie. // Nosokomeion, revue trimestrielle des hôpitaux. Stuttgart. Kohlhammer, Chaque numéro constitue un volume de plus de 300 pages, édité en plusieurs langues. Les études ou articles publiés en langues étrangères sont suivis d’un résumé en français. Illustrations abondantes.]

Il a paru des revues «en volumes» comme on pourrait les appeler. Chaque numéro contient avec une pagination particulière des feuilles qu’on peut réunir pour former cinq ou six volumes contenant chacun un ouvrage à part. On a créé récemment des journaux qui substituent aux revues petit format et à composition compacte des publications de grand format comme les quotidiens à six ou huit colonnes, avec titres en caractères grands, variés, retenant l’attention et facilitant la lecture parcourue, avec illustration abondante, d’information récente. Par ex. Pax (Paris) pour les questions internationales; Le Siècle Médical (Paris) pour la médecine. Ce périodique comporte 14 pages. Il est bi-mensuel et ne coûte que 20 centimes. La manchette porte qu’il est c exclusivement réservé au Corps médical «. Il fut créé en 1927 grâce à l’initiative des laboratoires du Synthol et de leur puissante organisation. En 1930 il s est complété par une édition en langue espagnole. Les Américains et les Anglais publient beaucoup de collections de brochures (pamphlets) qui paraissent sans périodicité fixe mais sont numérotés. Des revues se créent pour faire connaître spécialement les peuples les uns aux autres; la Revue d’Allemagne en français, en anglais The french Quarterly, «une revue donnant une vue ("uivey) adéquate et impartiale des différents aspects des activités intellectuelles françaises d’un point de vue moderne».

241.315 Parties

La revue comprend trois éléments fondamentaux: a) les rubriques permanentes permettant de suivre la science ou l’objet du périodique, le mouvement sous ses divers aspects; b) les études sur des points particuliers (monographies); c) les études synthétiques qui exposent un problème dans toute son étendue et sa complexité. Un bon périodique spécial se compose donc de rubriques les unes variables, les autres permanentes. Il se compose éventuellement: 1° d’un éditorial présentant certains faits, en soulignant V Importance; 2° d’articles de fond; 3° de mélangea et variétés, documents inédits, notes, critiques, etc; 4° de bibliographies méthodiques (de comptes rendus critiques); 5° d’une chronique donnant des précisions sur les travaux entrepris ou en cours, l’état présent d’une question, des détails intéressant les personnes, etc. (faits, documents). L’«article» est l’écrit de dimensions régulières qui s’insère dans les périodiques et autres publications analogues et dans lequel on traite de questions plus ou moins importantes. ####### 241.316 Opérations, fonctions

On ne citera ici que pour mémoire les noms des chapitres dont il y aurait lieu de traiter sous cette appellation générale. Il s’agit du Cycle entier des opérations relatives à la productio i (rédaction, impression, édition), à la distribution (librairie), a la conservation (bibliothèque), à l’utilisation (lecture, consultation).

241.317 Périodico-économie. Organisation

La périodico-économie traite des mesures d’organisation. En principe celles-ci se divisent en deux groupes: 1° celles relatives à l’organisation intérieure de l’entité productrice d’un périodique; 2° celles relatives a l’organisation générale de l’ensemble des périodiques.

  1. Organisation scientifique du travail et documentation: tous les principes et recommandations en ce qui concerne la bonne organisation de ces institutions et administrations trouvent à s’appliquer ici (organisation du bureau, organisation scientifique du travail).[^Il est hautement désirable de donner une organisation d’ensemble aux périodiques, en liaison avec celle de la documentation en général. (Voir ce point.) ]

Les périodiques sont amenés à organiser leur propre documentation qui doit comprendre: a) ce qu ils ont imprimé, les manuscrit» et lettres; b) ce qu’on leur envoie à imprimer et qui ne l’est pas; c) les nouvelles qu’il«apprennent de leurs correspondants; d) les nouvelles des agences de presse non publiées par eux;

  1. les autres revues et journaux; f) les autres sources de documentation. Les revues trouvent dans leur documentation le moyen de publier instantanément des informations étendues au sujet des faits qui leur sont annoncés sommairement par lettres ou télégrammes. Connaissant la valeur de leur correspondants, ils trouvent aussi dans leurs lettres des éléments précieux d’orientation parmi les nouvelles recrues de sources tierces.

  1. Finances: Les revues indépendantes et qui disposent d’une rédaction et d’une administration bénévoles vivent de leurs abonnements ou s’il s’agit d’une association éditrice et de leur bulletin, des ressources qui en proviennent. On estime souvent à 300 le nombre minimum d abonnés nécessaire pour couvrir les frais d’impression et de poste. En Belgique, il existe un certain nombre d’abonnements obligatoires: a) aux publications officiel les par les communes; b) au bulletin religieux (semaine religieuse) par les paroisses aux frais des fabriques d’église. En Belgique aussi, le gouvernement, représenté par ses divers ministères, souscrit souvent des abonnements pour encourager les périodiques.

  2. Exposition: des expositions de périodiques ont été organisées en divergea circonstances. Elles ont été combinées avec l’exposition du Livre en général à Leipzig en 1914 et avec l’exposition de la Presse en général a Cologne en 1927 Ptessa). Une exposition de la Presse a eu lieu a Tiff lin en 1930. Une exposition de la Presse périodique belge a eu lieu au Palais Mondial en 1922. due à la coopération de l’Union de la Presse périodique, de l’Institut International de Bibliographie et du Musée de la Presse.

  3. Concentration de3 périodiques: devant le nombre considérable de périodiques, nombre qui s’accroît de jour en jour, on doit se demander s’il est nécessaire qu’il y ait tant de périodiques scientifiques. Il serait désirable de voir réaliser plus de concentrations dans les périodiques, des fusions, des simplifications, des cartels. La transformation des périodiques dans de telles directions s’imposera au triple point de vue scientifique, technique et financier.

  4. Le périodique dans les bibliothèques: Le périodique a conquis sa place dans les bibliothèques. Entré modestement chez elles, il y a plusieurs décades, il y occupe maintenant une place grandissante, au point qu’en certaines il a fait l’objet d’un département spécial. La Bibliothèque Royale de Belgique possède maintenant

4.000 périodiques divers dans la salle publique; environ 1.500 dans ses réserves, en tout environ 10,000 avec les collections non continuées. Le budget annuel est de

200.000 francs belges. On prépare en ce moment la nouvelle salle qui sera affectée aux périodiques dans la Bibliothèque Nationale de Paris.

La John Crerar Library reçoit 4,168 périodiques courants et 17,000 autres suites comme des rapports annuels et des parties de livres publiées en séries. 11,000 collections de périodiques scientifiques et techniques sont remis au «Science Muséum» à Londres.

  1. Association et Congrès de Presse Périodique. — Dans de nombreux pays existent des associations autonomes et distinctes s’occupant de presse périodique. Ainsi en Belgique la déjà très ancienne Union de la Presse Périodique. Dans d’autres pays, la Presse périodique et quotidienne sont confondues en un seul organisme de défense et de représentation. Dans certains pays même la Presse périodique n’est pas dégagée des associations d’éditeurs. Par contre, là où l’évolution différentielle est plus accentuée, on trouve des associations de Presse périodique spécialisées, et là où l’esprit d’entente et de coopération est insuffisamment développé, on trouve sous des noms différents plusieurs associations en concurrence et rivalité. Au delà des Associations Internationales ont été constituées avec hors Congrès internationaux (Association, Fédération). Il y a le Congrès, tout général, de la Presse périodique et celui spécialisé de la Presse Périodique Technique.

    241.32 Journaux

    241.321 Notion

  2. Le Journal a été défini par Hatin: «Tous les écrits quels que soient le mode et l’époque de leurs publications successives qui, par leur titre, leur plan et leur esprit, forment un ensemble et un tout.[^Hatin. — Bibliographie historique et critique de la Presse française. Précédé d’un essai historique et statistique sur la naissance et le progrès de la presse périodique dans les deux mondes. Paris. Didot 1866. — La Tribune de Londres a donné cette définition: «A great London daily Journal is something more than a purveyor of news, however important that element of its activities may lie. It is a mirror of the life and thought of its time; an open platform for the ventilation of Political and Social grievonces, and the advocacy of reform: an instrument by means of which Public Opinion may be instructed, guided and made effective.»]

Le journal est une publication qui paraît tous les jours et qui, à raison de son grand tirage et des ressources indirectes qu’il peut en acquérir, est vendu dans des conditions de particulier bon marché. Le journal est le miroir universel do la vie contemporaine; il peut en être la critique. Le journalisme est devenu à la fois une science et un art. Un journal est un moyen de mise en commun des idées.

«La Presse est le clairon qui sonne la diane des peuples. s (Victor Hugo. La légende des siècles.)

Le nom de gazette (gazetta, petite pièce de monnaie de la valeur de deux liards, que l’on payait pour lire cette feuille) a été réservé jusqu’en ces derniers temps pour désigner les feuilles politiques. La dénomination de Journal, qui a prévalu plus tard, fut d’abord réservée aux recueils littéraires et scientifiques.

L’étymologie du mot gazette est instructive. Dès 1563, les Vénitiens achetaient au prix d’une gazetta, petite pièce de monnaie, les Notizic scritte, sorte de journal manuscrit, dont l’impression était prohibée. De là le nom de gazette, devenu synonyme de journal. Quant a la Gazette de France, encouragée par Richelieu, qui y faisait insérer des pièces plus ou moins officielles, elle s’appela d’abord le Hureaa d’adresse. Ce fut au XVIIIe siècle qu’elle prit le nom de Gazette, auquel furent ajoutés plus tard les mots: de France. Comme elle était soumise à des censures plus ou moins sévères, il y eut, à différentes reprises, des gazettes à la main, c’est-à-dire manuscrites, qu’on distribuait sous le manteau.

  1. Il est un aspect tout grandissant du journal. C’est bien lui qui raconte la vie au jour le jour, la vie publique, et ce que, de la vie privée, il rend public. Or il est Ju Monde un grand théâtre «Theatrum Mundi». Une pièce immense, aux multiples personnages, aux scènes compliquées, aux épisodes infinis. Le journal raconte cette grande pièce. Aux heures où le drame s’intensifie, où il devient tragédie, comédie, épopée, la lecture de la feuille quotidienne devient passionnée. Il n’y a alors si palpitant feuilleton que la simple succession des dépêches reçues de toutes les capitales. Les journaux dans leur ensemb e constituent les pièces les plus précieuses, les plus authen­tiques de l’esprit de chaque nation. Ils sont parmi les instruments de l’histoire d’une époque sous quelque face qu’on la veuille étudier. Nulle part ailleurs, on ne saurait trouver des renseignements plus nombreux. Et si on leur applique la méthode adéquate, dans leur ensemble plus sûr. c’est en interrogeant ces témoins des événements auxquels ils ont été presque toujours intimement mêlés, en les confrontant, en les contrôlant les uns les autres, qu’on peut arriver à la vérité.

Le journal est avant tout «journal», c’est-à-dire relation des événements qui se produisent dans le monde au jour le jour, comme au temps d’une vie moins accélérée les «annales» s’écrivaient c à l’an l’an».

  1. Le journal offre ces trois tendances: 1° il s’adresse au public, à la grande masse de lecteurs (chercher à étendre leur nombre); 2° il concentre les nouvelles et les informations (s’efforcer de les multiplier); 3° étant périodique et assumant une fonction régulière, il tend à être le plus fréquent possible.

  2. Le journal constitue une espèce bien caractérisée de document. Il constitue aussi un genre littéraire. Non seulement l’article de journal, son esprit, son allure, sa composition, mais le journal tout entier.

  3. Le joumai à un sou avant la guerre était même la sorte de livre la plus répandue aujourd’hui. Le journal est devenu la seule lecture de la plupart des gens. Aujourd’hui un grand journal, c’est matériellement et intellectuellement un livre, bien plus, presque une bibliothèque qui paraît tous les jours.

  4. La Presse est devenue une puissance intellectuelle qui a extraordinairement grandi, ou plutôt, c’est la communication de la pensée humaine, faits et opinions qui a trouvé en elle un instrument de concentration, d’amplification et de diffusion que l’on ne pouvait soupçonner. Le cardinal Maffi disait à ses prêtres: «Vous prêchez le dimanche; mais le journal prêche tous les jours et à toute heure. Vous parlez à vos fidèles à l’église , le journal les suit à la maison. Voua les entretenez pendant une demi-heure: le journal ne cesse de leur parler.»

  5. La valeur de la Presse est bien inégale. Elle constitue même largement une non-valeur et pour certains de ses organes une anti-valeur.

«Les journaux, disait Jules Claretie, forment une usine formidable de renseignements, d’idées, de nouvelles, un moulin à paroles et à polémique**, broyant le grain quotidien, le blé, l’ivraie, les hommes et le meunier même.»

La science contient encore plus de choses que le journaliste le mieux intentionné n’en saurait y mettre. (Jean Labadie, L’Opinion, 18 mars 1922, p. 299.)

L’exploitation d’un journal a un double caractère: entreprise de publication (information, polémique, littérature, fantaisie, reportage); entreprise de publicité (réclames. annonces, abonnements, fondation d’imprimerie). Les Français ne pensent plus, n’ont plus le temps de penser; ils ne pensent plus que par leur journal. Ils ont un cerveau de papier. Drumont.

Les défenseurs du journal moderne répondent à l’enquête de la Revue Bleue (1897): «N’ayez que des choses sublimes et délicates à me confier, je parlerai un autre langage. Je ne représente plus une aristocratie intellectuelle, je représente la foule. Que la foule ait une âme, je serai une âme aussi. Je suis le Forum antique transporté à domicile: n’ayez que des orateurs dominés par l’idée de la Cité, Je suis la Bible éparse de l’Humanité: faites-moi des révélations dignes du génie de l’Homme. Réformez-vous, je me réformerai avec vous.»

241.322 Histoire des journaux

  1. Le journal a déjà une longue histoire dont les étapes peuvent être résumées ainsi. Origine: Abraham Verhoe-ven («Nieuwe Tijdinghen») à Anvers (1603); Théophraste Kenaudot en France (1631). (Bureaux d’adresses et de rencontres.) La Liberté de la Presse. Les Révolutions anglaise puis française donnent essor à la Presse. La presse à vapeur. Journal à bon marché. Marinoni et les presses rotatives. La?s Presse jaune» américaine. L’Illustration. Marconi: les journaux conquèrent les océans et les nouvelles diffusées par radio.[^Eug. Hatin a écrit une «Histoire politique et littéraire de la Presse en France» (1859–1861. 8 vol.). Il y a procédé surtout par monographie consacrée à la fondation et au développement de chaque journal. Il y a joint des chapitres qui résument l’historique d’une époque, envisageant à la fois les grands et les petits journaux et une bibliographie générale de journaux. «Je me suis étudié, dit l’auteur, à rassembler tous les faits touchant à la presse, à les contrôler, à les coordonner, à montrer comment est né et a grandi le journal, par quelles phases successives et si diverses il a passé depuis deux siècles. C’est en un mot l’histoire de l’instrument plutôt encore que celle de *es effets que je me suis proposé d’écrire.»]

  2. Les Romains ont connu les journaux, les quotidiens, sorte d’affiches qu’à l’époque de Jules César on allait lire aux carrefours de la ville. «Acta diurna populi romani»[^V. Leclerc: Les journaux chez les Romains.]

  3. Avec les «Acta diurna», il y a les Actes des premiers chrétiens. Il y a les correspondances des savants du XVIe siècle qu’ont renouvelées Guy Patin, Saumaise et Vossius, correspondances qui étaient les vrais journaux d’alors.

  4. On a beaucoup recherché et discuté les origines du journal moderne comme on l’a fait des origines de l’imprimerie. C’est qu’il est difficile de décider à quel moment il y a encore simple écrit de circonstance?, pièces isolées se rapportant à un seul événement (Relatio, Zeitung, Tijdinghen. Avviso, Couranten) et à quel moment il y a publication périodique continue, il semble bien que l’origine doit être recherchée dans les «Nieuwe Tijdinghen» d’Abraham Verhoeven. dont les premiers numéros ont paru le 17 mai 1605.[^A. Govaert: Origine des gazettes et nouvelles périodiques, Anvers 1880. — Van den Branden: Abraham Verhoeven. — Patria Magazine, avril 1933: Het storm-achtige leven van Abraham Verhoeven, de eerste Couran-tier van Europa.]

  5. Il y eut au XVIIIe siècle trois sortes de journaux: les gazettes officielles qui ne contenaient rien; les gazettes orales que M. Funk Brentano a étudiées dans les Nouvellistes; les gazettes clandestines ou nouvelles à la main, étudiées par Paul Beyle et J. Herblay dans la Nouvelle Revue.

  6. Jusqu’à la Révolution, la lecture d’une Gazette, agent de renseignement, demeure le privilège des classes riches. Leur prix était trop élevé pour la bourse des paysans ou des ouvriers. La lecture et la difficulté des communications leur fermaient les campagnes, tout aussi bien que le matériel des imprimeries était impropre à en produire une quantité considérable d’exemplaires. Elles ne recrutèrent guère de fidèles dans les classes proches du peuple. Les petits bourgeois de Paris se cotisaient pour les acheter en commun ou payaient leur location aux cabinets de lecture.

Les journaux révolutionnaires conquirent un instant la foule, une foule restreinte il est vrai, formée par le peuple parisien. Aussi dé laissèrent-il s le domaine aride de l’information pour se jeter dans la bataille politique. Aussi les contemporains consacrèrent-iis la presse sauvegarde de toutes tes libertés et même éducatrice du peuple. Sous l’Empire la Presse a subi un dur esclavage.

Pendant la Révolution, époque d’effervescence du journalisme, on arbora toutes les dénominations pour lancer un journal. Ils s’appelaient des bulletins, feuilles, annales, chroniques, courriers, postillons, messagers, avant-gardes, avant-coureurs, sentinelles, spectateurs, observateurs, indicateurs, miroirs, tableaux, lanternes, etc.

  1. Lorsqu’après Napoléon la presse se releva, elle retourna à son rôle politique. Les hommes de la Restauration l’y convièrent. La plupart des journaux toutefois coûtaient encore fr. 0.15. ce qui tenait à l’écart la masse des paysans et des ouvriers. Toutefois, le journalisme étendit alors le champ de sa clientèle dons de vastes proportions, car il conquit définitivement les provinces où les feuilles de l’ancien régime et surtout de la Révolution avaient déjà poussé d’heureuses reconnaissances.

Vers 1800, les «Nouvelles» de Paris arrivaient en quatre jours; celles de Londres en dix; il fallait deux semaines pour recevoir les correspondances de Vienne; un mois pour celles de Rome.

  1. Au XIXe siècle, la révolution dans la diffusion même du Journal fut faite par M. de Girardin. Jusque là le journal, à raison de son prix élevé, était considéré comme un objet de luxe. En 1835, la presse politique comptait à Paris et en province à peine 70,000 abonnés sut une population d’environ 33 millions d âmes. La raison était dans leur tarif d’abonnement. Le Journal de Pari» coûtait avant la Révolution 24 livres pour Paris et 30 pour la province, le Mercure, bien qu’ordinairement mensuel, 24 et 32 livres, enfin les gazettes étrangères coûtaient, en 1779, celle d’Amsterdam 48 livres, celle de Clèves 42. Girardin fixa le prix de la Presse à 40 francs par an. les annonces devaient couvrir la différence. Dès 1838 la page d’annonce était affermée 150,000 francs. La réforme d’Emile de Girardin, le journal à 5 centimes acheva la pénétration de la presse dans toutes les classes de la société. Ainsi le journal est devenu pour tous, «comme le tabac, comme le café, un besoin impérieux de notre existence, s

L abolition du timbre sur les journaux a été aussi un pas vers la Presse à bon marché. La publicité en est un autre. Un autre moyen de lancement de la presse fut le roman-feuilleton, dont Alexandre Dumas et Eugène Sue furent les écrivains souvent aussi plus littéraires que moraux.

Le journalisme a pris son essor aussi grâce à la facilité des communications, à la transmission instantanée pour ainsi dire des nouvelles, au perfectionnement de l’industrie du papier et la machine à imprimer.

A la fin du XIXe siècle. Paris possède une soixantaine de journaux quotidiens, qui comptent parmi leurs rédacteurs et directeurs les hommes politiques les plus considérables, passant de la rédaction au pouvoir et du pouvoir à la rédaction. La presse en province compte 3.200 journaux, parmi lesquels près de 1,200 quotidiens.

En 1704 parut en Amérique la première Gazette hebdomadaire. Un siècle plus tard, le journal américain au plus fort tirage ne dépassait pas 900 exemplaires quotidiens. En 1871, on ne comptait pas dans toute l’Amérique plus de 11 journaux arrivant à sortir par joui 10,000 exemplaires. En 18%, le tirage total quotidien des journaux américains s’élevait à 8 millions pour atteindre en 1929 66 millions d’exemplaires. En même temps les formats se sont agrandis et nul ne s’étonne de 60 pages quotidiennes et de 2«X) pages dominicales de certains journaux.

  1. Tous les moyens offerts par la science moderne ont été mis à contribution par le journal pour se procurer des nouvelles (et au besoin les inventer), pour multiplier rapidement ses manuscrits, pour porter instantanément le papier noir et blanc à ses lecteurs.

On voit succéder les inventions suivantes. Jusqu’en 1832, les journaux étaient imprimés à In main. Cette année–là est introduite la presse à vapeur. Puis les presses rotatives (cylindre). La stéréotypie vient permettre de les multiplier, la composition en cylindres courbés la perfectionne. Des machines multiples sont construites combinant 6 ou 8 presses et tirant 100,000 à l’heure. La composition se fuit à la linotypie et à la monotypie. L’extension des chemins de fer qui transportent les journaux. La télégraphie, les câbles, les téléphones, la T. S. F.

  1. De nos jours deux tendances: Les grands journaux

de Paris ont pour caractéristique leurs chroniques criminelles. La chronique judiciaire, dit Tarde, à elle seule a fait commettre plus de crimes par la contagion du meurtre et du vol que l’école n’a jamais pu en empêcher. Les journaux de province ont pour caractéristique les personnalités. Parce que le peuple comprend plus aisément les images concrètes que les idées abstraites, ils délaissent la discussion des idées et ne combattent les opinions qu’à coup de personnalités offensantes sur ceux qui les prônent. Tous ils poursuivent non pas le bien de la foule, mais leur argent et la déclaration d’éducation et d’autres belles choses ne sont que des mots de façade derrière quoi se fait la besogne cupide. J. Pigelet.

  1. Quant à l’avenir il semble devoir être caractérisé par la concentration des journaux; la transmission instantanée des illustrations à distance. Les substituts du journal: la radio (journal diffusé, la presse parlante ou informations journalistiques à domicile); le cinéma (actualités, la presse filmée). Demain la presse télévisionnée.

    241.323 Fonction des journaux. Opinion publique

  2. Aujourd’hui sont intéressés aux journaux: 1° le public des lecteurs; 2n les gouvernements; 3° les différentes organisations qui veulent éduquer et diriger les masses, créer ou entretenir des mouvements dans l’opinion; 4° les propriétaires des journaux; 5° les journalistes, écrivains, rédacteurs; 6° le personnel ouvrier, administratif et technique; 7° les annonciers.

  3. C’est par la presse que se poursuit l’œuvre de démo-lition, de défense et de reconstitution sociale. Le mot de Mgr Kettelcr est devenu célèbre: «ai Saint Paul revenait au monde, il se ferait journaliste». Trois cas sont à distinguer: lu la propagation de faits et des nouvelles exacts et objectifs. Ils conduisent immanquablement à une meilleure compréhension mutuelle à travers le monde; 2° la fausse nouvelle. Elle trouble les esprits et les excite les uns contre les autres; 3° l’absence de nouvelles. Elle engendre l’ignorance et crée la peur avec ses malentendus et finalement la haine. Il faut compter avec la conspiration du silence. Il est des pays où la Presse n’aborde pas toutes les questions.[^M. de Tressan, France. Assemblée de la Société des Nations. Journal 1932, p. 233.]

Les journaux ont une action quotidienne continue. Il y n eu des campagnes de presse célèbres. Par exemple, celle de Cornély dans le Figaro, à propos de l’affaire Dreyfus. Chaque jour un petit article incisif, éloquent, ramassé, précis, du trait, de la bonne humeur et surtout de la persévérance, de l’unité et de la méthode. Chaque jour une goutte tombait et peu à peu la trouée se faisait dans la conscience publique. Ce fut un merveilleux exemple de ténacité et de persuasion. Que dire de ce qui s’est passé avant et après la guerre: le bourrage de crânes.

  1. C’est par la voie de la Presse, et non plus par les revues et les livres que les savants, les explorateurs, les novateurs exposent au public leurs nouveaux concepts, leurs découvertes, leurs théories. Par l’abaissement du prix des journaux, ceux-ci pénètrent partout, jusque dans les bourgades les plus reculées. La politique a fait place à l’information et se réfugie dans les quotidiens spéciaux.

  2. On a longtemps pensé que la liberté de la presse à elle seule pouvait être le remède aux maux engendrés* par la Presse. Avant la guerre encore, on pouvait écrire de bonne foi:

«Grâce à la liberté d;. la Presse, le peuple est toujours assuré d être éclairé du pour et du contre sur toutes les affaires. L’information contradictoire, la discussion, le droit de réponse qui mènent, l’instruction des partis politiques apportent à tous les intéressés les éléments multiples et opposés parmi lesquels on peut choisir les témoignages et juger les dépositions.

«Mais par-dessus tout, la liberté de la Presse favorise la défense de tous les intérêts et sauvegarde la nation contre les entreprises de ceux qui, possesseurs du pouvoir, seraient tentés d’en abuser à leur profit, ou bien au bénéfice d’un petit nombre de privilégiés. Si les scandales politiques, si les malversations sont devenus extrêmement rares comparés à ce qu’ils étaient sous l’ancien régime, ce n’est point parce que la nature humaine a changé beaucoup, c’est surtout parce que la publicité des journaux a transformé les administrations en maison de verre où tout se passe au grand jour. A la vérité la liberté de la Presse est indispensable, mais insuffisante. Le problème ici se pose dans les mêmes conditions que pour la liberté économique. Elle est précieuse, mais à soi seule insuffisante.» Jules De Bock, Le Journal à travers les âges, p. 131.

241.324 Caractéristiques

  1. Spécification. — Dans sa forme actuelle, avec son esprit, ses tendances, son objet, le journal apparaît donc comme une création tout à fait spécifique, nettement différente du livre et du périodique. Sans doute entre les matières du livre et celles du journal la ressemblance peut exister et rien n’empêcherait de débiter par tranches beaucoup de livres (ex.: feuilletons, etc). Mais la matière ici est secondaire. Le fait de présenter chaque jour à des lecteurs des informations sur des questions qu’ils n’ont pas sollicitée, dans une forme mâchée, kaléidoscopique, panoramique, avec un tut comme en a un l’avocat d’une cause, là résident les différences essentielles. Et c’est dans leur maintien et leur accentuation peut-être qu’il faut voir l’avenir du journal. Il n’est pas trop de pouvoir disjroner pour deux hns différentes de deux formes bibliologiques qui soient psychologiquement et sociologiquement diflércntes.

  2. Nombre. — En U»46, d’après Balby, il se publiait dons tout rUnivers environ 3,000 journaux. En 1866. d’après Hatin, le nombre en aurait été de 12,000, avec chaque jour 3,000 versant toutes les vingt-quatre heures sur le globe de 5 à 6 millions de feuilles. Avant la guerre, le nombre de journaux et de périodiques était évalué ensemble a 72,000.

  3. Périodicité. — On peut dire que les presses à nouvelles roulent tout le temps. On a des journaux du matin, du midi, du soir et même plusieurs éditions d’un même journal au cours de la journée.

  4. Etendue. — Chaque numéro du Temps représente un volume d’environ 100 pages. Voilà 2 millions de pages pour la col ection du journal. Le Bcrliner I ageblatt publie 44 pages, le Lolfal Anzeiger 48, la Gazette de Vosa 32, sans compter son supplément. Le journal anglais est immense, on le consulte, on ne le lit pas. Le journal allemand est lu du commencement à la fin. Un numéro du / imes, du Nieuwe Rotterdamschc Courant, d’un grand journal américain, contient pour un prix minime la matière d’un volume in–8° de 300 pages.

  5. Tirage. — On peut le connaître par les chiffres donnés de temps à autre dans les comptes et certifiés par les autorités comptables. Le Daily News and Leader publie chaque matin le chiffre de son tirage. C’est un appel à la publicité. En France, chaque jour, 300 journaux couvrent le pays de 18 millions d’exemplaires. Pendant la guerre le tirage du Petit Parisien est monté à plus de 2 millions. Le lierlincr Tagcblatt, avec ses six suppléments hebdomadaires, arrive à peine à 100,000 exemplaires.

  6. Rapidité d information. — La nécessité d être re premier à annoncer les nouvelles a fait faire des prodiges. En Amérique les grands journaux préparent d’avance des notices bibliographiques sur tous les grands hommes. On les remet à jour quand ils sont malades et qu il y a danger de mort. La lutte de vitesse va plus loin. Dans les derniers jours de la mort du Pape, pendant toute une semaine, un des journaux de l’Ohio, imprima chaque matin 500 exemplaires avec ce télégramme; «Rome. Le Pape est mort aujourd’hui.» Ces 500 exemplaires furent régulièrement détruits jusqu’au jour où la mort a été réelle. Ainsi le journal put être le premier de la Cité à annoncer la nouvelle. Pendant que se vendaient les premiers numéros, on imprimait les autres.

    241.324.1 Espèces de presse

  7. On distingue les journaux: 1° d’après leur périodicité ou le commencement de leur publicité: quotidien, hebdomadaire ou plusieurs fois par semaine, journal du soir, du midi ou du matin; 2° d’après leur destination. Ceux qui s’adressent à la masse ou à une élite; 3° d’après les matières: journaux d’information, journaux politiques, journaux spéciaux; 4° d’après leur organisation financière. Journaux constituant des entreprises commerciales; journaux d’État, journaux de partis politiques. Parfois désireux de posséder un journal indépendant, les abonnés en souscrivent les actions (ex.: Le Quotidien). D’autres fois la propriété du journal s’abstient systématiquement de tout ce qui est exploitation. (Ex. Christian Science Monitor.)

  8. Presse Financière. — Il y avait en Belgique il y a quelques années plus de 500 journaux financiers. Leur nombre se trouve actuellement réduit à moins du quart de ce chiHrc. Le procédé de certains de ces journaux est simple: par des études circonstanciées, souvent habilement présentées, mais toujours tendancieuses, arriver à jeter la suspicion sur toutes les valeurs autres que celles du patron du journal et conclure par un conseil d’achat d’ailleurs intéressé en faveur de ces dernières.

  9. Journaux de modes. — Le premier journal de mode en France date de 1768 (Journal du Goût ou Courrier de la Mode). C’est par dizaines que I on compte aujourd’hui les journaux de ce type.

  10. Journal mondial. — L’idée se fait jour d un journal mondial, placé tous le contrôle efficace de tous les intéressés et publiant d’une part les nouvelles, d autre part les démenti» et les rectifications. Un tel journal, tout le monde pourrait le consulter avec confiance pour y trouver une présentation sincère et digne de foi des nouvelles internationales. Un tel journal serait à compléter par une Centrale de radiophonie diffusant journellement ces nouvelles; et par une Agence internationale de Presse répandant les nouvelles parmi les journaux existants; par une Union de la Presse internationale, attachée à la Société des Nations et à l’Union Pan-Américaine, par une section d’information au sein de cette organisation ou de l’organisation mondiale qui y serait substituée.[^Voir les suggestions des Associations de Presse pour la collaboration à l’organisation de la Paix. (N° officiel des publications de la Société des Nations, Conf. D. 143.)]

    241.325 Composition et parties du journal

  11. Un journal est composé d’un ensemble de rubriques, les unes permanentes ou périodiques, les autres occasionnelles. Articles de fond divers. Articles de discussions politiques. Nouvelles du jour et faits divers. Roman-feuilleton, nouvelles locales, annonces.

  12. Il faut distinguer les nouvelles (news) et les vues (views). Quelques feuilles (papers) sont des journaux (news papers); d’autres au contraire tendent à être des revues (views papers). Les journaux sont imprimés, dit Steed. pour dire les nouvelles. Le goût des nouvelles est aussi vieux que le monde; un apport constant de nouvelles intéressantes et vraies est nécessaire à la vie de tout journal.

  13. Le numéro du samedi 14 décembre 1929 d’un grand journal parisien donne une juste mesure de la mentalité de certains organes dits «d’information». En première page, trois colonnes sur les massacres de Palestine, une colonne sur la trombe d’eau de l’Hérault, trois colonnes sur le cadavre découvert dans une malle, à Lille; deuxième page: trois colonnes et demi sur le cadavre dans une malle, un conte, un feuilleton et de la publicité. On a souvent dénoncé la façon dont la presse parisienne dite d’information comprend son role.

  14. La Presse française s’est distinguée à toutes les époques par le soin et la recherche des grandes et belles formes littéraires.

On a demandé que l’article de journal soit court, concis, complet, simple et pourtant élégant; qu’il ne dépasse pas une colonne, un bon millier de mots. En Angleterre le Globe n’accepte pas d’articles dépassant 1200 mots, le Daily News, mille mots, payés I livre, le Daily Graphic, 900 mots. «Je lis rarement sans colère ou sans fatigue un article de raisonnement, tandis que je ne me fatigue pas d’apprendre des faits», disait Zola.

La lecture des journaux est facilitée par des titres détaillés et la place constante des articles.

  1. Le classement des matières prend une importance partout dans un journal qui atteint jusqu’à 16 et 20 pages et qui paraît en éditions presque continues. Ce classement prend comme base soit les catégories de nouvelles, soil l’ordre où elles parviennent, soit les pays, soit les «formes» des articles (article de fond, correspondances, reportage, interviews, comptes rendus, etc.)

En général le classement des matières dans les journaux présente quelque chose d’ahurissant, comparé à la belle ordonnance du livre. C’est la confusion même et la lutte entre articles et informations pour capter l’attention. Le journal rappelle le spectacle désordonné de la rue ou du voyage, avec peu d’efforts pour aider l’esprit à classer et lire les faits et à attribuer à chacun son importance relative.

Les feuilles américaines, suivies par les feuilles continentales, classent les matières en amorçant toutes les principales à la première page et en renvoyant pour la suite aux autres pages.

La Neue Freie Presse met ses télégrammes en vedettes. La Kölnische Zeitung les éparpille dans son texte pour obliger à le parcourir. Le Berliner Tageblatt met dans chaque numéro le fait sensationnel qu’il faut avoir lu, la Frankfurter Zeitung publie des renseignements détaillés sur des faits de politique internationale ou de commerce.

Voici la décomposition et la mise en page d’un numéro du Daily Telegraph:

1re p.: Annonces de mariages, d’établissements de bienfaisance, de séances musicales, de voyages, annonces légales, etc. — 2° p.: Cours de la Bourse et publicité financière. 3° p.: Compte rendu des divers marchés commerciaux anglais; départs des paquebots; un ou deux articles d’intérêt général. — 4L‘ p.: Chroniques musicales et littéraires avec des clichés d’annonces d’éditeurs de musique et de marchands de pianos. —» 3e p.: Articles divers et problèmes d’échecs. — 6° p.: Annonces sportives et chroniques de sport; informations religieuses et nouvelles diverses. — 7e p.: Suite des diverses rubriques sportives et clichés d annonces sur deux colonnes. — 8° p.: Annonces théâtrales et annonces diverses de droguistes, parfumeurs, grand» magasins; les informations du jour; une annonce pour le journal même. — 9e p.: Articles divers, nouvelles. — 10* p.: Informations étrangères;

bourse des États-Unis. — II* p.: Critique d’art, nouvelles du continent. — 12° p.: La mode et des annonces de couturières, de modistes, etc. — 13‘p.: Informations militaires et navales, annonces à la ligne d éditeurs, d’institutions, etc. — 14°. 15° et 16* pages: petites annonces diverses.

  1. La manchette est la phrase que certains journaux impriment en te te, près de leur titre et qui varie chaque jour. L’Œuvre a lancé ce genre qui est difficile. Une bonne manchette doit être courte et suggestive plutôt qu’explicite. Elle n’impose pas une idée toute faite: elle donne à réfléchir.

  2. En dehors de la réclame tapageuse qui attire l’œil, il y a l’annonce proprement dite, qui est comme l’instrument d’une société de services mutuels créée pour le journal et qui est à encourager. C’est le moyen le plus rapide et le plus direct de rapprocher l’offre et la demande. Le Times public régulièrement plusieurs pages supplémentaires d’annonces, comprenant ensemble de 60 à 80 colonnes de 300 lignes chacune. En Amérique, il y a des jours où le Herald publie 4,500 annonces répartie" en 100 colonnes et embrassant toutes les branches d’affaires, tous les besoins de la vie contemporaine. Elles sont rangées avec tant d’ordre et sous tant de rubriques diverses que le lecteur trouve sans peine ce qu’il cherche dans cet océan de lignes microscopique*. Le Times fait parfois 50.000 fr. d’annonces par jour; une feuille de Berlin, en trois semaines, a enregistré 400,000 fr. d’annonces.

Mois il y a excès maintenant: l’annonce est doublée par la réclame et triplée par la propagande.

Le journal, cette admirable machine intellectuelle, retourne a la matière. Il finit par être entièrement doté par la publicité. Il en a besoin pour vivre, pour faire ses dividendes, alors deux conséquences s’imposent. D’une part, cherchant sans cesse à étendre son tirage afin de pouvoir hausser ses tarifs de publicité, il descend le niveau moyen de ses lecteurs et fait appel à leurs plus bas sentiments, à leur regrettable ignorance. D’autre part, il se tait sur les questions vitales pour ne pas déplaire aux puissants qui lui achètent sa publicité et menacent de ta lui retirer dès que les articles parlent clair et franc.

241.326 Types de journaux

  1. Le journal à combinaison La Croix de Paria, publié par la Maison de la Bonne Presse de Paris. Grâce, à ses 14 modes de combinaison, il se transforme aisément en journal régional, à partie commune et partie spéciale, portant toujours le titre de t Croix». Ex.: La Liberté pour tous, éditée par la Maison de la Bonne Presse de l’Ouest, Le journal à 4 pages à 5 colonnes, deux pages forment la partie commune, deux pages la partie spéciale réservée à la chronique locale ou régionale. 1,000 journaux avec une page entière de composition spéciale reviennent à fr. 32.50.

  2. Camille Lemonnier. vers 1900, écrivait: «Le Soir» de Bruxelles a été créé par un typo comme journal» gratuit, quasi obligatoire. Il a trouvé le moyen d’avoir •’ des écrivains de talent qui, pour vingt francs, écrivent «des articles de trois ou quatre colonnes. Tous les jours.» le seul des journaux belges, il publie une chronique «de tête sur des sujets de science, d’art, d’utilité publi-» que. 11 cM une des créations les plus remarquables du • journalisme européen. •

  3. En 1907, le Daily Mail de Londres a fait paraître une édition en caractères Braille a l’usage des aveugles.

  4. Letellier, gros entrepreneur du Panama, allait être compromis dans l’affaire. Un journaliste de beaucoup de talent mais de moralité douteuse le convainquit que pour se défendre il devait fonder un journal. Ce fut l’origine du Journal auquel Xau, en quelques mois, donna le plus grand essor. Le moyen fut simple: la pornographie. Tous les jours un demi-miilion de Français put s offrir, pour un sou, deux articles échauffants et en dernière page, aux annonces, de la prostitution. Le succès fut si énorme qu’au cours de la guerre Letellier put vendre le journal quelque vingt millions.

  5. Dans la catastrophe qui frappait la civilisation pendant la guerre, dans les émotions élémentaires et vitales qu elle a soulevées et dans l’universelle floraison cFhéroïs-me, on a pu voir la preuve des profondes survivances, des forces affectives et des instincts. On a vu ainsi aux prises l’autorité de la raison et de l’intuition et cela si fortement qu’on pouvait lire, sur les murs de Paris, des affiches portant: «L’Œuvre, propre, vivant, n’est pas le journal que lisent les imbéciles s.

  6. Le Tape (création moderne) est un journal financier unique en son genre, comme on va pouvoir en juger, publié à New-York. Il paraît tous les jours de Bourse et s’imprime en cinq heures, de 10 heures du matin a 3 heures de l’après-midi. Son format est sa moindre singularité: environ 300 mètres de long sur 2 cm. de large. Il ne se vend pas au numéro, mais compte d’innombrables abonnés dans tous les États-Unis et au Canada. Il paraît simultanément à San-Francisco. Montréal, Québec, etc., en même temps qu’à New-York. C’est l’organe officiel de 241 la Bourse de New-York. Il ne publie que la pure vérité, c’est-à-dire les cotes succcsives enregistrées de toute transaction effectuée, au nombre de près de 5,000 actuellement (1910).

L’éditeur du Tape commande à 20 reporters, sans cesse occupés à noter les cours au fur et à mesure qu ils se produisent et qui se divisent la besogne méthodiquement. Quarante télégraphistes spéciaux envoyant ces cours à douze collègues installés au haut du bâtiment de la Bourse, qui les transmettent au bureau central du Tape. Là vingt autres employés, par une simple pression du doigt sur un bouton actionnant un fil électrique, impriment d un seul coup choque cote sur des appareils tellement petits que chacun d eux tient dans un chapeau. Ces vingt mille cotes en même temps paraissent sous les yeux des abonnés quelques secondes après leur fixation en Bourse, dans un rayon de vingt mille autour de la Bourse. Au delà, c’est la compagnie qui, au moyen de milliers et de milliers d’autres petites presses semblables, répand en quelques minutes, dans tous les États-Unis et le Canada, les cotes successives de toutes les valeurs transactionnées à New-York. On en est arrivé à appeler «tape-prices» (prix enrubannés) les prix successivement cotés pendant une séance de Bourse et indiquant au fur et à mesure les fluctuations du marché, drpui» le prix d’ouverture jusqu’au prix de clôture.

241.327 Influence, propagande, valeur et vénalité de la presse

  1. A l’age d’or de la presse, on disait: La Presse est l’organe informateur et directeur de l’opinion. Elle s’honore d’être l’écho et l’animatrice de l’opinion publique. La Presse qui instruit et moralise les nations, forme l’opinion publique, elle régit le monde entier.

Certes, la Presse est et demeure le principal moyen de lormation et d’expression de l’opinion publique, et la guerre a montré que l’opinion était désormais le mystérieux et (ormiduble levier du gouvernement des nations modernes; il convient donc d’avoir une Presse qui soit fonction des relations que les pays respectifs se proposent d’établir entre eux. La lormation d’un courant d’opinion a deux sources principales: Io l’infiltration lente des idées et des laits – et par des faits il faut entendre aussi bien l’énoncé ou l’appréciation d’un intérêt – amenés mr une même pente par des canaux dont le plus important est la Presse quotidienne ou périodique; 2° un événement qui soulève soudainement le vieux fonds d’idées de la masse, qui déplace en quelque sorte la ligne de partage des eaux, qui charge le cours des opinions et crée en peu de temps un état d’esprit différent, c’est-à-dire en somme des possibilités économiques et politiques nouvelles. (Henry Moresset.)

  1. La Presse lut longtemps un organisme de propagation de nouvelles, de diffusion et de défense des opinions. S’étant développée en proportion de l’instruction publique, elle est devenue une affaire commerciale très coûteuse, dont les revenus les plus assurés proviennent de la publicité. La transformation de la presse d’opinion, à tirage restreint, en grande presse d’information et de publicité est un des chapitres les plus importants de l’histoire sociale conte inporai ne.

Les grands journaux font la conspiration du silence contre tout ce qui ressemble à une idée (le mot est d André Tardieu lui-même) et souvent ils sont en dernière analyse aux mains de quelques personnalités. En France et ailleurs, la grande Presse s’abstient soigneusement de citer les journaux qui œuvrent en marge d’elle-même.

Les peuples se méprennent réciproquement sur une foule de manifestations do l’opinion. En matière de politique extérieure, les journaux, même en temps de paix, sont tous tendancieux; des discours officiels, ils ne reproduisent que ce qui répond à leur buts politiques propres. Ceci est soigneusement éliminé de sorte que les bonnes paroles sont tombées dans le vide; cela au contraire, peu important en soi, fait l’objet de commentaires passionnels, sensationnels. Les opinions isolées de quelques groupes sans importance réelle ou de quelques individualités sans mandat sont présentées comme l’expression de l’opinion publique ou la politique même suivie par les gouvernements responsables. D’ailleurs même la Presse dans son ensemble ne présente pas toujours adéquatement l’opinion publique.

  1. La Presse d’information est souvent Presse de déformation. La Presse pêche par ignorance ou parti-pris.

«Rien, dit Charles Richet (Les Coupables), n’est plus servile qu’un journal. Il n’ose pas, pour ne pas déplaire à ses abonnés, résister au sentiment populaire et cependant c’est le journal qui détermine le sentiment populaire. Cercle vicieux redoutable; car l’opinion publique est la hile immédiate du journal. Le journal crée l’opinion et l’opinion dirige le journal, Il n’a pas le courage d’être plus qu’un reflet. Un reflet! Mais les vacillantes lueurs qu il se complaît à refléter sont celles qu’il a lui-même le premier projetées dans l’espace.»

  1. L analyse politique et sociale de la presse s’impose,’ donc. Mais qui la fera cette analyse? Il faut connaître le volume d’une opinion. Quand les organes attitrés du pangermanisme lancèrent dans le public des articles menaçants, en rassurant les populations en proclamant que ces feuilles étaient sans influence et presque sans lecteurs. L’événement a prouvé le contraire.

  2. Presse. Opinions de presse.

«Il nous plaît de voir comment un même événement survenu chez nous ou au dehors, réagit dans nos divers terroirs, quelle résonance il trouve dans les divers milieux de notre opinion. Et quand, après ces lectures variées, on s’efforce de parvenir à In synthèse qu’elles commandent, on se sent plus ferme et plus rassuré sur le sens des grands événements que nous voyons s’ac-compli sous nos yeux et mieux armés aussi pour les suivre et les diriger dans leurs évolutions successives.» (Albert Lebrun, Président de la République Française.)

  1. Après Fashoda, les organes nationalistes de Pans, L’Intransigeant, La Presse, La Hatric, etc., adressaient à l’Angleterre et aux Anglais les pires invectives et les plus virulents sarcasmes. Quelques années après, ils exaltaient à f unisson, l’Entente cordiale, ils faisaient de l’opinion des jouettes, car dans les deux cas ils ne parlaient pas seulement circonstances mais principes.

Au cours des événements qui ont porté Hitler au pouvoir, on a vu le gouvernement prussien imposer aux journaux la publication d’un manifeste contraire au referendum organisé pur ses adversaires et réprouvé par les journaux. Le président Hindenburg est intervenu au dernier moment pour taire modifier la législation.

  1. On devra se demander aussi si la Presse ne devra pas être systématiquement complétée par des mesures de publicité politique. Ce qui fut fait en Angleterre pour la conscription volontaire, plus tard pour le grand emprunt, mérite d’être étudie avec la plus grande attention. Des masses énormes d’hommes ont été convaincus en très peu de temps d’un devoir patriotique à remplit: a enrôler et apporter leur souscription à la patrie.[^Voir dans les journaux illustrés de l’époque, notamment Le Miroir du 4 mars 1917.]

  2. «Le journal contemporain, dit Fi. de Brandéis, est fatalement obligé d’obéir à la loi de l’intérêt qui est vitale pour lui, qui le transforme en un jouet, instrument cherchant à satisfaire le goût, quel qu il soit, de son client, ou bien il est l’instrument de campagne politique ou financière. Chaque personne qui ouvre une feuille quotidienne est en droit de se demander si ce qu’elle y trouvera a été mis là pour Datier sa manie ou pour influencer sa pensée au profit d’un tiers. L’utile, la seule chose qu’il importe de vulgariser n’y trouve un abri qu’exccp-tionnellemcnt et comme à regret. Le journal est trop souvent la propagation des immoralités.»

  3. Il est important d’avoir des journaux répandus dans tout un pays et combattant les idées particularistes. C’est un moyen de former une opinion commune. Ainsi les journaux ont pu contribuer à former l’âme de la Chine, C’est une indication de ce que pourrait être de grands journaux réellement mondiaux pour la préparation de la «République mondiale des esprits et des activités».

  4. On a fait à la Presse trois grands reproches: 1° elle est méchante; elle est vénale; 3° elle est de contenu inférieur. Beaucoup d’organes de la presse, pour vivre, ont ou les subventions du gouvernement ou celles de grosses affaires qui sont intéressées a voir influencer de certaine manière l’opinion publique et les parlementaires. Dans une phase ultérieure on a vu la propriété des jour­naux passer directement à certaines firmes (notamment celle des armements). Un a vu aussi à l’inverse, des journalistes devenir riches et puissants, acquérir la propriété d usines.

Une étude sur la corruption de la Presse et ses conséquences politiques serait aujourd’hui une des plus instructives parmi celles qui pouriaient être faites sur le mécanisme réel et les coulisses de la politique mondiale.

Aujourd’hui un homme enrichi par des moyens qui empêchent tous ceux qui le connaissent de lui donner la moindre estime, peut s’acheter un journal et dès lors devenir «tabou» en s’imposant à l’admiration de 1.400,000 lecteurs.

Pendant la guerre, les histoires scandaleuses de Tellier, de Humbert, d’Aimereyda, (Le Journal, Le Bonnet Bouge) ont mis à nu des pratiques, des influences et une moralité déconcertantes.

Quelques mois avant la guerre. Le Journal fut racheté pur le Creusot. Son principal collaborateur, devenu après son directeur, fit naturellement une campagne de presse en faveur de l’augmentation des armements. Le higaro fut subventionné par les banques allemandes, comme l’a démontré le procès Cailliaux. La Rheiniache Weaifdhliche Zcitung, qui réclamait chaque année impérieusement des armements, appartenait a la Maison Krupp.

Dans tous les pays maintenant, des groupes, par les idées, les intérêts ou l’argent, influencent la Presse. Ils y procèdent par une action souvent occulte. En France, le Creusot dispose maintenant du Temps et des Débata. En Belgique, l’/lction et Civilisation, Le XXe Siècle, L Indépendance, L’Etoile Belge, La Gazette; en Allemagne, les divulgations sensationnelles (affaire Klepper) ont fait connaître de quelles subventions jouissaient quelques quo tidiens importants: Ücutachc Allgcmcinc Zcitung, Kol-nische Voll^azeitung, Berliner Tageblatt, Frankfurter Zei-tung. Dans la Cité de la Société des Nations, le Journal de Genève.[^Voir les incidents scandaleux rapportés par Philippe I.amour dans Monde, quand fut troublé un exposé de la Presse fait à la Sorbonne au cours de l’hiver 1933.]

Les chances diminuent pour le lecteur d être renseigné complètement et exactement. Pour une très grande partie, la Presse n’est plus que l’instrument ultime de banquiers et d’industriels, une machine À orienter l’opinion publique dans un sens favorable à certains intérêts privés. Les organes indépendants de la Presse ont fort a faire pour vivre.

  1. Le 29 novembre 1917. L’Œuvre publiait en manchette: • Amasis (pharaon d’Egypte) fut l’auteur de cette loi qui oblige tout Egyptien à déclarer chaque année au gouverneur de son nome d’où il tire ses moyens d’existence, et celui qui n’obéit pas. celui qui ne paraît pas vivre à l’aide de ses ressources légitimes est puni de mort. Solon l’Athénien ayant pris cette loi en Egypte l’imposa à ses concitoyens qui l’observent encore et la jugent irréprochable.» (Hérodote.)

La magie du «noir sur blanc ou s c’est écrit» dos Mahométans, du labou qui représente la parole, expression de lu réalité quand elle est moulée en caractères d imprimerie. Les journalistes procèdent souvent a tort et à travers et sans réfléchir aux conséquences de leurs informations et de leurs articles. Ils font penser aux apprentis sorciers, ils suscitent parfois des réactions populaires, dont par la suite ils ne sont plus les maîtres.[^Apprentis sorciers*; toute l’édition, 10 juin 1933.]

La vanité et la fureur de la publicité dès le XVIIe siècle furent grandes. «Tel, s’il a porté un paquet en cour, a mené une compagnie d’un village à l’autre en pleine paix, ou payé le quart de quelque médiocre office, se fâche s’il ne voit pas son nom dans la Gazette…»

Les fausses nouvelles au XVIIe siècle. «… L Histoire est le récit de choses advenues; la Gazette seulement le bruit qui court. La première est tenue de dire toujours la vérité; la seconde fait assez si elle empêche de mentir. Et elle ne nient pas, meme quand elle rapporte quelque nouvelle fausse qui lui a été donnée pour véritable, s (Théophraste Renaudot, 1631.)

  1. La grande Presse est systématiquement dévouée a tous les gouvernements successifs et contradictoires pen dant qu’ils sont au pouvoir. On a vu en France, en 1932. la Presse se prononcer en masse pour le Japon après l’avoir fait pour la Chine; abandonnant à droite, au commande ment et d’un coup la «thèse française» pour se rallier avec effusion aux propositions I ardieu à Genève, alors que la veille, émue, elle les déclarait «une utopie criminelle et une trahison».

Certains gouvernements font passer à l’étranger, dans quelque journal de troisième ordre, un article élogieux pour leur politique, quelque déplorable a–t-elle pu être. Leurs services de Presse font ensuite reproduire cet article qui sort de leur propre officine par l’un ou l’autre journal à leur service, comme étant une approbation venue de l’étranger! Manière coûteuse de «bourrer le crâne» du pays! Certains journaux ont des relations directes notoi rement connues avec les ministres des affaires étrangères de leur pays. Le temps. Le iimea.)

En France, le Président du Conseil a disposé un moment de 24 millions de fonds secrets par an. Un député socia liste a critiqué cette institution à la Chambre, le 24 juin 1916 (Journal de Genève, 9 juillet 1916). Outre les aides financières aux journaux, il y a celles aux journalistes. Il y a des services de Fresse parmi les organes de l’administration de tous les pays. Le service de Presse du ministère des affaires étrangères de Belgique a coûté environ 300,000 fr. par an.

Beaucoup de journaux sont alimentés aux fonds secrets, qui ont quelquefois été appelés «le fonds des reptiles».

  1. A côté des affaires publiques, il y a les affaires privées. Ici l’une des formes de l’action de la Presse est «le chantage». Quand un journal connaît sur quelque personnalité une anecdote qu’il lui serait peu agréable que le public connaisse, il lui propose un marché en lui vendant son silence. Des banques ou entreprises financières achètent ainsi la publicité des journaux; ils leur achètent les numéros ou les subventionnent. M. Vallé a estimé que pour l’affaire de Panama, la Presse a reçu 14 millions.[^Ce qui fut distribué à la Presse en France à l’occasion de l’affaire du Panama. Paul de Cassagnac a reproduit la fameuse liste Flory dans L’Autorité du 30 mars 1893. Reproduit dans Didier: Le Journal et la Revue. Conférence à la Maison du Livre. Bruxelles 1910.]

  2. Par la trustification on voit se réaliser graduellement une «Internationale de la Presse». C’est celle-ci, hélas, bien triste à le constater, qu’on a dénommé l’Internationale du fascisme et l’Internationale sanglante des armements.[^L’Internationale sanglante des Armements, par Otto Lehmonn-Russbüldt. Bruxelles-Eglantine.] Ainsi sous nos yeux et par des voies différentes toutes matérielles se constitue une puissance spirituelle énorme qui rappelle celle des religions autrefois, des grands Pontifes qui les dirigent. Mais elles avaient, elles, de (Grands Inspirés.

    241.328 Le public, les lecteurs

  3. Le lecteur suit son journal. Il a confiance en lui, il rationne comme lui; il en reçoit les faits avec une appréciation exprimée à leur propos. On peut constater que lorsque la direction d’un journal change sans que le lecteur en soit averti, le lecteur à son tour change d opinion.

  4. Le public comprend-il les journaux qu’il lit? Connaît-il assez de mots pour cela. M. Bony a cherché à répondre en analysant le n" du 9 juillet 1920 du journal Le Temps. II y a relevé 45,500 mots sur lesquels 2,800 nom» propres et une centaine de mots étrangers. Il s’y trouvait donc environ 42,600 termes du langage courant. Sur ce nombre il y avait 3,838 mots différents. De sorte que, rien que pour lire ce numéro, il fallait connaître près de 4,000 termes. La l’° page contenait 1,371 mots différents; la 2° , 780; la 3«. 551; la 4 , 470; la 5e. 406; la 6% 260. Encore les mots ne comprenaient ni les pronoms et adjectifs possessifs. Et pour comprendre «actif», il faut connaître «acte», et comprendre «barque» pour «débarquer», etc. En outre des mots ont plusieurs sens; «malaise économique», a mécanisme du crédit international». En somme pour comprendre ce numéro du Temps, il faut comprendre environ 6.000 mot«. Pour enseigner ce vocabulaire à un enfant, en supposant qu’il en connaisse 1,000 et qu’il puisse en retenir 20 par semaine, il faudrait six ans.

  5. Parmi ceux qui lisent les journaux, peu lisent autre chose et comme le remorque Tanneguy de Wogan, aucune lecture n’est plus préjudiciable à l’habitude de l’attention soutenue que celle-là. La lecture du journal ne fixe jamais l’esprit sur uri sujet quelconque pendant plus de 3 ou 4 minutes à la foi» et chaque sujet vient présenter un changement de scène complet. Il en résulte que le nombre de lecteur» du livre diminue graduellement et d’une manière continue chez toutes les nations civilisées. L’influence immédiate du livre sur la politique et sur la société diminue aussi proportionnellement. Les idées de l’auteur du livre ont à passer par le crible du journal avant de pouvoir exercer leur effet sur l’esprit populaire.

Pour la propagande par la Presse, une idée doit pouvoir prendre la forme de quelque «nouvelle». Alors elle est communiquée par les agences, elle est lue et les journalistes en font matière à article.

  1. De l’avis des criminalistes, rien n’est plus favorable aux attentats que la reproduction à fort tirage et avec force détails, des crimes et des délits de tout genre.

  2. Le public n’a–t-il pas la Presse qu’il mérite? Une enquête a été poursuivie sur cette question: raison poussant vers la lecture d’un tel journal plutôt que tel autre. Cette enquête a obtenu ces trois sortes de réponses; 1° par habitude; 2° pour les annonces; 3° pour la nécrologie.[^Rouge et Noir: 1932.08.03, p. 5.]

    241.329 Organisation

Un journal exige toute une organisation, impliquant direction, collaborateurs, ateliers de production, services administratifs. Tous les progrès réalisés dans l’art d écrire et de reproduire, dans la coopération intellectuelle, dans l’administration, trouvent application ici. L’organisation s’opère dans deux directions; organisation interne de chaque journal et organisation générale de l’ensemble de la Presse.

  1. Science du journal (journalisme)

Il s’est constitué une science du journal. Elle porte en allemand le nom de Zeitungswesen.[^Brunhuber Robert. — Das moderne Zeitungswesen (system der Zeitungslehre). Leipzig. G. J. Göschen 1907, 109 S. Geb. 0.80 M. Sammlung Göschen 320.] On pourra risquer en français le terme d’Hémérologie, coordonné avec ceux d’Hemerothèque, de Bibliotogie et de Périodicologie. Que les matériaux de cette science sont abondants et que de nombreux exposés, complets ou partiels en aient été présentés déjà, en témoignent les 7,000 titres de T «Internationale Bibliographie des Zeitungswesens» du Dr. Karl Börner (Leipzig O. Harrassowitz).

  1. Cycle des opérations

  1. Communication. — Les nouvelles reçues et transmises (voire fabriquées) par les agences de presse constituent chaque jour une masse considérable. Télégraphie et téléphonie fonctionnent tout le jour durant et les informations sitôt reçues, sont transcrites, multipliées et envoyées aux journaux abonnés. Ceux-ci ne sont à même de publier qu’une partie de ces dépêches, communiqués et articles. Que devient l’autre partie? il est désirable dans l’intérêt de I Histoire de la conserver en quelques exemplaires prototypes.

Il existe des combinaisons de tarifs télégraphiques et téléphoniques pour les journaux.

  1. Impression. — Les grands quotidiens d information possèdent à eux leur presse, leur rotative, leur matériel d’impression et de clichage.

  2. Transports. — Question capitale pour la Presse, En 1929 il y eut à Genève une Conférence européenne relative aux transports le journaux et périodiques. Elle délibéra sur l’essentiel du problème devenu fort complexe.

  3. Distribution. — Les journaux de Paris qui n’ont pas un service particulier de vente au numéro dans les départements chargent de ce service soit les Messageries Hachette, soit les Messageries du Petil Journal. Les dépositaires en province font connaître le nombie d exemplaires qu’ils écoulent de chaque journal. Les employés des messageries prennent au bureau du journal la quantité totale demandée et adressent à chaque dépositaire un colis?ui contient le nombre demandé par lui de tous les journaux qu’il débite. A Paris fonctionnent des systèmes qui divisent la capitale en secteurs, dont le préposé assure les débits et reprend les invendus.

Il s’est formé des services de messageries de journaux qui sont pour les journaux l’analogue des maisons d’édition ou de commandes. Ils prennent les envois pour les petits marchands.

En France la maison Hachette a 7,000 employés dans son service; elle sert 16,000 vendeurs de journaux, elle possède 279 autos; par son intermédiaire sont vendus 28 millions de pièces imprimées par an ou environ 77,000 par jour, dont 10 périodiques édités par elle-même.

Les messageries étendent leur action, Un accord est intervenu entre les Messageries Hachette et le Poste Parisien qui leur réserve l’exploitation de la publicité littéraire de ce grand poste, ainsi que l’organisation de ses conférences.

  1. Les journalistes

  1. Dans un journal on distingue la direction et la rédaction et elles ont des responsabilités civiles, administratives et pénales très différentes. Une fonction spéciale est celle du secrétaire de la rédaction chargé du bon à tirer final. Les collaborateurs d’un grand journal sont dispersés à travers le monde entier. Le journal a des rédacteurs attitrés, des rédacteurs occasionnels, des contributeurs éventuels bénévoles.

  2. Contrairement à ce qui se passe en France, un homme politique en Angleterre n’est jamais publiciste. Les journalistes y remplissent un rôle tout aussi important que celui de ministre, mais c’est un rôle distinct. Celui qui n’assume aucune responsabilité peut exposer ses idées. La tâche est grande et belle pour le publiciste qui peut exercer une influence sur les événements et posséder une belle autorité. On s’est beaucoup occupé depuis quelques années dans les journaux littéraires de définir les rapports qui existent entre le journalisme et la littérature. Des journalistes font œuvres littéraires; le journal est un moyen de faire connaître les œuvres au grand public.[^Paul Ginisty: Anthologie du Journalisme, Paris, De la grave.]

  3. Le Bureau International du Travail a publié une étude sur «les conditions de travail et la vie des journalistes». Elle passe en revue la situation des journalistes dans les divers pays aux points de vue de l’aspect général de lu profession, de la formation du journaliste, du degré d’organisation de la profession, des conditions de travail proprement dites (durée du travail, repos hebdomadaire, vacances, etc.), des salaires, du marche du travail et des institutions de prévoyance. Elle relève les différences frappantes qui existent d’un pays à un autre en ce qui concerne la situation du journaliste.

Les vrais journalistes ne font pas métier de leur conviction et de leur caractère. Ils ont une conscience et défendent dans les journaux avec sincérité ce qu ils croient être juste. Il est exact qu’un journaliste est souvent un homme plus soucieux de prendre la réalité immédiate dans ce qu’elle a de confus et de passionnant que d’étudier les phénomènes transcendants sous l’aspect de la réalité.

Le Congrès de la Presse Belge (août 1921) a estimé que la profession de journaliste, mission de confiance, de collaboration et d’initiation, a le caractère du mandat rémunérateur, il a repoussé la qualification d’employé, mais estime que les garanties de statut, de préavis et de congé sont nécessaires à l’exercice de ta profession. Le syndicat journaliste et le syndicat de la Presse en France ont négocié, mais sans succès, I établissement d un statut des journalistes servant de base aux conventions entre les journaux et leurs collaborateurs.

On compte à Paris sis fois plus de journalistes qu’il n’en est besoin. Un jour peut-être la Presse ne sera plus représentée que par quelques grandes feuilles d’information, qui tueront les autres, d oit une situation de chômage à envisager pour l’avenir.

  1. Agences, informations

  1. Les agences télégraphiques de nouvelles ont été fondées par Reuter en 1849, Il y a eu en Europe quatre grandes agences: Reuter, Wolf. Stéfani et Havas, qui plus ou moins trustées se communiquent leurs télégrammes et qui tiennent ainsi comme dans un filet l’opinion de l’univers. Les agences, telle Havas, ont dans chaque capitale un correspondant qui lui envoie les nouvelles télégraphiques dans ses bureaux de Paris. Là elles sont imprimées et adressées par cyclistes aux journaux abonné» qui les reproduisent.

  2. Avec le télégraphe et le téléphone les journaux locaux ont 6 ou 8 heures, parfois 12 heures d’avance sur les journaux de la capitale. Il y a donc une recrudescence de vie pour ces journaux. Les agences télégraphiques envoyant à tous les journaux les mêmes nouvelles ont tué le journal international, tel que L’Indépendance Belge. Les représentants de la presse allemande (réunion du 22 août 1915) ont compris ce dnnger et demandent l’organisation d’un service de renseignements dans le «sens national vu qu’il est plus important encore d’envoyer des informations de l’Allemagne à l’étranger, que de recevoir de lui des nouvelles souvent stupides et que les faits contredisent.»

Il faut assurer à l’Allemagne l’indépendance absolue et la liberté de ses informations.

  1. Le journal s’est distingué de la revue et maintenant les informations se distinguent des journaux (bureaux et agences de presse, les communiqués, les dépêches). A l’Exposition Pressa les mot «Nachrichtenwesen» avait pris place à côté de celui de Zeitungswesen. (Runkel. —Oefïentlicher Nachrichtendienste, 1928.)

  2. Pendant la guerre, on a voulu supprimer les agences. Elles sont revenues plus puissantes. Havas et Reuter avec les 18 agences nationales se sont entendues. Elles ont divisé le monde au point de vue des nouvelles. Rien ne passe qui ne soit contrôlé nationalement ou par les pays qui ont le monopole chez d autres.

  3. Les informations se vendent aux journaux. Elles se vendent aussi aux grands particuliers, Les agences qui achètent un article 50 francs, en font faire 10 exemplaires à la machine et le revendent 10 francs en province, gagnant ainsi 50 francs sur l’article.

  4. Il y a des agences de petites nouvelles. Ainsi a Informations quotidiennes de la presse associée», Directeur-fondateur Jean Bernard. Envoi de 5 À 10 feuilles d’informations inédites qu’on ne trouve nulle part ailleurs, abonnement pour les quotidiens, les hebdomadaires, etc.

  1. Trusts. Concentration

  1. Du temps de Gtrardin, avec 300,000 francs on créait un organe sérieux. Aujourd’hui il faut 5 millions pour lancer et soutenir un journal dans le goût du jour.

  2. Partout il y a tendance à la concentration. La concentration des journaux a été considérable. En Allemagne. Stinnes, le grand industriel a possédé À lui seul 60 grands journaux. De grands trusts de journaux fonctionnent en

Allemagne; groupe Uistein-Konzern, Moses. L’ensemble des publications d’Ulstein (comprenant la V oseische Zei-tung et In Berliner Zeitung am Mtttag) accuse le tirage formidable de 4.210,920 exemplaires. L’entreprise possède 66 rotatives, 114 autos, deux canots automobiles et trois avions. Elle consomme 8 millions de tonnes de papier par an.

  1. Le trust de journaux de Lord Northcliffe. ce féodal du journalisme, multimillionnaire, nommé lord et chargé d’une haute mission diplomatique aux États-Unis.

  2. Le fameux trust oiganisé par Hearst aux États-Unis fut assez puissant pour retarder quelque peu l’entrée en guerre des États-Unis. L’imprimerie des journaux ou trust Hearst tire chaque jour cinq millions d’exemplaires et l’on sait quelle quantité de pages ont les journaux américains.

Un autre trust comprenant 521 journaux vient de se fonder à New-York. Ce trust possède de nombreuses lignes télégraphiques dont l’ensemble donne une longueur supérieure à 10,000 kilomètres.

  1. Certaines imprimeries recueillent les journaux qui cessent de vivre. Elles continuent de les faire paraître, les Imprimant tous avec la même matière. On ne change que le titre. Ainsi n’importe qui a la facilité de faire imprimer un journal dont il sera propriétaire. 200 exemplaires lui coûteront 10 francs.

L’homme qui résoudrait le problème d’acheter dans tous les pays la majorité des journaux et des agences télégraphiques serait automatiquement le maître du monde. Mais tous les organes de presse ne sont pas À vendre et de nouveaux journaux peuvent se créer. Cependant on aurait sur tous les journaux une certaine domination si on les tenait par le papier. L’on peut acquérir l’autorité sur les papeteries si l’on achète dans les lieux d’origine de vastes forêts d’où se tire la pâte de bois. Hugo Stinnes avait commencé par opérer ainsi, il était devenu maître de la production du papier en Allemagne, Finlande et Scandinavie.[^L’Allemagne nouvelle de Victor Cambon.]

  1. La presse et les Nouvelles (vraies ou fausses)

  1. En réalité c’est par les dépêches de tous les pays, envoyées par les agences, que chacun est tenu au courant de ce qui se passe. Tous les matins ou tous les soirs, parfois aux deux moments et encore à midi, les dépêches rendent compte de ce qui se passe dans l’immense arène du monde où les faits se déroulent par suite de luttes ou de coopération de travail régulier ou d’innovation générale.. L’homme-journal – celui jl’Helgoland, mort en 1907 – se rendait de ferme en ferme chaque jour et racontait à haute voix les dernières nouvelles du monde entier. En arrivant à chaque ferme il rassemblait les habitants en sonnant une petite cloche. Il ne se faisait pas payer, mais ses auditeurs lui témoignaient une reconnaissance propor- i tionnclle à l’intérêt ^es nouvelles qu’il apportait.

  2. La Conférence des Experts de Presse (août 1927) a commencé à synthétiser les éléments relatifs aux nouvelles, comment les recueillir et assurer la transmission rapide, la protection avant et après la publication. 1«diffusion intensive. Une fois entré dans cette voie féconde, on peut entrevoir comme développement logique le besoin accru de documentation sûres rapide, complète; la nécessité d’envisager d’autres moyens de diffusion de la vérité, de les étendre non seulement aux nouvelles au sens journalistique du mot (informations du jour), mais aux articlrs et surtout aux données mêmes sur lesquelles reposent les faits intéressant la vie internationale.

  3. On n’a pas encore défini la fausse nouvelle. C’est là une matière fluide, éphémère et délicate à saisir. Parfois on est en présence de nouvelles tendancieuses, déformées ou inspirées, parfois telle nouvelle se voit donner une importance disproportionnée. On connaît les interminables discussions à Genève sur la définition de l’agresseur! Une étude historique de l’effet des nouvelles de presse sur l’opinion publique aux périodes critiques est reconnue désirable. La question des fausses nouvelles a été soulevée a la S. D. N. Comment réduire ou éliminer ces fausses nouvelles dont l’effet est d’irriter l’opinion publique. L’aversion unanime des Journalistes et des Associations de Presse s’est manifestée non seulement À l’égard de l’intervention gouvernementale, mais à l’égard de toute intervention extérieure. Il faut tenir compte du prix que le public est disposé à payer pour les nouvelles. La majorité du public ne payerait pas les nouvelles exigées au prix où celles-ci reviennent. Il faut donc que la publicité payée et les autre«intérêts commerciaux viennent combler la différence. D’où une influence puissante qui tend à faire dévier les nouvelles de leur caractère d’objectivité complète. Une déclaration des Associations de Presse demande, dans l’intérêt de la Paix, que les industries d’armement ne soient pas autorisées à posséder ni à diriger indirectement des feuilles publiques. On a fait remarquer que l’absence de nouvelles était aussi préjudiciable que la fausse nouvelle. Le silence crée la peur, ce qui mène aux malentendus et en fin de compte à la baine.

  4. On a proposé que la Société des Nations soit chargée de propager des nouvelles par elle contrôlées, par conséquent que la S. D. N. contrôle rapidement les nouvelles qui publiées déjà lui paraissent suspectes, qu’elle dispose d’un organe qui serait l’auxiliaire de ceux qui existent et en qui le monde pourrait avoir confiance.[^Proposition de M. Jules Raisson au Comité français de Coopération européenne.]

  5. Il a été créé récemment un tribunal d’honneur des journalistes chargé de trancher les litiges mettant en jeu un intérêt international. Il est compétent pour sanctionner d’une sorte de flétrissure morale les auteurs de renseignements volontairement erronés et ceux mêmes qui ont mis un soin insuffisant à se documenter. Il ne peut toucher ni aux doctrines, ni aux idées, mais il a pour but dt maintenir la notion d’honneur dans les relations entre journalistes étrangers.[^Voir rapport P. Otlet au Congrès Psychosociologique.]

  6. A la Table Ronde de l’Union des Associations Inter nationales, M. Briantchaninoff, l’organisateur des Congrès Psychosociologiques a présenté un projet de Cour Internationale privée destinée à s occuper des affaires de Presse dans ses rapports avec l’opinion publique.

  1. Documentation

  1. Le journal comme la revue a trois utilités documentaires: 1° on le lit quand il paraît; 2° on en fait des collections (très peu); 3° on les découpe (beaucoup).

  2. Il y a lieu de distinguer la documentation par»4 Presse quotidienne et la documentation de la Presse quotidienne: 1° la Presse quotidienne apporte les nouvelles en premier lieu, les articles de revue et les livres ne contenant la matière que beaucoup plus tard; 2° elle contient des éléments qui se retrouveront plus tard dans les périodiques et les livres; 3° elle contient l’expression immédiate de la pensée et de l’opinion publique à l’égard des événements; 4° par les entrecoupements, les reproductions similaires ou les altérations, par les erreurs mêmes constantes dans une série d articles publiés dans les jour naux différents, on peut se rendre compte dès l’origine d< certaines nouvelles, des sources qui les lancent et les paient (ex, Ivor Krcuger pour Ivan Kreuger).

Le journal comme documentation c’est: 1° l’actualité; 2° la mise sur la trace du fait; 3° un exposé court bien tîtulé; 4° des articles de vulgarisation des questions; 5° une matière abondante à bon marché.

  1. Certains journaux dressent pour eux-mêmes la table des matières du contenu des numéros. Le Times publie les tables de son contenu.

  2. Les Archives contemporaines (système Kecsing) publient une documentation chronologique illustrée des événements mondiaux. La publication est hebdomadaire Elle se fait en 4 langues. Un index alphabétique accompli pagne l’index cumulatif. L’index portant le numéro le plus élevé est seul à conserver, il reproduit en les corn mentant tous les précédents qui peuvent dès lors être détruits.

  3. Des journaux publient des revues de la Presse dans lesquelles les articles sont cités textuellement, pour venir en aide à la presse et aussi pour leurs propres services. Le Ministère des Affaires étrangères de France a organisé un service de traduction de journaux étrangers et publié des Bulletins de Presse abondamment pourvus et présentés d’une manière assez objective.

  4. Des journaux ont publié des éditions résumées. Ainsi les numéros hebdomadaires pour l’étranger de la Gazette de Cologne, autrefois L’Indépendance d’Outremer, la Kölnische Zeitung Wochensausgabe.

  5. Il y a un service de découpure de presse dans toutes les grandes administrations publiques et privées. Des agences de découpures de journaux se sont constituées (type: Argus de la Presse), moyennant payement par découpure elles envoient au jour le jour tous les extraits de presse concernant une question ou une personne. Ces agences ont de nombreux lecteurs qui parcourent les journaux les ciseaux à la main, après s’être mis en mémoire, d’après des listes dressées et tenues à jour, tous les sujets qui intéressent les abonnés. Les hommes politiques, les artistes, les personnes en vue i»ont désireux de connaître ce qu’a dit d’eux la presse. C’est elle qui fait la notoriété (ce qu’on appelait autrefois la gloire).

Les bureaux d’un grand journal constituent des centres de. documentation très importants. Ils reçoivent une grande correspondance, et des inconnus lui envoient quantité de documents. Il est désirable que cette documentation, susceptible d’améliorer considérablement la valeur des nou-velles publiées, soient organisées et les méthodes générales de classement et de catalogage trouvent ici leur application.

  1. Les journaux sont précieux a conserver. La France, dit le bibliophile Jacob, ne conserve pas les journaux, qui sont pourtant les meilleurs instruments de l’histoire d’une époque, à quelque point de vue qu’on la veuille étudier. Ces pauvres journaux s’en vont tristement au néant, ù l’oubli et plus tard, demain peut-être, on les payera au poids de l’or. Ce sont les oracles de la Sybille écrits pur des feuilles de chêne; n’est-il pas étonnant que notre XIXe siècle laisse s’anéantir chez la beurrière et chez l’épicier les pièces les plus précieuses, les plus authentiques de l’esprit national.

  2. La conservation des journaux soulève quatre question» différentes: 1° sous quelle forme présenter les journaux quotidiens dans les bibliothèques publiques et aussi dans les grands cercles? 2° comment conserver des collections complètes de certains journaux (Hémérothèques)?, 3° comment constituer des archives de la presse comprenant des exemplaires types de tous les journaux (Musée de la Presse); 4° comment utiliser les journaux sous forme de découpures (Encyclopédie documentaire).

  3. Tous les journaux du pays dans ta bibliothèque nationale, quelques grands quotidiens et les journaux locaux dans les autres, au moins un journal source de faits et de l’histoire contemporaine dans toute bibliothèque. On relie les journaux en fin de trimestre. Ceux de consultation courante sont collés sur onglets et reliés au jour le jour. Les numéros dépareillés de plusieurs journaux que l’on désire conserver font l’objet de recueils factices où les numéros de plusieurs organes sont classés par ordre de date.

La Bibliothèque Nationale de Paris possède une collection complète des journaux parisiens. La Library of Con­gress de Washington possède des collections considérables.

Dans certaines bibliothèques anglaises, les journaux sont affichés. Ils se lisent debout devant des pupitres. Les journaux les plus répandus comme le Daily Mail, le Tele-graph, le Tirncê sont affichés à deux ou même trois exemplaires. de façon que plusieurs lecteurs puissent les compulser à la fois.

La Bibliothèque doit posséder un choix judicieux de journaux. «Pat les journaux, elle met chacun en situation de se faire une opinion personnelle raisonnée, basée?ijr une information pluriale et contradictoire, au lieu d’avoir seulement l’opinion toute faite de l’unique journal qu’il lit.»

  1. On a constitué de grandes collection» de spécimens de journaux. A Aix-la-Chapelle. M. Oscar von For-kenbeek est parvenu à réunir 75,000 feuilles de journaux différentes dans le Zeitungs Muséum, subventionné par la ville. En Belgique, on s’est vivement intéressé aux collections les plus importantes. Le Musée de la Presse au Palais Mondial comprend maintenant les collections de Warzée. Vanden Broek et de Fonvent en un ensemble considérable.[^La collection de journaux de feu le Dr Guilmot – 80.000 spécimens environ – a été acquise par M. le Juge Berrewaert de Louvain, C’était incontestablement la plus importante du monde.]

  1. Institutions

Le journalisme a fait surgir tout un ensemble d’institutions communes pour les rapports professionnels et la déontologie, pour l’aidr mutuelle, pour l’enseignement, les maisons et instituts de Presse.

  1. En Amérique le journalisme a pénétré dans les Universités. A Columbia, il a élevé le journaliste nu rang d’un professionnel, bien que ce soit peut être une affaire. A Berlin, à l’Université on a créé non seulement une chaire de journalisme (Zeitungswissenschaft), mais un Institut, laboratoire ou bibliothèque où 800 journaux sont découpés et classés. Il y a les Ecoles de Journalisme à l’Université de Chicago, Philadelphie, Colombo (Ohio) qui ont des cours préparatoires de journalisme. Université catholique de Lille. En Allemagne, professeur Koch à Heidelberg. Le Secrétariat du Volksverein de Miinchen-Gladbach s’e»t transformé en une école de journalisme.

  2. La Maison de la Presse de Paris créée pendant la guerre (rue François Ier) n’a été fermée qu’en décembre 1922. Elle comprenait un service d’informations recevant. analysant et diffusant les contenus de la Presse du monde entier; un service de propagande répandant des opinions. Ce dernier service avait la naïveté de se présenter ouvertement comme organisme de propagande française, afin que nul n’en ignore.

La «Maison de la Bonne Presse» (Paris. 5, rue Bayard) fondée par les Assomptionnistes et reprise par M. P. Feron-Vrau. est aujourd’hui une maison d’édition considérable. Elle comprend un personnel de près de 600 personnes. Ce chiffre n’est rien auprès du nombre des collaborateurs de bonne volonté qui se sont groupés autour d’elle et qui forment une armée de plus de 50,000 délateurs, chevaliers de la Croix, pages du Christ, porteurs de ses diverses publications. Par ses journaux et revues, elle pénètre chaque semaine dans plus d’un million de foyers; le total des tirages de toutes les publications réunies dépasse deux millions.

Elle a son imprimerie, une administration qui se tient en relation constante avec tous ceux qui s’occupent de propagande, de rédaction pour ses 25 revues et journaux.

  1. La Fédération internationale des Journalistes est une institution permanente. Elle a constitué dans les grandes capitales d’Europe, sièges d’organisation nationale officielle, des commissions de travail: documentation et archives. finances (Pana), étude juridique (Berlin), prévoyance et assistance (Vienne), études techniques (Genève), propagande (Londres). La Commission de documentation a mis au point un important recueil de contrats et textes organiques, conventionnels ou légaux, véritable code international de la condition de journaliste.

Une Association Internationale de Journalistes accrédités à la Société des Nations a été constituée à Genève en 1927. Le problème de la collaboration de la presse à l’organisation de la Paix a été discutée à l’assemblée de Genève (1932) (Document A. 312, 1932). La Conférence de Madrid a traité- un aspect de la question: les relations télégraphiques.

Récemment, le Comité exécutif de la Fédération internationale des Journalistes a adopté une résolution condamnant les persécutions de la presse en Allemagne et déclarant la rupture momentanée avec la Fédération des Journalistes allemands.

  1. Il a été formé en mai 1933 à La Haye une Fédération internationale des Associations de directeurs et des éditeurs de journaux.

  2. Des Instituts du Journalisme ont été créés en divers pays. En Allemagne notamment «Deutsches Institut fur Zeitungskunde». Des publications spéciales ont été consacrées à la théorie et à la pratique du journalisme. Ex.: en Allemagne la Zeitungswissenschaft.

La création d’un Institut International de la Presse a été décidée par le Comité de la Fédération Internationale des Journalistes (Prague, avril 1929). C’est à la suite du vœu délibéré en Î927 par la Conférence internationale des Associations internationales de Presse.

  1. Des expositions internationales de la Presse ont eu lieu dans maintes expositions générales. Il y en eut aussi dans des expositions plus spéciales. Celle du Livre b Leipzig en 1924, celle de Pressa a Cologne en 1927.

  2. La création d’une Bibliothèque (Hémérothèque) mondiale de la Presse doit retenir l’attention. Elle est appelée à devenir un Département important de la Bibliothèque Mondiale.

  1. Desiderata. Réforme

  1. Parmi les objets de ces réformes, on peut indiquer les suivantes: extension du nombre de pages des journaux. multiplication des rubriques, collaboration compétente, informations sur la vie du dehors et «l’heure qu’il est dans le monde», édition de suppléments spéciaux répondant au besoin de lecture dominicale, apportant aux feuilles à la fois de la distraction, des connaissances, de l’idéal et de la beauté. Le journal populaire constitue trop souvent pour le paysan sa seule revue et sa seule bibliothèque. Il devrait être transformé en organe distributeur d’une nourriture intellectuelle, saine et abondante. C’est là un minimum de desiderata. On peut se demander, d’autre part, si, sans apporter aucune restriction à la liberté de la presse, il ne conviendrait pas d’en voir combattre les mauvais côtés par des informations plus nombreuses et plus systématisées émanant des autorités, gouvernement et administrations. La conception même du Journal officiel est demeurée quasi invariable depuis plus d’un siècle. Il y a, dans le développement et l’adaptation de l’idée maîtresse à qui il doit sa naissance, de précieuses possibilités. L’État doit à ses membres des informations précises, détaillées, continues sur ce qu’il veut, entreprend et propose à la conception de ses membres.

  2. En ce qui concerne la lecture et la documentation par leur moyen, on peut souhaiter notamment: 1° qu’il soit constitué dans les grands centres des salles de lecture de journaux, comme en Angleterre et en Amérique, afin de combattre l’influence néfaste de la lecture d’un journal unique et tendancieux; ces salles de lecture devraient être, autant que possible, annexées aux bibliothèques; 2° que ces dernières organisent des collections de journaux, les unes centrales ou générales, les autres locales ou spéciales; les journaux sont des sources importantes de 1 histoire»t des organes de la tradition; 3° qu’il soit publié pour au moins un journal de chaque pays des tables détaillées comme celles que publie le Times et dont les index, en rappelant la date des principaux événements, puissent faciliter les recherches dans les numéros contemporains même des autres journaux. A défaut, même simultanément. que des catalogues bibliographiques manuscrits Sur fiches à plusieurs entrées soient établis au centre national de collectionnement de journaux, qu’il soit procédé à une utilisation plus généralisée et plus systématique des découpures de journaux pour alimenter la formation des Répertoires de Documentation. Il y existe des possibilités d’une meilleure utilisation à cet effet des services de presse des administrations et des argus de la Presse. Œuvres de distribution de vieux journaux; utilisation systématique des feuilles déjà lues pour étendre la lecture gratuite dans toutes les classes sociales.

  3. Remèdes divers à envisager. — 1° Limiter la liberté de la presse. Impossible. 2° Se montrer plus sévère pour la répression des délits. Par le régime qu’a mis en vigueur la loi de 1881, la presse irresponsable est aujourd’hui au-dessus de la loi, puisque les délits qu’elle commet sont presque toujours impoursuivU, puisque quand ils sont poursuivis, les poursuite-, lentes, tardives, coûteuses, semblent avoir pour but de sauver îe coupable, de décourager le plaignant, puisque les vrais auteurs du délit, soigneusement protégés, voient amener devant les tribunaux l’homme de paille de leur journal, le gérant; puisque les peines édictées ou prononcées sont inefficaces ou ridicules. L’avocat général Cruppé qui s exprime ainsi demande un tribunal plus moderne composé de trois éléments: le magistrat de profession, le juge populaire et l’expert. Toute personne, association, administration prise en partie ou diffamée par la presse doit avoir le droit de répondre dans l’organe qui l’a attaqué à la même place et pour au moins autant de lignes du même format.[^Lors du vote de la loi scolaire par les catholiques en 1884. Le journal de Bruxelles créa le Bureau des démentis; en moins d’un mois on parvint à purger les feuilles des adversaires de la plupart des canards dont elles nourrissaient leurs lecteurs à l’occasion de cette loi.] 2° Former une ligue de l’élite des journalistes repoussant toutes accointances avec les pamphlétaires et les pornographes (M, Leroy Beaulieu), 4° Créer des associations pour la protection des lecteurs de journaux.[^Le jour où nous pourrons faire une nouvelle législation sur la Presse, séparer la Presse littéraire et politique de la Presse financière, nous aurons fait une heureuse besogne d’assainissement. (Franck à la Chambre Belge, 16 mars 1922, p. 379.)] 5° Combattre l’idéal bas par un idéal élevé, opposer à presse sérieuse à la presse frivole et corruptrice.

    241.329.1 La presse dans divers pays

  4. Angleterre – La presse anglaise n’eut pas une longue enfance. Dès le XVIIIe siècle, elle présenta i.n caractère de virilité. Elle intéressa par des récits de voyage en feuilleton. Elle fut longtemps l’organe de l’opinion, son porte-voix sincère et authentique, le défenseur attitré des intérêts et des citoyens anglais, l’incarnation de l’âme anglaise. La presse est maintenant trustée, aux mains de quelques potentats et risque fort de dégénérer.

Les journaux anglais à l’inverse des journaux français, semblent avoir essentiellement pour but de renseigner vite et bien. Peu de théories, peu de considérations générales: des faits, des faits, des faits. Cette forme de journalisme suffit à elle seule à caractériser la société britannique.

Le journal anglais vise l’information, le lecteur n’y cherche point une direction de conscience. Le journal français est avant tout politique. Le journal anglais dispose de forts capitaux, le journal français pas. Le journal anglais ne peut être vénal, il risque trop; le journal français est accessible aux tentations.

  1. Allemagne – Les débuts de la Presse y ont été secs et impersonnels. C’est Frédéric II qui, en éveillant la conscience nationale, a donné le premier essor à la Presse, bien que sa puissance d expansion date surtout de la révolution allemande de 1848. Il y avait en 1928, 3,293 journaux et 4,730 revues. Cette Presse n’est pas centralisée comme en France; il y a de grands journaux de province.

Quand Bismarck fit voter une loi contre les socialistes (1878) ils s’organisaient sous forme de sociétés sans but politique en apparence, ««cercle de fumeurs», cercle choral. Ils transportèrent leur journal en Suisse, à Zurich, d’où les exemplaires entrèrent en contrebande dans toute l’Allemagne. Ils imprimèrent secrètement des feuilles volantes et continuèrent leur propagande.

A Berlin, Scherl, qui fut un colporteur vendant livres et montres, a créé la Woche, puis le Localanzeiger. puis le Tag. Le Tag. vers 1906, a deux éditions: politische qui donnait la reproduction réduite du Localanzeiger; unter-haltung, toutes espèces d’autres nouvelles. Tous les jours de la semaine le Tag a un autre supplément: agricole, littéraire, etc. Il tire à 100,000. Le gouvernement le ¡subsi-diail car c’était précieux pour lui que le public as&ez cultivé pour lire le Tag demeure dans les opinions moyennes. En tête du Localanzeiger, on trouve en quelques mots le résumé des événements saillants du monde entier. La lecture de ce résumé donnait l’assurance immédiate que l’on pouvait être tranquille, qu’aucun événement ne forçait à modifier le cours de ses idées ou l’orientation de son activité.

En Allemagne les auteurs connus publient souvent leurs essais dans les quotidiens.

A Berlin il y avait environ 10,000 vendeurs de journaux à la rue. dont 6,800 avaient leur place stable.

Pendant la guerre^ Lu.dend.Qrff organisa la fameuse «K.riegspre’iseamt». Wolf mentait, mentait toujours. «Le mensonge est un devoir patriotique», telle fut la devise. Le pouvoir militaire étant omnipotent, le pouvoir civil n’existait plus. La propagande du Kriegspresseamt s’inspirait de deux principes: l’espoir et la haine.

Il y eut tout un temps deux presses officieuses, celle de la Chancellerie et celle de von l’irpitz qui avait organisé au Ministère de la Marine un bureau de presse à tendances pangermanistes. La presse n’a guère été qu’un informateur officiel, obligé notamment d’insérer les articles préparés par l’autorité. Le gouvernement faisait publier des articles par l’intermédiaire non seulement de ses organes mais de journaux indépendants. Le gouvernement a déclaré que les articles de sources officielles ont pour but de fournir aux petits journaux des nouvelles intéressantes.

C’était l’agence nouvelle «Tranzoceana» qui envoyait les nouvelles par télégraphie sans fil au cours de la guerre, les câbles sousmaiins étant devenus inutilisables. Cette agence était soutenue par les industriels et par les sub-sides du gouvernement.

La législation sur la Presse en Allemagne, l’organisation, du Pressebureau, et la censure pratiquée en temps de paix, jointes à la confiance du peuple allemand, permettaient o Berlin de créer dans toute l’Allemagne l’opinion qui lui convenait sans en avoir l’air. En effet, un réglement obligeait le journaliste allemand de remplacer un texte censuré par un texte accepté. Depuis l’avènement d’Hitler la Presse connaît une concentration aux mains du gouvernement.

  1. États-Unis – Le journalisme américain est devenu une formidable machine. Il compte les plus complets exemples dans la «Yellow Press» la Presse jaune. C’est le journal qui est connu comme moyen de gagner beaucoup d’argent. (La chaîne des journaux de Hearst.) A côté existe la «Human interest Press», qui fait un usage abondant des incidents oui révélent In nature humaine n fait naître les émotions. (Par ex. Le Star, de Kansas City.) L’Amérique a des «news papers» et «newspapermen». l’Angleterre et le continent ont des journalistes. Il y a une grande différence. Les journaux américains font d’im meiises sacrifices pour utiliser tous les moyens créés par In science pour In transmission rapide de l’information. Le journal américain, comme instrument de nouvelles, est des années en avance sur les autres.

La Presse américaine est en général une pure entreprise commerciale, de parfaite à-moralité, exploitée selon une technique savante, rationalisée, mécanisée, le dernier cri de la réclame, de l’information. du reportage. Elle est trustée.

La Presse des États-Unis a une grande influence. Elle est riche et en général intéressante; elle occupe, en temps de prospérité, d’après les rapports fournis par le Ministère de I*Intérieur, 261.000 employés qui touchent 2.5 milliards ¿r?s dollars par an et 28.000 hommes travaillent avec 5.000 femmes, rien que pour rédiger les 20.000 publications diverses dont 2.300 sont quotidiennes, et ont une circulation presque incroyable de 44 millions d’exemplaires?n moyenne par jour. (Le nombre de livres divers publiés, en une seule année prospère, a été de 227,495,000. y compris les livres d’école, etc.) On imprime en moyenne par jour aux États-Unis: 312.000 journaux italiens, 334,000 journaux allemands. 536.000 journaux en hébreu. Il y a lieu de remarquer que la plupart des juifs sont d origine russe et allemande, quoiqu’un grand nombre préféraient déclarer qu’ils étaient polonais quand les pays qui les ont vu naître étaient tombés en défaveur.

Il y a aux États-Unis plus de 2.300 journaux quotidiens et 14.600 hebdomadaires. Pratiquement on compte un exemplaire par 5 habitants. Ces journaux représentent un capital de 1.154.786.000 dollars. Un seul de ces journaux occupe 2.066 personnes, dont 48 rédacteurs au service de l’information et 466 personnes au service de la publicité. Une soixantaine de journaux américains ont leur bureau à Paris.

Il y a quarante-quatre publications périodiques de langue française aux États-Unis, dont 7 journaux quotidiens. 2 tri-hebdomadaires, un bi-hebdomadaire, 24 hebdomadaires, 2 revues bi-mensuelles, 6 revues mensuelles, 2 le-vues trimestrielles. Le tirage total des journaux quotidiens de langue française est de 43,700 exemplaires. Le Daily Mail, le New-York Herald et le Chicago Tribune ont une édition parisienne.

Un journal américain laisse en blanc ses pages du milieu pour permettre ainsi au lecteur d y emballer «es tartines.

  1. Italie – La Presse italienne fait une grande part à la politique, au théâtre, à la critique littéraire et philosophique, aux articles d’idée générale. Le goût du pittoresque. du lyrisme même, paraît le trait caractéristique de l’information italienne: devenu industriel et conquérant. l’Italien n’en continue pas moins à considérer le monde en artiste. (Gabriel Arboin)

  2. Hollande – La Hollande possède de très grands journaux: la NieuWe Rotterdamschc Courant, VAIgemeen Handelsblad, le Tclcgraaf, le Maasbode.

La NieuWe Rotterdamsche Courant (N. R. C.) fournit l’exemple le plus avancé de la Presse hollandaise. Le vendredi 19 mai 1933, «Ochtendblad» 12 pages et le soir «Avondblad» 24. soit un total de 36 pages. Il donne en moyenne 28 ou 30 pages par jour (8 ou 10 le matin, et 20 le soir). Aussi le N. R. C. est le journal qui donne la plus grande place à l’art en général, non seulement à la littérature hollandaise, mais à la littérature de tous les pays, française, allemande, anglaise, russe. Scandinave, espagnole, italienne, etc., etc.

  1. Japon – La presse japonaise est une de celles qui a le plus progressé. Eiv 1860 les Nippons connaissaient à peine les journaux. Ce sonf les Européens qui ont fondé les premiers journaux. Il y a aujourd hui 115 grands jour naux dont la moitié ont plus de 10 pages par jour et dont deux tirent 900.000 et 1.500.000 exemplaires (Tofcîo-Nichinichi et Osaka-Mainichi). Avec les périodiques pa raissant plus de 3 fois par mois, il y a 8,445 journaux. Les journaux sous forme de sociétés anonymes sont devenus de grandes entreprises capitalistes au service du capita lisme. Il n’y a pas de grand journal exprimant la culture et l’idéologie de la masse prolétarienne.

    241.33 Annuaires (Almanachs, Calendriers, Adresses)

    241.331 Notion

  2. Les annuaires sont des recueils destinés à reproduire chaque année une série de faits ou d’événements concernant une contrée, un département, une localité ou une branche quelconque des connaissances ou des activités humaines. Les annuaires paraissent généralement au début de chaque année pour servir de guide aux personnes de profession déterminée. Ils contiennent les données utiles À l’exercice de la profession ou déterminent la succession des travaux qu’ils ont à faire, ainsi que la manière de les exécuter.

Un annuaire donne des renseignements sur la composition des organismes officiels et privés de toute nature, de la spécialité à laquelle il se réfère (administration, sociétés, instituts de recherche et d’enseignement, presse spéciale); souvent des informations sur les personnalités elles-mêmes. Renseignements généraux d’ordre commercial, juridique, administratif. Données fondamentales et permanentes sur la matière.

  1. Il est difficile de définir l’annuaire par des caractéristiques bien nettes. Dans ce qu’il a d’essentiel, l’Annuaire est un ensemble de données mises annuellement à jour. Mais cette définition conviendrait aussi au Traité et à toute forme d’ouvrage réédité annuellement. Pour qu’il y ait annuaires, il faut une seconde condition, qu’il y ait matière même annuellement renouvelée. C’est le tas des statistiques et des états du personnel des organisations, des listes d’institutions existantes, des adresses des personnes, des abonnés aux services publics ou privés.

Les annuaires sont des documents difficiles à enfermer dans une définition simple. Ils ont – ou ils devraient avoir – de commun, d’une part le fait d’être publié» annuellement, d’autre part le fait de contenir des informations de caractère synthétique et bibliographique. Il y en a qui forment cependant des publication» annuelles et constituent une série indépendante. (Ex.: le catalogue annuel de bibliographie, le recueil annuel des bibliographies, les recueils annuels des administrations officielles (publiant des documents officiels), les recueils ou rapports des associations et les actes de certains congrès.) Les annuaires ont pour objet de mettre ou courant de la situation et des progrès dans tous les pays et en un domaine déterminé.

Une longue élaboration améliorée d’année en année a conduit aux grands annuaires actuels. Un annuaire peut reproduire chaque année, mi«e à jour, sa partie générale. Chacun de ses volumes alors est un tout complet par luiJ même.

241.332 Types d’annuaires

  1. Plusieurs annuaires ont acquis une grande réputation: l’Annuaire du bureau de s longitudes, Y Annuaire du Commerce Didot-Bottin, Y Annuaire historique fondé en 1818 par Lesur, Y Annuaire du clergé de France; Y Annuaire diplomatique, Y Annuaire militaire, etc.

  2. Sébastien Bottin (1764–1853) était en 1794 secrétaire général de I administration centrale du Bas-Rhin quand il y publia le premier Annuaire statistique qu’on ait vu en France. De 1809 à 1853 il continua la publication annuelle que de l a Tynna avait commencé a faire parai tre en 1801. A la mort de Bottin Y Almanach du commerce de Paris, des départements et des principales villes du monde fut réuni à V Annuaire du commerce de Didot. publié depuis 1797. Les mots un Bottin ou un Didot-Bottin sont devenus des sortes de nom commun pour désigner le livre d’adresses (dit almanach de cinq cent mille adresses).

L’annuaire Didot-Bottin en est arrivé à la 137° année de publication. La collection forme plus de 200 volumes ri constitue un très précieux répertoire de documents historiques, consultables sur demande dans l’immeuble de l’annuaire.

L’annuaire contient aujourd’hui des adresses de tous pays, il comporte 20.000 pages en 5 volumes pesant environ 30 kilos. Mis à plat les volumes d’une seule édition formeraient une pile neuf fois plus haute que le Mont-Blanc.

  1. La Belgique possède un «Annuaire permanent de documentation financière et industrielle». C’est un recueil sur fiches mis constamment à jour, distribué hebdomadairement. publié par la collaboration d’un groupe d’experts comptables, d’ingénieurs commerciaux, d’actuaires et de juristes. Sa 12* année comportait 5 volumes contenant environ 9,000 notes sur les sociétés dont les titres font l’objet de transaction.

  2. La Minerva, Jahrbuch der Gclehrtcn Welt, annuaire du monde savant, a été fondé en 1892. Elle est consacrée au progrès des relations du monde scientifique. Après la guerre a été publié 17ndex Genera/ia, directeur R. dr Montessus de Ballore (Paris Editions Spcs) donnant des indications sur 1,100 universités et grandes écoles, 315 observatoires, 3,000 bibliothèques, 775 instituts scientifiques. 250 laboratoires, 1,250 académies et sociétés savantes. 2.300 pages, 60,000 noms de notabilités intellectuelles (liste alphabétique). Prix: fr, 192.50.

  3. Il y a aussi le type des «Qui êtes-vous?» annuaire des contemporains, sorte de biographie documentaire, le «curriculum vitae», les fonctions et titres actuels, les œuvres produites.

«Who’s who in America»; «Who’s who in Great-Britain»; Wer ist’s»; «Wie is dat»; «Vem ar det».

Les annuaires peuvent aussi être des catalogues de personnes ou d’institutions. Ex,: a Batanîker Adresabuch *; c Index Biologorum», etc.

  1. Des annuaires internationaux ont été produits. Ainsi le Répertoire international de la Librairie, œuvre du Congres international des Editeurs (liste de toutes les maisons d’édition et de librairie: livres, musique, arts).

On a établi des annuaires comme guide pratique pour la correspondance, le voyage et les relations au sein des congrès internationaux, des conférences et des réunions. Ainsi nnuaire du Pureau international d’Education (Genève), IMnniiflire de la Vie internationale, publiés par I Union des Associations Internationales (Bruxelles).

Les données alors sont à la fois nationales et interna­tionales.

  1. Le Deutsche Schule im Auslande présente en son

numéro de décembre 1928 une forme pratique d’annuaire. C’est un résumé de tous les renseignements utiles aux étrangers désireux de faire un séjour en Allemagne. Ces renseignements comportent: 1° l’énumération des ser­vices s’occupant de cette question; 2° la bibliographie des ouvrages a consulter.

  1. Le FrankJurtcr Gelehrten Handbuch du Dr Borzmann s’applique exclusivement à une ville: Francfort.

  2. Le nouvel Institut intern, de Droit public publie un annuaire qui contient les lois de droit public adoptées dans différents pays d’Europe et d’Amérique au cours de l’année 1928.

  3. Des annuaires (Jahrbücher) existent en Allemagne pour les diverses branches du droit. Ils présentent chaque année les résultats essentiels obtenus dans ce domaine, tels que les offrent les ouvrages, les revues, la juridiction, et la pratique administrative. Le dernier créé de ces annuaires est le «Jahrbuch des Treuhandrechts* (Annuaire du droit fiduciaire) de J. Hein».

  4. Certaines publications de la Société des Nations sont des œuvres magistrales dons le genre annuaire. Ainsi {’Annuaire Militaire 1928–1929 contient en ses 1,123 pages des information» abondantes sur l’organisation militaire de 60 pays à l’exclusion des colonies. Chaque année toutes les monographies sont revues et corrigées d après les documents les plus récents. Dans la grande majorité des cos, grâce aux documents périodiques paraissant à des intervalles rapprochés, on a pu suivre et insérer dans I année même des informations la concernant. Ainsi en 1929, les informations jusqu’au commencement même de l’année 1929. Des graphiques et tableaux récapitulatifs font ressortir les caractéristiques principales de l’organisation des différentes années et donnent des vues d’ensemble sur les diverses marines.

L’annuaire devient ainsi la forme de publication mère des données essentielles recueillies par les observatoires sociaux par lesquels sont complétées de plus en plus les grandes organisations.

  1. Une commission spéciale d’experts réunis à l’Institut international de Coopération intellectuelle a dressé i n plan de publication d’une série d’annuaires spécialisés (annuaire des savants, annuaire des littérateurs, annuaire des artistes). Ils ont envisagé la distribution du travail entre les différents pays, l’institution jouant le rôle d’un co’lecteur et d’un metteur en œuvre. Au-dessus de ces annuaires spécialisés serait placée une publication plus générale ci sommaire: un «qui êtes-vous international», liste bio-bibliographique des principales notabilités du monde entier, pour l’exécution de laquelle une importante subvention privée a été attribuée à l’Institut.

    241.333 Desiderata. Recommandations

  2. Les annuaires sont désirables particulièrement dans les domaines où les changements sont si rapides qu’il importe d’avoir périodiquement des situations à jour. Ils devraient comprendre des renseignements présentés sous une forme concentrée, facilement consultables, sur les points suivants: 1° énumération des établissements, associations, institutions et personnes relatives à la spécialité, notions sur les personnes célèbres; 2° chronologie (dates importantes, date de l’œuvre); 3° calendrier général et calendrier des faits à venir relatifs à la spécialité (congrès, réunions corporatives); 4° législation sur la matière (lois, arrêtés, etc.); 5° codes des usages; 6° tableaux des unités, barèmes, tables, formules; 7° terminologie: vocabulaitre international (français, anglais, allemand) des termes employés dans la spécialité; 8° tarifs; 9° brevet*; 10° statistiques; 11° bibliographie de la spécialité: a) ouvrages et articles de l’année, b) bibliographie fondamentale, c) liste des périodiques; 12° documentation: offices de documentation, grandes collections existantes, musées spéciaux (autonomes ou sections); 13° enseignement: écoles et cours; 14° commerce: fournisseurs de la branche;

15° adresses en général: 16° annonces classées relatives à la spécialité.

  1. En bonne terminologie il faudrait remplacer le terme «annuaire» par «répertoire» quand la publication n’est pas annuelle. Il manque en français une notion équivalente à l’anglais «directory».[^L’Institut international de Bibliographie a satisfait à un ensemble de desiderata documentaires dans son Annuaire de la Belgique acicnlifiquc, artiaiiquc et littéraire (publication n° 71).]

  2. Toutes les notices devraient être rédigées par les intéressés eux-mêmes, conformément à une formule ou à un questionnaire. C’est le moyen d’être exact. Les meilleurs annuaires conservent leur composition typographique. Ils envoient chaque année aux intéressés l’épreuve de la notice qui les intéresse, en demandant de la compléter et de la corriger.

  3. Il faudrait dans chaque pays une centrale d’adresses, ou tout au moins une organisation générale des adresses. Les éléments de cette organisation seraient: 1° les registres et fichiers de l’état civil et de la population tenus par les villes ou des autres administrations; 2° les annuaires généraux et spéciaux publics (adressiers, directories, livres de téléphones, de chèques postaux, etc.); 3° les adressiers manuscrits établis par les institutions spécialisées; 4° les renseignements que les particuliers seraient invités à fournir.

    241.334 Almanach calendrier

L’almanach contient, outre le calendrier, des renseignements astronomiques et parfois des prédictions sur le temps. On y ajoute aujourd’hui certains renseignements spéciaux (almanach du laboureur, des missions, du pèlerin). En général, l’almanach est un ouvrage populaire. Il pénètre jusqu’au tond des campagnes. Il s’arroge «ou-vent la spécialité de la prédiction du temps.[^Le célèbre Sarragozano, almanach espagnol, tirerait, rapporte-t-on, 30,000 exemplaires annonçant pour tels jours le bon temps, 50,000 autres annonçant le mauvais temps. La moyenne des appréciations des lecteurs ne maintiendrait favorable au talent de divination de l’éditeur.]

L’origine des almanachs est très ancienne. Les Grecs donnaient le nom d’almanach aux calendriers égyptiens. Kegistre ou catalogue qui comprend tous les jours de l’année distribues par mois avec les données astronomiques. des notices et dates relatives aux actes religieux et civils principalement les saints et les fêtes.

La succession des phénomènes annuels et les divisions de l’année se rencontraient sur les monuments publics bien avant l’emploi des tablettes mobiles.

Un almanach est imprimé chaque année à Pékin cor les presses impériales et tiré à huit millions d’exemplaires qui sont aussitôt expédiés dans toutes les provinces du Céleste Lmpire. Et l’intérêt qu’y prenaient les Chinois, la confiance qu’ils accordent à ses renseignements et à ses prédictions étaient tels que chaque année ces huit millions d’exemplaires étaient tous vendus jusqu’au dernier.

Le calendrier astronomique publié comme contenu dans les almanachs et dans beaucoup d’annuaires, indique l’ordre des jours, des semaines, des mois, avec les noms de saints, les fêtes, etc.

On a souvent donné le nom d’atmanach aux publicu-lions officielles ou officieuses, annuelles (almanach royal, almanach de Gotha) relatives aux administrations des États, celui d’annuaires aux recueils de statistiques des États. Mais ces derniers annuaires se sont considérablement amplifiés.[^Exemple: L’«Annuaire du Canada» 1927–28. publié par le Bureau fédéral de la Statistique, section de la Statistique générale (un volume de 1,122 pages) porte comme sous-titre «Répertoire statistique officiel des ressources, de l’histoire, des institutions et de la situation économique et sociologique de la puissance». Il provient par transformation successives, de l’Annuaire et Almanach parus depuis 1867.]

241.335 Années

  1. Les «années» (Jahrbücher, Ycarbooks) (telles l’année philosophique, l’année psychologique. Tannée sociologique[^L’Année sociologique, fondée par Duckheim (Paris Alcan), a repris sa publication avec la collaboration de l’Institut français de sociologie. Avec 150 pages de mémoire elle en comprend au moins 400 de bibliographie analytique où non seulement sont analysés les livres, mais encore où les faits sont répartis et organisés.], Tannée électrique) sont des publications qui rendent compte plus ou moins complètement des travaux faits dans l’année sur une science déterminée et publiés dans des langues différentes, permettant à chacun de connaître rapidement les travaux de ceux qui étudient les sujets qui l’occupent et de se servir de ces travaux.

  2. Les Années constituent ainsi des parties de la Bibliographie générale. Il en est surtout ainsi pour les Jahrbücher allemands. Mais certaines Années comportent dej tables de chronologie, de faits, de contacts, etc. qui les font déborder du cadre bibliographique. D’autre part existe souvent chez les rédacteurs le désir d’extraire des œuvres recensées les idées générales de marquer la direction et le mouvement scientifique en rapprochant plusieurs ouvrages.

  3. On peut se demander pourquoi n’y aurait-il pas régulièrement des rapports périodiques sur l’état de no1 2 3 1* connaissances comme toutes les autres branches d’activité privée ou publique en ont (industries, administrations, etc.)? La British Association a confié à des comités spéciaux le soin d’élaborer des rapports sur les progrès scientifiques réalisés dans une matière déterminée. C’est permettre à chacun de suivre le mouvement des idées et des faits de la science sans avoir à lire la niasse entière de la littérature du sujet. Pour diviser le travail, cette lecture est faite par quelques-uns pour tous.

La Chemical Society publie annuellement des rapports sur les progrès réalisés dans les différents départements de la chimie durant Tannée.[^Exemple de rapport: L’état actuel de la science. Rapport de M. E. Picard. Article de Adhémar dans la Revue de Philosophie, 1901 ou 1903.]