241.7 Autres espèces de documents

Il faudiait ttaiter ici des diverses autres espèces de livres et aussi de documents qui, par leur multiplication et les principes de leur établissement, constituent les familles de l’espèce bibliologique toute entière (le genus biblio-logicum). On s’est borné à traiter sommairement de quel ques espèces, à en énumérer d’autres et à renvoyer à d’autre parties du traité et aux tables alphabétiques placées à la fin de! ouvrage.

  1. Catéchisme

Le catéchisme est une œuvre qui contient l’exposé succinct de quelque science ou art et qui est rédigé en forme de question et de réponse.

La question est mieux précisée. Tous les mots portent car on a soin de tenir la pensée en éveil par une question à laquelle l’esprit n’a pas su répondre et dont on fournit la réponse. C’est aussi un moyen de diviser un exposé. De simples rubriques sont trop concises, ne peuvent pes exprimer les différences d’une rubrique à l’autre.

  1. Code

Le code est un corps de lois disposées selon un plan méthodique et systématique, ou une compilation de loto et statuts d’un pays. Un code comprend autant de livres qu’il y a de matières juridiques. Il y a les codifications officielles et les codifications privées. Ainsi Pasqualc Fiorc a présenté tout un ensemble de règles juridiques tendant à l’organisation juridique de la société internationale, sous le titre de s Droit international codifié».[^Nouvelle édition. Paris A. Pedone, 1911.] Il ne s’agit nullement, dit-il. d’un ensemble de règles juridiques ayant la même autorité que celles réunies dans un code de lois positives. Il n’a pas Intitulé son ouvrage «Code de droit international». Il s’est proposé, suivant l’exemple dr Paroldo, ensuite de Peliusbevees, de Bluntschli et Ficld. d’exposer sous la forme d’un code les règles de droit international, droit historique, droit scientifique et droit rationnel, ce qui existe déjà et ce qui devrait devenir du droit positif – dans le but avant tout de présenter au public un système, autant qu’il est possible, méthodique et complet. Dans le même sens a été rédigé le projet de constitution mondiale de la Société des Nations.[^Paul Otlet. Constitution mondiale de la Société des Nations. Paris, Cres, 1917.]

Les codes sont les instruments documentaires de la systématisation des principes, des lois et des règles. Il peut y avoir des codes d’idées et des codes de pratique. Ex.: Codes des règles d’une profession. Codes des règles bibliographiques. Codes des vœux des Associations internationales«

  1. Thèses

Les thèses sont les travaux produits par les étudiants pour obtenir certains grades académiques. Leur importance bibliographique est grande. Il y a, par ex. dans la Bibliothèque de l’Université de Lyon, 135,000 volumes et 115,000 thèses. Les thèses font avancer la science sur des points de détail; leur sujet est le plus souvent donné par les maîtres qui aident les étudiants à les établir. Les thèses présentées aux universités sont pleines de matériaux recueillis avec soin *:t méthode.

Au sens général les thèses sont des positions à l’égard de certaines questions controversées ou exposées pour la première fois. Elles sont explicites (formulées en termes mêmes par les auteurs) ou implicites (mises en forme par d autres d après les écrits originaux). Ex.: Les thèses de Doctorat, les propositions dont la condamnation est demandée à Rome.

Une thèse de quelque ampleur ne peut être condensée en quelques pages sans perdre la plus grande partie de sa lorce convaincante.

  1. Guides

Guide c’est le titre donné à un grand nombre d’ouvrages qui contiennent soit des renseignements, soit des préceptes et des conseils de diverses natures. Ex. «les guides de l’étranger», Guide Joenne, Btrdeker, Guides bleus, les belles publications du Touring Club italien, «le guide des mères».

Les Guides de voyage (guide Bædeker. guide Joanne, guide bleu, etc.) occupent une place particulière parmi Ica livres. Leur préparation intellectuelle exige des voyages et des recherches documentaires considérables, des enquêtes et des collaborations diverses. Matériellement, ils ont parfois de 500 à 600 pages, avec une impression fine et compacte, sur papier inince. contenant facilement sous le même volume la matière de quatre ou cinq romans. Leur typographie est compliquée, avec plusieurs corps différents, coupés à chaque instant de mots en gras, en italique ou en capitales; des cartes et plans dessinés, gravés et imprimés spécialement, la plupart en plusieurs couleurs et dont chacun a du être plié et collé a la même page voulue; le tout assemblé est revêtu dune solide reliure souple.

Il entre dans les guides une énorme quantité d’érudition. Ils sont préparés par des recherches, des notes, des correspondances, des dossiers. Le guide présente un réseau d’itinéraires méthodiques: le problème consiste à décrire une surface par une série de lignes entrecroisées; à la façon des mailles d’un filet, chaque maille étant assez étroite pour ne laisser échapper aucune localité intéressante; chaque croisement étant muni de renvois «jui permettent commodément tous les itinéraires personnels les plus variés à travers les mailles. Pas de redites, pas de «doublons», pas de trous surtout. Et chaque chose a sa place logique.[^Marcel Bonmarché. — Comment on fait un guide bleu. Toute l’édition, 9 mai 1933.]

  1. Index des espèces

Tous les travaux descriptifs (espèces minérales, végétales; lieux géographiques; personnages historiques) devraient être accompagnés d’index alphabétiques, relevant tous les noms cités de manière à constituer une contribution directe a l’étude systématique collective du sujet et entrer dans le cadre universel arrêté pour l’organisation des résultats de la science.

  1. Rapports

Le rapport est le compte que l’on rend d’une mission qu’on avait reçue, d’une choje dont on était chargé, d’un examen qu’on avait à kire. C’est aussi l’exposé de conclusions proposées au sujet d’un projet de loi, de règlements. d’un projet de résolution à prendre par des assemblées d’ordre scientifique ou social.

On fait des ouvrages intitulés «rapport sur l’état des connaissances relatives à un sujet». (Ex. A. T. Masterman Report on Investigation upon the Salmon, 1913.) L’auteur résume et met au point les études de ses devanciers, en fait la critique, expose ses recherches personnelles.

La création des grands organismes internationaux spécialisés, tant officiels que privés, a permis de confier à des corps responsables et bien qualifiés la présentation des rapports annuels sur la situation dans divers domaines. Ainsi, par ex., tous les ans l’Institut International d’Agriculture présente une vue d’ensemble sur la situation agricole du monde.

Des Universités, faculté par faculté, publient des rapports annuels sur l’activité scientifique originale de leurs maîtres et étudiants.[^Exemple: Faculté de Pharmacie. Rapport annuel du doyen. Annales de l’Université de Paris, mai 1931. p. 193.]

L’administration moderne se fait à l’intermédiaire de rapports écrits. Qu’on se représente les cabinets des Directions de Politique étrangère. C’est à travers les rapports qu’y arrive la connaissance des faits de tous les pays où des hommes luttent pour des objectifs précis et cherchent à conserver entre leurs mains les gouvernements des affaires. La nécessité pour eux de parcourir À chaque seconde l’Europe et le monde entier, de voir un univers de pensée et d action auquel les sens de tant d’hommes restent aveugles.

  1. Répertoires

Ce sont des recueils de certains faits, de certaines données constituant listes ou inventaires. Les répertoires ont des affinités avec certains annuaires et avec certains catalogues.

On établit maintenant des répertoires documentaires dont la caractéristique est d’envisager d’un sujet qu’une seule particularité, qu’un seul élément et de le traiter sous toutes les formes sous lesquelles il puisse être* rendu accessible. Ainsi la Bibliographie, la Biographie, les constantes physique et chimique, le Répertoire des Peintures datées.[^Répertoire des Peintures datées, par Isabelle Errera (Bruxelles, Van Oest. 2 vol. 25×32 de 450 p,). Le but de ce livre est de répertorier les peintures datées de toutes les écoles depuis 1085 jusqu’en 1875. c’est-à-dire 40,700 numéros environ. La date résulte, soit de l’œuvre elle même, si elle y est inscrite, soit de documents probants, soit de références contrôlées à l’aide de travaux des auteurs les plus réputé», de catalogues de ventes, de musées, etc.]

La Conférence Economique Internationale de?927 (S. d. N, a recommandé (XI) qu’il soit dressé un répertoire des ports ouverts au trafic international, répertoire mis périodiquement à jour.

  1. Documents et ouvrages divers

Un grand nombre rie documents et d’ouvrages portent des noms spéciaux. Ainsi:

Nobiliaire, livre qui traite de la noblesse et de il généa logie des familles.

Misse/; livre liturgique qui comporte les prières des offices divins et particulièrement de la messe.

Bréviaire: livre liturgique, manuel qui contient les prie-tes de l’office ecclésiastique.

Antiphonaire: livre liturgique qui contient les antiphones, les hymnes et dans lequel la musique était toujours annotée.

Encyclique: lettre ou missive que le Souverain Pontife adresse a tous les évêques du monde catholique. On le désigne comme les bulles par les premiers mots avec lesquels ils commencent. Elx, les Encycliques Humano Genua, Rerum novarum, Quadragcsimo anno.

Message: communication officielle entre le pouvoir législatif et l’exécutif ou entre les deux assemblées législatives.

Minute: extrait d‘un écrit.

Album: c’est un livre en blanc communément relié avec plus ou moins de luxe et destiné à contenir de brèves compositions littéraires, des sentences, des maximes, des pièces de musique, des signatures, des portraits, etc. Il y a des ude étant la qualité maîtres régulières dans les feuilles doubles et destinées à placer des photographies.

Lettres. Epîtres. — Chez les Grecs et les Romains, les écrits destinés à la correspondance étaient ordinairement expédiés sous forme de rouleau. On les exécuta d’abord sur des feuilles de papyrus de petites dimension«; puis, à partir du IVe siècle sur des feuilles de parchemin. L’usage du papier de chiffon commença à la fin du XIIe siècle ou commencement du XIIIe. La mode de séparer le corps de la lettre de son enveloppe remonte à environ un siècle. Au début les enveloppes se faisaient à la main, plus tard b la machine. On donne le nom d épître aux lettres missives des anciens qui nous sont parvenues et, en particulier, aux lettres de Saint Paul et de quelques autres apôtres (v. Bible). Les lettres missive, ont donné naissance à tout un genre de littérature, très étendu et très varié, e genre épistolaire. Il comprend soit les lettres écrites réellement à des correspondants, soit les ouvrages écrits sous forme de lettres, comme les Lettres provinciales de Pascal, les Lettres persanes de Montesquieu, les romans par lettres.

Billet. Ticket. Bulletin. — En usage dans l’administration. Petit document ayant pour but de certifier que Ir porteur a acquitté le prix du voyage. Le bulletin de baga ge est le reçu du bagage enregistré qui doit accompagner le voyageur par le même Vrain. Ilest l’équivalent de Illettre de voiture ou du connaissement pour le transport des marchandises par terre ou par eau.

Communiqués. — La guerre a érigé les communiqués, eit genre spécial. C’est, par des organes ou des personnes autorisés, la relation officielle d’un fait. Admirables vraiment ont été les expressions trouvées pour minimiser les défaites et maximaliser les victoires; pour mentir tout en disant la vérité sans la dire. (Voir notamment: «Plutarque a menti* de Pierrefeu.) Le communiqué est en vigueur dans les chancelleries, dans les conseils des ministres et dans les informations données à la presse par les organismes de tout ordre. Il s’agit de présenter les faits en peu de mots, de les rendre intérssants et de les utiliser pour sa cause.

Actes notariés. — Il y a des actes que Von authentifie et faire cette opération est la fonction des notaires depuis les Romains (notae).

Actes de congrès. Il est des congrès qui se sont réunis sur des questions spéciales et dont les rapports ont constitué de véritables encyclopédies de la question nouvelle.

Reccffe*. — En toute matière il y a les recettes pratiques Elles se transmettent ordinairement de bouche en bouche ou par la pratique. Elles finissent maintenant par s’écrire. Ainsi se technicisé, se scientise tout ce qui a été empirique dans la vie, dans les meliers, dans l’éducation des enfants, dans l’art de conduire les hommes et les affaires.

Journal de bord. — Le journal de bord est un registre que le pilote d’un navire est obligé de tenir, sur lequel il marque régulièrement chaque jour les vents qui ont régnés, le chemin qu’a fait le navire, la latitude observée ou estimée, les profondeurs, etc., en un mot toutes les remarques qui peuvent intéresser la navigation. Par l’ordonnance de la marine de 1689, le capitaine commandant un vaisseau du roi est obligé de tenir un journal exact de la route. Ces journaux au retour de chaque campagne sont réunis au dépôt des cartes et plans de la marine; et l’observations et remarques qui s’y trouvent, servent à perfectionner l’hydrographie et la construction des cartes marines.

Livre dca origines fSiud Book) — Le où «Ont enregistrés des êtres vivants en vue de connaître leur hérédité et leur ascendance. Ainsi le Stud Book des chevaux. Le Stud Book des chiens établi en Belgique par la Société Royale de St-Hubert. On a établi un Stud Book international de certaines plantes.

Enseignes. — Le terme «calicot» prévaut pour désigner les enseignes du pancartes temporaires portant des inscriptions en grandes lettres. On appose les calicots sur des édifices, maisons, expositions. On s’en sert aussi pour porter des indications, des protestations ou des demandes dans Ica cortèges et manifestations.

Pétitions. — Les pétitions politiques amoncellent des sées par des colporteurs, parvenaient dans les masses 600 mètres, contenant 5.035.697 signatures demandant la prohibition d’exportation d objets pouvant donner la mort. Remise au Sénat des États-Unis. Reproduite en film cinématographique (mai 191b). Une pétition monstre a été celle présentée à Genève a la Conférence du désarmement en 1932, organisée par la Ligue internationale des femmes; elle fut reçue par rassemblée et portait environ six millions de signatures.

  1. Catégories diverses

Des catégories de documents et de livres embrassent des ouvrages de diverse nature, de divers sujet, mais présentant certaines caractéristiques communes. Par ex.;

1° Livres populaires. — Le grand mouvement de diffusion de la science auquel nous assistons de nos jours est tout nouveau dans l’histoire. Aux plus grandes époques intellectuelles d’autrefois, la science ne sortait pas de petits cercles et seules les publications populaires, diffusées pat des colporteurs, parvenaient dans les masses populaires. Ainsi les bestiaires du moyen âge pris à des sources pseudo-savantes. Ainsi aujourd’hui encore, les almanachs, les images dites d’Epinal.

2° Livres professionnels. Livres de métier. — Leur importance grandit à raison de la spécialisation de la complexité et des incessants changements de la technique. Mais d’autre part, l’introduction des machines enlève leur valeur aux connaissances individuelles. Les livres professionnels évoluent vers des livres d’industrie. 3° Ouvrages dits de Vulgarisation. — Il y a toute une catégorie de livres qui ne représentent aucune notion nouvelle ou scientifique, mais qui ont pour objet de placer à la portée du vulgaire les indications qui s’expriment en

termes scientifiques et dans leur appareil compliqué. Ex.: Livres de médecine usuelle, Traités usuels de droit.

4° Documents de propagande. — Il se poursuit dans nos sociétés, à l’intervention du livre, une immense propagande. la propagande de tous ceux qui veulent convaincre, persuader, obtenir, dans un but quelconque, l’adhésion des esprits. Ce sont tous les partis politiques, les gouvernements et les autorités aux divers degrés, les œuvres, les sectes philosophiques, les religions. On s’est mis à étudier psychologiquement et sociologiquement ces divers types de propagande, en particulier la propagande des Missions, celle des révolutionnaires, celle des gouvernements en temps de guerre. A la plus intense de ces propagandes on a donné irrévérencieusement le nom de «Bourrage de crânes».

  1. Classes d’ouvrages après leur forme

Des classes de livres ont été établies à raison de la circonstance toute objective et matérielle soit du nombre de pages (livre, brochure ou feuille volante), soit de la forme des feuillets: enroulée (volumen), reliée ou brochée (codex), mobile (fiches ou cartes postales), (Voir ce qui a été dit de la Forme sous le n° 221.2.)

  1. Modalités des ouvrages

On peut distinguer les livres d’après certaines modalités du style. Ainsi les livres en exposé continu et ceux qui sont établis par question et réponse (dits catéchisme); les livres qui s’expriment en style direct, soit que l’auteur emploie le je, soit que s’adressant à des interlocuteurs déterminés il dise t ous ou tu[^Ex.: Gradet, Cours d’architecture.]; au contraire les livres qui sont impersonnels. (Voir ce qui a été dit de l’Exposé sous le n° 224.)

241.8 Modalités d’une même œuvre. Édition. Traduction. Extraits. Arrangements

Une même œuvre prend des formes variées: ses éditions successives, l’état de ses divers exemplaires, ses traductions. les extraits, arrangements, transformations, les em prunts. copies, citations, plagiats qui en sont faits; son insertion dans la collection des œuvres complètes de l’auteur ou dans d’autres collections à bases diverses; sa continuation en d’autres œuvres, par l’auteur ou d’autres auteurs.

241.81 Édition

  1. L’édition est l’indication concernant le numéro d’ordre de chacune des réimpressions d’une œuvre. Il ne faut pas confondre les termes tirage, réimpression et édition. Les uns et les autres signifient le résultat de l’action d’imprimer une œuvre. Mais la réimpression se distingue de l’édition nouvelle. Il y a réimpression lorsqu’on se borne à reproduire sans modifications, ajoutes ni retranchements l’édition antérieure. On tire sur com­position conservée ou sur composition recomposée. On reproduit aussi en fac-similé, par certains procédés spéciaux. En principe l’édition nouvelle implique modification.

  2. Les éditions sont ordinairement numérotées et portent souvent la mention «édition nouvelle ou refondue, ou revue et augmentée». Par ex.: o Nouvelle édition entièrement refondue et complétée en tenant compte des Conférences de La Haye de 1899 et de 1907».

  3. L’édition est clandestine ou publique, définitive ou provisoire, approximative ou en fac-similé, officielle ou privée, originale ou princeps, réalisée du vivant de l’auteur ou posthume. Toutes les œuvres produites sont loin d’être éditées. D’où, pour les auteurs dont la valeur a été reconnue plus tard, des éditions posthumes.

  4. Certaines éditions sont dites «définitives». Expression malheureuse. Qu’est-ce qui est définitif? L édition de 1917 des «Fleurs du Mal» de Baudelaire a vu ajouter encore un certain nombre de poèmes à l’édition dite définitive.

  5. Souvent les éditions successives ne se distinguent de la première que par une meilleure systématisation des idées et une documentation plus complète, l’idée maîtresse demeurant inchangée. Les diverses éditions d’un ouvrage en constituent en quelque sorte l’évolution. Celle-ci dans une certaine mesure se conjugue avec l’évolution de Ja science contemporaine. Les éditions successives doivent donc compléter l’œuvre et la corriger parallèlement au progrès incessant des découvertes. L’œuvre d’un auteur se perfectionne a travers des éditions successives. Un ouvrage, parti de quelques pages finit par former un gros volume. L’édition successive d’une œuvre va en se développant et en s’améliorant. Elle rappelle le germe qui grandit, la plante qui meurt chaque année et Tenait au printemps suivant, toute renouvelée dans sa sève et ses verdures, toute agrandie après le repos fécond de l’hiver.

  6. Des ouvrages ont cent ans d’existence et par des éditions successives sont constamment rajeunis à travers les années. Ainsi le n Stieler Atlas» édité par Julius Pertes (lrw édition en 1823). De même «L’Atlas Vidal Lahlache» est constamment tenu à jour, s’améliorant et se complétant. Il est des livres qui se publient en édition» annuelles. Ex.: Les «Leitfaden für den Unterricht der Géographie».

  7. Un roman avant d’être publié en livre paraît aujourd’hui dans une revue ou en feuilleton dans un journal. Il en est parfois de même des mémoires, des relations de voyage, voire d’études scientifiques.

    241.82 Exemplaires

  8. L’exemplaire est une œuvre complète, faisant abstraction du nombre de pages et aussi des volumes et tomes qu’elle comprend. C’est l’unité faisant partie du tirage multipliée d’une œuvre, d’une grande œuvre. Une bibliothèque, par exemole, peut posséder trois exemplaires d’une même œuvre, l’un en un volume, l’autre en deux, le troisième en quatre.

  9. Les exemplaires d’une œuvre, surtout d’une œuvre ancienne, peuvent différer entr’eux par leur état de complétude et de conservation, les notes manuscrites ou annexes. Ces modalités ajoutent à fa valeur de f’ouvrage et jouent un grand rôle en Bibliophilie. D’autre part, les exemplaires sont dans des liens de propriété avec leurs possesseurs et en portent souvent la marque sous forme d’inscription, d’ex-libris ou d’armoiries sur la reliure.

    241.83 Traductions

  10. Notions

La traduction est la reproduction d’une œuvre en ses idées et ses mots, mais en une langue différente. Il est malheureusement déjà malaisé de bien savoir sa langue et absolument impossible de savoir toutes les langues. D’autre part l’activité littéraire se manifeste presque dans tous les pays. On doit donc renoncer à lire la plupart des auteurs dans leur texte original. Le rôle des traducteurs sera donc de plus en plus considérable et de plus en plus nécessaire. Ils seront les agents de liaison de l’esprit humain. Puissent-ils se montrer exacts et vigilants. On saura par la traduction passer d’un peuple à l’autre les trésors de la sagesse et des littératures humaines. Les traductions ont assoupli, enrichi chaque langue de mots nouveaux, elles ont grossi le trésor commun des idées philosophiques et morales, économiques et scientifiques. Les traductions ont aussi fait connaître au monde des œuvres qui, si elles étaient restées confinées dans le cercle du même parler, y aurait pu être lues mais non comprises. Que de livres ont été connus seulement par la traduction.

Les tendances nationalistes actuelles qui portent les auteurs à écrire dans la langue de leur pays, alors que celui ci ne comprend que peu d’habitants, fait de la traduction une nécessité. Ex.: les ouvrages écrits en hollandais, flamand, finlandais, norvégien, islandais, bulgare, etc.

Beaucoup d’auteurs puisent leurs informations, leurs idées et même leur composition dans des ouvrages étrangers connus d’eux seuls. D’où une pseudo-originalité due à l’ignorance des non-initiés à la langue des mitres pays.

Les traductions ont aidé à enrichir le vocabulaire des langues. Par elles surtout les langues nationales ont été amenées à se compléter.

Diepuis longtemps les étudiants tchécoslovaques, au cours de leurs études, avaient coutume de s’attacher à quelque ouvrage étranger, à le méditer, à le traduire par une langue de plus en plus complète, et à enrichir ainsi la culture nationale tchèque.

Par la transmission. par la reproduction de«œuvres particulières de chaque peuple chez les autre«peuple», une véritable communion spirituelle pourra «établir entre toutes les parties de l’Humanité.

  1. Historique

On a traduit de tout temps, surtout aux époques passées, alors que l’étude des langues était moins poussée. Ptolé-mée Pbifadefphc fit traduire en grec pour les propos de la Bibliothèque alexandrine un nombre apparemment immense d’ouvrages apportés, dit-on, de tous les pays du monde. Il faut faire une mention spéciale aux traducteurs juifs, qui ont joue un rôle important, mais obscur, comme intermédiaires intellectuels pendant tout le moyen âge. Certains ont traduit en arabe des ouvrages grecs, ou en hébreu des ouvrages arabes et syriaques qui eux-mêmes reproduisaient souvent les originaux grecs, les versions hébraïques ont été ensuite traduites a leur tour en latin, et c’est par cette voie qu’une partie des ouvrages d’Aristote. d’Avicenne. d’Averroès, plusieurs auteurs techniques de l’antiquité paraissent être parvenus à la connaissance de l’Europe occidentale. Sous la dynastie des Han, en Chine, les livres boudhiques apportés de l’Inde sont officiellement traduits. Avec les dernières éditions, la Bible est traduite maintenant en 886 langues ou dialectes. 3. Traductions caractéristiques

Il est des traductions célèbres ou caractéristiques. La Version des Septante (la Bible traduite en grec), la Vulgate (la Bible traduite en latin). la traduction d’Aris tote au moyen âge. La traduction par Delille des Georpiques de Virgile, le Paradis perdu de Milton traduit par Chateaubriand, la Dioine Comédie de Dante traduit par Lamennais; L’Iliade d’Homère par Lcconte de Lisle. la traduction de Shakespeare, par François Victor Hugo.

Le«Editions Montaigne (Paris) publient la collection «Les chefs-d’œuvre de la littérature allemande». texte de l’œuvre et traduction en regard, chaque ouvrage contenant une étude approfondie sur l’auteur, ainsi que sur L genèse et les sources de l’œuvre. A la fin du volume des notes.

  1. Dispositions typographiques de la traduction

On a donné divers dispositifs aux traductions. Traduction juxtalinéaire, éventuellement en deux couleurs, traduction en note, au pied des pages. Publication en double texte placé en regard.[^Voir par exemple «Formation de la Houille». par le Prof. Potomé, traduit par le R. P. Gaspar Schmitz S.J.] Traduction en publication séparée (partie du maître, partie de«élèves, ou partie des devoirs corrigés).

  1. Difficultés de la Traduction.

La traduction offre quatre espèces de difficultés;

Io La connaissance des langues, de la part du traducteur.

2° L’absence de mot», de tours de phrases pour rendre l’équivalent d’une langue dans une autre sans rien affaiblir ni modifier des effets, des couleurs, des nuances.

L’effort pour fixer ce quelque chose de presque insaisissable et pourtant essentiel, ce souffle dont I esprit de l’auteur pénètre l’œuvre entière qui lui donne la vie, le mouvement, l’individualité et peut être comparé nu principe vital dans les corps organisé».

4° l/obstncle qu’oppose aux équivalences les différences de sentiments, de mœurs et d’idées qui produisent les différences de siècles, de races, de climats.

Que de difficultés pour bien traduire: les contresens, les traductions inexpressives, incomplètes. Le«faux amis ou les trahisons du vocabulaire anglais, de Koessler et Derocquigny en disent long à ce sujet, et le compte rendu qu’en a donné F. Boillot y ajoute: (French Quatcrly Vol. X, N" 4. p. 2). Chaque mot a une histoire. Les mots se présentent enveloppé» d’une atmosphère due aux associations d’idées qui d’habitude les accompagnent et qu’une tarduction littérale, pourtant la seule bonne, est impuissante à rendre. Les mots n’ont pas le même sens dans les diverses professions, Les aubergistes sont redoutables.

Les mot«appartiennent aussi à de«classes sociales, comme les individus, et la confusion des classe«est fort déplacée dans le langage. Il se produit souvent une sorte de décalages entre lesquels évoluent les mots de même structure en français et en anglais. Ce décalage affecte leur valeur intellectuelle, morale ou sociale, séparément ou simultanément.

Gare aux métamorphoses. Elles ont un degré d usure, c’est-à-dire une puissance d’évocation difficile à reconnaître pour un étranger. Un ouvrage traduit représente toujours une somme d’erreurs, d’ambiguités et d’inexprimés.

Traduttore, traditorc, dit le proverbe italien. Montesquieu a dit: «Les traductions sont comme ces monnaies de cuivre qui ont bien la même valeur qu’une pièce d’or et même sont d’un plus grand usage pour le peuple; mais elles sont toujours faibles et de mauvais aloi». Mme de Sévigné a comparé les traducteurs à des domestiques qui vont faire un message de la part de leur maître et qui disent le contraire de ce qu’on leur a ordonné.

Les bévues des traducteurs ont été énormes. «Crocodilo»» lézard, a été traduit par Crocodile, la ville de Corfi^iium est devenue un capitaine Corfinium; «Omnis bonus liber», L’homme de bien est libre, a été transcrit: tout livre par quelque endroit est toujours bon. Il est, a–t-on traduit, plus facile à un chameau de passer par le trou d’une aiguille qu’à un riche d’entrer dans le royaume des cieux. Le traducteur a confondu «Kamelos» (chameau? avec «Kamilos» (câble).[^Les anciennes traductions latines d’ouvrages arabes de médecine contiennent beaucoup de fautes. Dans le projet de publier un Corpus medicorum arabicorum. on a indiqué qu’il faut tenir compte des traductions qui ont répandu en Occident la médecine arabe et signa’rr les différences entre les traductions et les textes originaux.]

  1. Méthodes de la traduction

La traduction est un travail plus complet que la version, celle-ci peut à la rigueur consister uniquement dans la substitution d’un mot à un autre ayant le même sens dans une langue différente, tandis que la traduction exige tous les changements nécessités par la différence qui peut exister entre le génie des deux langues. Dans les écoles, on appelle couramment version les exercices par lesquels dans l’étude des langues, on traduit la langue maternelle des textes écrits en d’autres langues. Le thème, c’est l’inverse, c’est l’équivalence en une autre langue d’un texte de langue maternelle. Certaines traductions sont serviles, mot a mot; d autres constituent des interprétations d’allure libre et dégagée.

Des écoles depuis longtemps se partagent quant au caractère à donner à la traduction.[^Un bon traducteur, disait déjà saint Thomas (prologue de son opuscule contre les erreurs des Grecs), doit tout en gardant le sens des vérités qu’il traduit, adapter son style nu genre de la langue dans laquelle il s’exprime.] Pour les uns. il faut être littéral (photographier l’original). Pour les autres, il faut «faire œuvre de résurrection dans une nouvelle patrie d’une littérature endormie au tombeau; c’est la vie nouvelle d’un verbe passé dans un verbe présent».

C’est par exemple. Homère, Moïse. Virgile, Dante, Shakespeare pensant et parlant français. Mais on constate que traduire ainsi c’est le plus souvent rendre les auteurs méconnaissables. Il y a imitation, non plus traduction.

La traduction allemande de Shakespeare par Schlegel et Tieck est criblée de fautes et. malgré cela, gr&ce à cette traduction incorrecte. Shakespeare est mieux compris en Allemagne que dons les pays anglo saxons. il y est devenu quasi plus une propriété allemande qu’anglo-saxonne.

Un Code de recommandations à suivre dans les traductions pourrait être fort utile.[^Voir à ce sujet: Some notes on translations for students taking the Library Association language test by Thomas D. Pearce. The Library Assistant, may 1933, p. 94.]

L’effort à faire pour le rapprochement des races et leur intercompréhension d abord, demeure immense. On ne parle pas la même langue des idées, il faut établir des traductions non point mot à mot. mais sens à sens. Des livres ont paru dans ce sens. Par ex. aux Index: «The Mysterious Kundnlin, The Physicnl Basis of the Kundalini (Hatha) Yoga in term* of Western Analogy and Physio-fogy by Dr Vasant C. Reïe, — Bombay D. B. Tarapore-vala, Sons & Co.

Parfois l’auteur apporte des éliminations des passages trop spéciaux au pays d’origine ou il tient compte des critiques faites a son livre en donnant à sa pensée une expression plus correcte. (Ex. Socialisme théorique de Bernstein, traduit par A. Cohen.)

On peut faire acte de grande initiative en traduisant des ouvrages d’avant-garde d’une science dans une autre; en ne se bornant pas à loin à la transcription servile d’une langue dans une autre mais en y ajoutant préface, commentaire et notes. Ex.: La ’réduction de l’Origine des espèces faites en français de 1862, par Clémence Roger.

  1. Domaine de la traduction

Dans l’ensemble quelle est la proportion de la pensée écrite, traduite dans les diverses langues. Des coefficients pour en juger seraient intéressants à établir suivant la formule Aa Ab i Ac i Ad… ifc Az.

Le nombre de traductions va en augmentant, mais augmente aussi le nombre des œuvres originales. En réalité, on constate: 1° Que tout n’est pas traduit. On ne traduit pas toutes les œuvres, ni tous les auteurs. Pour être traduit un ouvrage doit avoir une grande notoriété. 2° On traduit avec retard. 3° On traduit incomplètement (En général seulement l’ouvrage principal de l’auteur.) 4e’ On traduit plus ou moins exactement. 5° Les traductions en restent généralement à une ou deux édition* rapidement rendues surannées par la parution successive de trois ou quatre éditions refondues de l’original.

  1. Applications de la traduction

Des progrès se constatent dans l’extension du • poly glottisme dans les publications». notamment dans les périodiques. Ainsi: 1° Nombre de périodiques publient des sommaires et des résumés en plusieurs langues. Par ex. Le Bulletin de la Fédération dentaire internationale donne article par article la traduction en français, en anglais et en allemand. 2° Dans les congrès internationaux les résolutions sont traduites en plusieurs langues et parfois les comptes rendus. 3° La Société pour les Relalion-Culturelles entre l’U. R. S. S. et l’étranger, sous la direction du Prof. R. N. Petrof. a fait paraître une revue illustrée en trois langues * français, anglais et allemand Son radio-journal est transmis en anglais, allemand, français, espagnol et hollandais. Il est audible de toute l’Europe et même de l’Amérique.

  1. Organisation de la traduction

L’œuvre de traduction peut-elle être abandonnée à elle-même et à l’initiative individuelle ou convient-il de l’encourager, de la diriger, de l’aider? La seconde hypothèse paraît la vraie et déjà bien que timidement on s’y essaie

1° Le Congrès des P. E. N. Clubs de 1928 a préconisé une espèce de clearing house des Traductions et des Traducteurs (bibliographie des traductions et liste des traducteurs, etc.). 2 L’Index translationum, Répertoire international des Traductions est publié par l’Institut International de Coopération intellectuelle. Il donne trimestriellement la liste des traductions paraissant dans les principaux pays et tirées des bibliographies nationales. Pour commencer, il a annoncé les traductions paraissant en Allemagne, Espagne. États-Unis, France, Grande-Bretagne et Italie. (Le n° 1. juillet 1931, par ex., comprend 915 titres.)

3° 1 Sur le rapport de M. Ciarlautini concernant les traductions. le Bureau permanent du Congrès international des Editeurs est chargé d’une étude tendant à constituer un organisme international de renseignements relatifs aux

I raductions, aux Editeurs de tous pays qui en publient, n la bibliographie de ces traductions et à la clientèle de leurs lecteurs.

4° L’Association des Traducteurs de Moscou s’est proposé de familiariser les lecteurs de l’U. R. S. S. avec les œuvres choisies de la littérature étrangère et vice versa le lecteur étranger avec la littérature soviétique; d’assu* mer la défense des intérêts syndicaux des traducteurs, d’améliorer les conditions dans leur travail en perfectionnant par des garanties collectives la qualité des traductions. (Bulletin de V. O. X. n° 36, p. 19.)

5° Certains gouvernements, certains groupements se sont préoccupés de donner un caractère moins aléatoire à la traduction. Il y a un haut devoir intellectuel à faire connaître des œuvres utiles parues en d autres langues. Ainsi des traductions ont été faites par ordre. Ex.; Psychologie de t’&ducation, de Lebon; traduction faite par l’ordre du grand-duc Constantin, président de l’Académie des Sciences de Russie.

6 Il est intéressant de rappeler un décret proposé par Tallcyrand au Comité de l’Instruction publique en 1791. II porte «Les Directions des Bibliothèques prendront des mesures pour que tous les ouvrages publiés dans» tous les genres et dans toutes les langues soient achetés» sur des fonds spéciaux. Ces livres, après avoir été inscrits» sur les registres, seront examinés par les classes respec-» tives de l’Institut et ceux qui auront été distingués par «elles seront traduits en tout ou en partie par des înter­» prêtes attachés à cet effet en nombre suffisant aux bibliothèques. p Ce décret n*a pas été exécuté.

241.84 Extraits. Anthologie

D’une œuvre on fait des extraits, des sélections, de longues et multiples citations; on publie des morceaux, des parties, des fragments. D’un ensemble d’œuvres» on fait des anthologies, les unes générales pour faire connaître et apprécier une littérature, les autres spéciales pour faire connaître une matière par les meilleurs écrivains qui ont écrit à son sujet. Ex,: Les florilèges, collection de fragments d’œuvres de poètes ou de prosateurs.

L’auVur ou ses éditeurs, de son vivant ou posthumement. rassemblent parfois dans un ordre logique et coordonné les meilleures pages écrites sur des sujets déterminés. (Ex. La Vie future, page du R. P. Monsabré, par J. Cha-peau.)[^New Learned History for Ready Reference. Cet ouvrage est un exemple d’extrait d’auteur. L’ouvrage traite de l’histoire universelle sous forme de dictionnaire. Les articles reproduisent les mots même dont se sont servis les meilleurs historiens du monde, avec citation exactes des sources.]

241.85 Arrangement. Transcription

  1. II s agit ici non de copie (reproduction), mais de transformation apportée au texte original pour quelque fin utile. Deux fins en particuliers: 1° Adapter un texte à une catégorie de lecteurs. La traduction en une autre langue en est le cas typique. Les a éditions à l’usage de» en sont un autre. On y remplace les mots difficiles par d’autres plus simples, ou l’on multiplie les notes explicatives. Ainsi pour les éditions scolaires (ex. l’Epitomsée. histoire sainte en latin tirée de la Bible, par Lhomond), aussi pour les œuvres de vulgarisation (ex. les ouvrages de Nicolas Koubakine). 2° Disposer les éléments d’un texte dans un ordre différent plis directement utilisable. Ce cas se distingue du résumé et de l’extrait, auquel généralement il participe, par ce caractère d’ordre interverti«. Par ex. pour la mécanisation des opérations administra tives et comptables des données d’une entreprise. Les données des documenta originaux (conventions, lettre, procès verbaux) sont retrannerites. La paraphrase d’une lettre-convention. par ex., est la reproduction de l’original avec seulement modification ou interversion de certains mots.

  2. Version. — Les éditions de l’œuvre d’un auteur préparées à son intervention constituent largement une histoire des modifications de sa pensée ou des conditions nouvelles dans lesquelles a pu s’exercer son travail. 2. Un auteur peut à ce point avoir transformé sa propre œuvre, qu’il s’agit moins d’édition que de version nouvelle. Montherlant a réclamé le droit pour un auteur et jusqu’à l’âge du pied dans la tombe, de revoir et de corriger ses ouvrages». Un écrivain, dit François de Roux, doit être libre d’améliorer et même d’abîmer une œuvre de lui. Les différentes versions d’un ouvrage de premier ordre ne se perdent jamais et chacun, tant que l’auteur est en vie, peut toujours choisir celle qu’il préfère.

  3. Les livres capitaux, les livres saints ont fini par subir une rédaction «historique». Les transcriptions, les omissions, les adjonctions et les traductions ont pu être de nature à exercer sur la forme originale d’expression une influence dissolvante.

  4. I.’adaptation de l’œuvre peut se faire à l’une des formes littéraire, musicale, théâtrale, cinématographique, cinéphonique. phonographique, radiophonique. Ainsi on lire une pièce d’un roman, on fait un roman d’une pièce, et aussi un scénario de cinéma. Ex.: Sapho de Daudet.

  5. Dans les livres classiques élémentaires, on trouve le volume du maître en contre-partie à celui de l’élève. C’est un réarrangement de la même matière.

  6. Il y a rapport étroit entre traduction et adaptation.

Les idées ont besoin de traduction et d adaptation pour

pénétrer d’un peuple chez un autre peuple. «Pour naître et durer, les formules du Marxisme me semblaient bizarrement lointaines, dit Dmitrievsky (dans les conclusions du Kremlin). On aurait dit qu’elles étaient écrites en une langue étrangère, absolument incompréhensible au peuple. Plus loin, je découvris que seul Lénine sut traduire le marxisme en langue russe.»

241.86 Le Neuf et le Plagiat. Emprunt. Copie. Citation

  1. Notion

Le Plagiai consiste à s’inspirer directement d’autres livres sans les citer; à publier une identité de thèmes; des idées empruntées en quantité a autrui, à produire des décalcages de textes.

Le plagiat à tous les degrés s’approprie un extrait, une phrase, un mot trouvés dans un auteur estimé, pour les insérer dans son travail, borner sa tâche à les adapter à sa pensée; ou faire de larges emprunts ou même s’approprier tout un ouvrage.

En 1868, La Bruyère écrivait: «Tout est dit et l’on vient trop tard depuis plus de sept mille ans qu’il y a des hommes et qui pensent».

  1. Historique

Le Plagiat a été pratiqué depuis les temps les plus anciens. Les Komains empruntèrent aux Grecs (par ex.: Phèdre écrit ses fables d’après Esope; Cicéron emprunte aux philosophes). Virgile qui avait cependant écrit le Sic Vos non Vobis fut convaincu d’avoir emprunté des vers entiers à Ennius. Shakespeare a emprunté à des auteurs obscurs, disant qu’il aimait à tirer une fille de la mauvaise société pour la fuire entrer dans la bonne.

Au XVIIIe siècle, il était courant d’emprunter aux Anciens. «Prendre des anciens et faire son propre de ce qu’ils ont écrit, c’est comme pirater au delà de la ligne; mais voler ceux de son siècle en s’appropriant leurs pensées et leurs productions, c’est tirer la laine au cours des rues, c’est ôter les manteaux sur le Pont-Neuf.» La Fontaine a emprunté maintes de ses fables à Esope via Phèdre. Voltaire a plagié, Alexandre Dumas a plagié et justifié le Plagiat en général de Schiller, à Walter Scott, à Chateaubriand.

a Ce sont les hommes et non pas l’homme qui incitent; chacun arrive à son tour, s’empare des choses connues de ses pères, les met en œuvre par des combinaisons nouvelles, puis meurt, après avoir apporté quelques parcelles à la somme de connaissances humaines qu il lègue à ses fils, une é’oile à la voie lactée.»

I oute l’épopée et la tragédie antique reprises par les modernes avaient une même matière. Molière ne se faisait nul scrupule de dérober ou plutôt de reprendre son bien où il le trouvait. On lit dans Hello de de Vigny tout un chapitre copié de Chamfort. Jean Lorrain avait inséré dans un article des phrases de Rimbaud. Il y a eu le cas de M. Benoit et de L’Atlantide, tributaire de She de l’Anglais Haggard. de Musset a dit: «Il faut être igno rant comme un maître d’école pour *e flatter de dire une seule parole que quelqu’un ici-bas liait dite avant vous; c’est imiter quelqu’un que de planter des choux I»

  1. La question du plagiat

La question du plagiat a été formulée ainsi: dans quelle mesure un auteur, même si ses sources nous échappent, est-il redevable à son temps, à son éducation intime, à ses modèles littéraires, et plus généralement à ses aines dans la carrière? Est-ce qu’il est en droit de prétendre à une originalité effective dans le fond et dans la forme?[^M. Wilmotte. — Qu’est-ce qu’un plagiat?]

La notion de la propriété littéraire est toute moderne. Elle laissait indifférente les époques où la personnalité de I*écrivain s’effaçait derrière son œuvre. Le plus souvent il ne songeait même pas à signer celle-ci, car ou bien il avait de bonnes raisons de ne pas le faire (son rang^ ses fonctions, la prudence l’en détournant), ou bien il était conscient de l’humeur de ceux qui allaient le lire; pour eux il importait peu de savoir qui était le créateur: la création absorbait toute l’attention et monopolisait l’intérêt.

Dans les manuscrits des XIIe et XIIIe siècles, il est exceptionnel qu’une chanson de gestes soit signée; à combien d’auteurs différents n’a–t-on pas attribué les plus jolies productions de l’ancienne lyrique. Meme le plus grand écrivain du moyen âge français. Chrétien de Troye, n’a pas échappé à ces variation» déconcertantes. Tantôt on lui retranche un poème qu’il a certainement composé, tantôt on lui endosse la fâcheuse paternité d écrits qui lui font un moindre honneur que le sien La plus belle épopée du moyen âge français, le «Roland» est anonyme. (Maurice Wilmotte).

  1. L’espèces et modalités

II y a lieu de distinguer:

  1. L’imitation: c’est le Pastiche. Une série d’A la manière de, formule illustrée par Charles Muller et Paul Kebotix (genre continué par La Page anachée).

  2. Les rencontres ou hasard, plus fréquents qu’on ne croit et qui ont donné lieu au proverbe «Les grands esprits se rencontrent».

  3. I–a supercherie littéraire ou copie d’un ouvrage entier, L’usage de ce fond» commun, de ses banalités inévitables auxquelles l’intelligence est condamnée comme le corps l’est au mouvement.

Les supercheries littéraires étaient très familières aux écrivains du XVIe siècle, lis aimaient a faire passer, sous le couvert de l’antiquité et d’une latinité agréable et fleurie quelque élégie ou quelque épigramme qui sentit son Catulle et son Martial. On attribue a Vièves la reconstitution à sa manière de quelques a acta diurna» avec des centons de Cicéron, de Tacite, de Suétone, de Pline e?s des sebolies anecdotiques d’Asconius Pedianus.[^Quérard. — Les supercheries littéraires.]

  1. Citation. — En science les vérités s’accumulent et en leur qualité des vérités deviennent des «lieux communs«. Impossible d avancer un exposé si chaque phrase doit être rapportée à son auteur d’origine. La littérature ayant comme caractère propre la création, l’emprunt est sévèrement jugé. En Histoire, en Philologie, les citations sont de stricte obligation car ce sont des sciences de témoignages ou de texte. La citation a aussi pour but de renvoyer à des sources où peuvent être trouves des développements étendus.

La citation peut se faire soit en termes exprès, soit en résumant l’idée, soit en signalant à titre d’information qu’on se trouvera bien de consulter aussi tel ouvrage, ho il en indiquant de la Bibliographie du sujet.

  1. Méconnaissance du plagiat

C’est tout un travail que celui de reconnaître les sources où un autre a puisé, les extraits qu’il a utilisés textuellement. Il est des méthodes pour y parvenir. On les a appliquées pour la reconstitution à travers d’autres œuvres. des écrits (passages) d’auteurs dont les ouvrages avaient disparu, par ex. au moyen de grandes codifications.

241.87 Œuvres complètes

Une œuvre peut prendre place dans la collection des œuvres complètes de l’auteur, ou dans d’autres collections constituées sur des bases diverses.

De certains ouvrages il est fait ce qu’on appelle les «grandes éditions». Ainsi la Ditta G. Barbera à Florence réimprime l’édition nationale des œuvres de Galilée. (Le opéré de Galileo Galilei.) Elle comprendra 21 volumes in 4°. 11,500 pages ornées d’un grand nombre de dessins, de fac-similé» et d’autographes, notamment les notes autographes d’Antonio Favoro éditeur de l’édition antérieure. On publiera trois volumes par an. Prix 4,500 lires. L’édition sera sur papier à la main en cnrncières Bodoriani.

241.88 Continuité des œuvres

Une œuvre peut être continuée sous d’autres titres par le même auteur ou des auteurs différents peuvent la continuer sous le même Pire ou des titres différents. Edition nouvelle par un mcnie auteur, ou l’ouvrage d’un autre sur le même sujet; il y a affinité entre les deux formes. Il y a différence de degré seulement dans la refonte ou forme. On en arrive à la continuité des œuvres. Ex:. Hector Berlioz a écrit un traité d’orchestration, œuvre monumentale, encyclopédie de la technique orchestrale. Gevaert dans son «Traité d’orchestration» modifie les allégations devenues surannées de Berlioz. Richard Strauss a composé les «Commentaires et adjonctions ail traité de Berlioz» (commentaires coordonnés et traduits par Ernest Closson, Leipzig, Peters). Par ces adjonctions Strauss a fourni les’recettes les plus rares dispersées dans ses propres ouvrages.