242 Documents graphiques autres que les ouvrages imprimés

242.1 Les manuscrits

242.11 Notion

On appelle manuscrits les écrits faits à la main, géné râlement de caractère historique, religieux, scientifique ou littéraire.

La science des manuscrits, connaissance des manuscrits, de leur authenticité, de leur date, etc., rentre dans la paléographie et la diplomatique.

242.12 Historique

Les plus anciens manuscrits connus ont été trouvés dans les tombeaux égyptiens; ils sont tous sur papyrus et au moins contemporains de Moïse, Les plus anciens manuscrits grecs et romains sont également sur papyrus. Ils ont été découverts sous la forme de rouleaux carbonisés dans les ruines d’Herculanum.

Les manuscrits les plus anciens et par conséquent les plus précieux, sont écrits sur parchemin ou sur papyrus. A part quelques papyrus égyptiens, aucun manuscrit ne remonte au delà du IIe siècle de notre ère. Les manuscrits sur papier de chiffe ne sont pas antérieurs au XIIIe siècle. Tantôt les manuscrits sont disposés en rouleaux, d’où le nom de volume; tantôt ils forment des feuillets distincts et reliés (codiccs). Pendant le moyen âge, les moines montrèrent beaucoup de zèle pour multiplier les livres par de bonnes copies et les conserver à la postérité; leurs manuscrits, et en particulier les missels, offrent des enluminures très riches et des lettres ornées avec beaucoup d’art.

Au Ve siècle, on recopie sur parchemin en Codices les papyrus antérieurs, tant fut grand l’engouement pour les Codices.

Au moyen âge, étant donné la pénurie du papier et parfois aussi l’ignorance de la valeur des ouvrages, on écrivait souvent sur des parchemins dont on avait gratté la première écriture. Celle-ci, dans bien des cas, a pu être rétablie et on a retrouvé par là des monuments importants de la littérature ancienne. (Ex.: la République de Cicéron, les Institutes de Gaius). On donne le nom de «palympsestes» à ces manuscrits.

242.13 Enluminure. Miniature. Décoration

Ce reste un sujet de discussion, si c’est l’écriture qui a donné lieu à l’enluminure des manuscrits. Mais les plus anciennes inscriptions sont accompagnées d’images. Le Liüre des Morts des Egyptiens est aussi notre plus ancien livre illustré. Mais il y en eut de fort anciens pour les mathématiques, la botanique et la médecine. Les Grecs eurent une tradition d’illustrations. L’art byzantin l’a continuée avec tendance vers l’art décoratif oriental (plus grand formalisme, symétrie dans la composition, suppression des fonds. Les notes irlandaises d’enluminures (VIIe au Xe siècle) commencent avec la pure décoration non pas illustrative du texte, mais artistiquement unie à elle. La renaissance Caroline (IXe siècle) combine le style classique, byzantin et celtique.[^Morey, Charles Rufus. Sources of médiéval style. Art Bulletin 7 (1924).] L’unité devient admirable, la page texte, les lettres initiales, les peintures et le cadre forment un ensemble décoratif harmonieux. Les miniatures constituent, comme les livres illustrés de nos jours, des sources précieuses de documentation iconographique: portraits, édifices, scènes de la vie familière, dessins scientifiques ou quasi scientifiques dans les traités botaniques, les lapidaires, les bestiaires, les œuvres médicales.[^Choulant. History and Bibiography of an Anatomie Illustration (1920), — Engelman, R. Antike Bilder aus römischen Handschriften in phototypischer Reproduktion. Leiden. Sijthoff 1909.— Bradley, J. W. Illuminated manus-cripts. London Methuen 1905. — Jacobi Franz. Deutsche Buchmalerei in ihren stilistischen Entwicklungsphasen. Mun. Bruckmann 1923. — Henry Martin. Le livre français des origines à la fin du second Empire. Paris, Van Oest 1926. — Société française de reproduction de manuscrits ou peintures. Bulletin.]

242.14 Erreurs dans la copie

Les anciens ouvrages manuscrits étaient accompagnés d’une formule certifiant conforme à la minute officielle. Cette formule disait souvent v nous avons collationné».

A la vérité, les fautes de copies pullulaient dans les manuscrits. Au XIIIe siècle, le cardinal Hugues de Saint-Cher. dominicain, entreprit de corriger l’Ecriture sainte d’après le texte original et les meilleurs manuscrits. Il en a publié une édition et le chapitre général de son ordre, en 1236, décide que toutes les Bibles de l’ordre seraient revues et ponctuées d’après elle.

Les erreurs dans les manuscrits ont é’é classées ainsi par Hall:

A. Confusion et tentative pour y remédier. (1) Confusion de lettres et syllabes similaires. (2) Mauvaise interprétation des abréviations. (3) Mauvaise transcription de mots par suite de ressemblance générale. (4) Fausse combinaison ou séparation, fausse ponctuation. (5) Assimilation de terminaison et accommodation à une construction voisine. (6) Transposition de lettres (anagrammatisme) et de mots et de phrases, déplacement de phrases, de sections et de pages. (7) Fautes dans la transcription du Grec et Latin et vice versa. (8) Confusion de nombres. (9) Confusion de noms propres. (10) Fautes dues au changement de prononciation. (Il) Substitution de synonymes à des mots plus familiers. (12) Nouvelle orthographe. (13) Interpolation ou tentative de corriger ou de remédier à une omission antérieure. — B. Omission (14) Haplographie ou omission de mots de commencement ou de fin similaires. (15) Lipographie (parableptis) ou simple omission de toute espèce. — C. Addition: (16) üittographie ou répétition d’un contexte immédiat. (17) Insertion de notes ou glosses interlinéaires ou marginales. (18) Lecture complétée. (19) Addition due à l’influence d’écrits de même espèce.

242.15 Collections. Bibliothèques

Les manuscrits sont conservés dans les bibliothèques. Ils y donnent lieu à des fonds spéciaux, éventuellement à des sections, départements ou cabinets. Ces fonds y représentent des valeurs intellectuelles et économiques considérables.

Parmi les bibliothèques les plus riches en manuscrits, il faut citer la Bibliothèque du Vatican, la Bibliothèque Nationale à Paris, celle du British Muséum à Londres. La Bibliothèque Royale à Bruxelles est aussi fort riche, procédant de l’ancienne bibliothèque des Ducs de Bourgogne. Les Bibliothèques américaines ont acquis beaucoup de manuscrits, rendant tributaires d’elles les travailleurs européens.

242.16 Catalogue de manuscrits

Les catalogues de manuscrits sont fort importants, car il s’agit d’œuvres souvent uniques, non encore reproduites et dont, en tous cas, il importe de connaître les divers exemplaires existants. Certains manuscrits anciens ont été connus très tardivement par suite de l’ignorance des possesseurs ou du grand travail d’identifica’ion néces snire dans les dépôts.

Le manuscrit des Institutes de Gaius ne fut découvert qu’en 1816 à Vérone.

La description des manuscrits a donné lieu à des règles de plus en plus précises. Elles sont communes en partie’ aux règles de description (bibliographique, catalographi-que) des imprimés.

Les manuscrits sont désignés par leur numéro dans le catalogue des bibliothèques. L’âge d’un manuscrit peut être déterminé d’après les caractères particuliers de l’écriture.

On a imprimé le Catalogue général des Manuscrits des Bibliothèques de France.

242.17 Travaux sur les manuscrits

Les travaux auxquels donnent lieu les manuscrits sont:

1° Les reproductions; 2° les éditions; 3° les études.

1° Reproduction de manuscrits. — Elles sont ou typographiques ou photographiques: diverses copies peuvent exister d’une même œuvre, déposées dans diverses collections. Les copies n’ont pas toutes une valeur. Il existe souvent des fragments outre les œuvres complètes.

Il importe d’arriver à la reproduction intégrale du document. Toute impression procure des exemplaires qui sont des copies exactes de l’original. Il n’en était pas ainsi pour les manuscrits. Par l’invention de la xylographie et de l’imprimerie, cette copie est devenue de plus en plus mécanique et automatique. La photographie donne maintenant une copie exacte qui n’a pas besoin d’être relue et corrigée comme la copie manuscrite ou typographique. Pour que nul n’ignore qu’il s’agit de copie, on en fait mention, d’où une première différence avec l’original. Les foutes ou erreurs involontaires sont d’autres différences. Seule la reproduction fidèle de ces manuscrits par les procédés photomécaniques les plus perfectionnés peut préserver les manuscrits d’une ruine complète, en même temps qu’elle présente l’immense avantage de les mettre à lu portée de tous les travailleurs sous l’aspect même des originaux.[^Ex.: Codices græci et latini photographia: depicti duce Scatonc De Vries, Bibliothecae Universitatis Leidensis Præfecto.] La reproduction des manuscrits est opérée tantôt par extrait, tantôt intégralement.

De remarquables reproductions en couleurs ont été réalisées (notamment celle du Bréviaire Grimaldi).

2° Edition des manuscrits. — Les éditions de manuscrits donnent lieu à un travail considérable. Les œuvres anciennes sont conservées par diverses copies manuscrites, entières ou fragmentaires. Dans l’édition, Il s’agit de faire choix entre les meilleures versions des diverses copies.

Les manuscrits édités constituent un texte critique plus ou moins conjectural basé sur la comparaison (collation) de tous les manuscrit* (MSS) existants d’une œuvre donnée.

Pour ce travail, on désigne généralement celle-ci par des lettres conventionnelles. L’édition comporte plusieurs conditions et opérations:

  1. respecter le graphie ou dire le pourquoi des corrections;

  2. établir la numérotation des pages ou des vers, afin de reconnaître les lacunes;

  3. identification des personnages, des lieux, des dates et des choses;

  4. tables des personnages, mentions, notes topographiques, glossaires;

  5. éablir une ponctuation; résoudre les abréviations;

  6. présenter une analyse de l’œuvre et de son objet;

  7. présenter en planches hors texte un fac-similé; reconstituer un tableau des armoiries;

  8. présenter les variantes, les discuter, adopter l’une d’entr’elles (leçons). Par la comparaison de manuscrits, compléter le texte de l’un par le texte de l’autre en tenant compte de la valeur des copistes-scribes, de leur manière de procéder (scribes peu soigneux mais respectueux du texte transcrit, scribes attentifs à combler les lacunes mais introduisant des mots de leur invention).

  9. Discuter les données qu’apportent les miniatures pour l’élucidation du texte. Parfois les miniatures sont supérieures en exactitude au texte et émanent d artistes mieux informés que les auteurs eux-mêmes, eventuellement de collaborateurs;

  10. Donner des indications sur la langue de l’auteur; phonétique, morphologie, vocabulaire, syntaxe, sur le parler des personnages, la langue des scribes;

  11. Une étude sur l’auteur.[^Comme méthode d’édition, voir la publication récente: Jacques Bretel, Le Tournoi de Chauoency, édition complète par Maurice Delboville. Bibliothèque de la Faculté de Philosophie et Lettres de l’Université de Liège: fasc. XLIX, 1932. ]

En Italie, a la Laurentienne, à Florence, on suit la trace des lectures faites d’un manuscrit. Chaque manuscrit a sa feuille et on y inscrit le nom des lecteurs qui les ont demandés. Ceci afin d’établir les priorités.

3° Etudes sur les manuscrits. — Elles portent sur divers points particuliers du manuscrit (notes, observations, analyse, corrections de détails, essai d interpellation, étude sur les œuvres en tant que contribution a l’exposé du sujet, par ex. étude comme document pour l’histoire d’une époque, d’une institution, d’un personnage.

242.18 Les papyrus

Le rouleau de papyrus a été le principal, le presque seul matériel d’écriture utilisé pour tous les grands travaux de littérature en Egypte et dans le monde grec et romain depuis le quatrième millénaire avant Jésus-Christ jusqu’au moyen âge. Le papyrus a délivré les bibliothèques des baguettes de bois, de pierres et de briques.

La découverte de papyrus grecs par milliers durant les dernières quarante années a été un événement sensa­tionnel pour tous ceux qui étudient l’antiquité; elle a provoqué un enthousiasme qui a permis de parler d’une renaissance du XIXe siècle. En 1918, d’après W. Schubart (Einführung in die Papyruskunde) la publication des payprus avait porté déjà sur plus de 1300 textes littéraires ou fragments.

On a découvert des buttes entières de papyrus, sorte de débarras de documents administratifs de l’époque empilés.

La «Papyrologie» est la science qui a pour objet de déchiffrer les manuscrits sur papyrus.

Cette branche de la paléographie a pris une importance considérable au cours de ces dernières années; en très peu de temps, les documents qu’elle nous a révélés ont permis d’élucider une foule de points obscurs ou mal connus dans l’histoire politique et littéraire de la Grèce. C’est presque exclusivement aux découvertes faites en Egypte que nous sommes redevables de ces résultats, non seulement parce qu’après la décadence de la Grèce propre le royaume des Ptolémées devint le foyer de la vie et de la pensée helléniques, mais parce que l’usage du papyrus y était plus courant que dans les autres pays, et aussi en raison des conditions climatériques et des coutumes funéraires qui favorisaient la conservation des objets les plus délicats.

La tâche est délicate: le déchiffrement et la reconstitu-lion de ces manuscrits. Ces documents nous sont parvenus eu effet, le plus souvent en fort mauvais état; trouvés les uns au milieu des ruines – quelquefois dans des jarres où on avait l’habitude de les serrer, mais trop fréquemment dans les décombres ou les anciens tas d’ordures, les autres dans les sarcophages, où ils avaient servi au cartonnage des momies, ils sont parfois brisés, souvent à moitié effacés par l’humidité, presque toujours déchirés. Pour arriver à dérouler et à étaler sans les émietter ces feuilles séculaires, le papyrologue doit être doublé d’un chimiste et d’un manipulateur adroit, qui sache procéder à ce travail minutieux avec autant de dextérité que de patience; il faut savoir aussi assouplir le manuscrit sans en altérer les caractères, ranger dans l’ordre voulu les divers feuillets d’un même rouleau ou les fragments d un même feuillet, etc. Puis vient la lecture proprement dite, qui n’est généralement pas des plus aisées: certains papyrus, surtout les «papiers d’affaires», sont tracés d’une écriture courante, dont les caractères ne se distinguent pas sans peine, où les mots ne sont pas séparés, où manquent un grand nombre de signes d’orthographe et de ponctuation, où abondent les corrections confuses et les abréviations conventionnelles; pour s’y reconnaître, il faut à la fois un coup d’œil perspicace et des connaissances très spéciale». Ces difficultés sont plus sensibles pour les papyrologues que pour les autres paléographes; car la plupart des papyrus contiennent. soit des actes rédigés d’ordinaire sans grand soin matériel, soit des copies hâtives d’œuvres classiques, sortes d’ «édition à bon marché», où les inadvertances sont fréquentes, et qui ne sont pas non plus calligraphiés comme les parchemins du moyen âge. œuvre de patience et d art, auxquelles les moines consacraient les nombreux loisirs de leur existence oisive.

En présence de ces documents détériorés, confus, incomplets, la critique des textes s’est imposée comme première tâche aux paléographes et aux philologues qui avaient entrepris de les éditer ou de les commenter. Si en France, en Allemagne, en Italie, ailleurs, ont été faites de nombreuses publications, c’est surtout à l’école anglaise que l’on est redevable, semble-t-il, des plus importants travaux, dans cet ordre d’idée».

Les documents d’origine papyrographique se répartissent en deux groupes distincts: les papyrus littéraires et les papyrus non littéraires. Les premiers sont de beaucoup les moins nombreux: dans le loi le plus important, celui d’Oxyrhynchos, ils forment tout au plus un sixième du total. Il» consistent, avons-nous dit, en copies généralement assez médiocres des ouvrages en prose ou en vers de läge classique; malgré leurs défauts, l’intérêt en e»t considérable D’abord ces papyrus, dont la majeure partie date des trois derniers siècles avant notre ère, sont de beaucoup antérieurs aux plus anciens manuscrit» que nous possédions déjà; ils dénoncent ainsi bien des altérations qui se sont produites dans les textes sous la main des scribes du moyen âge. Puis, ils nous font connaître des parties nouvelles de certaines œuvres qui nous étaient parvenues très mutilées; des morceaux plus ou moins étendus de poésie épique, lyrique ou dramatique, des passages parfois assez longs d’historiens, d’orateurs, de philosophes, de théologiens sont venus s’ajouter de cette façon, aux fragments que l’antiquité nous avait transmis.

Enfin et surtout, plusieurs ouvrages entièrement perdus, et dont nous ne savions guère que le nom. nous ont été restitués par quelque «coup de pioche heureux» ou par une trouvaille… chez un brocanteur indigène.

Les papyrus non littéraires, dont on connaît déjà plusieurs milliers, comprennent des actes privés ou publics des genres les plus divers; baux, procès-verbaux, ventes, prêts, devis, mémoires, reçus, pétitions ou requêtes. Ici’res d’affaires, dépositions de plaignants et de témoins, rapports de police, résultats d’enquêtes judiciaires, etc. Ces documents, dont les plus importants et les plus nombreux datent de l’époque romaine, sont d’un intérêt capital pour l’étude des institutions publiques et des relations privées sous la domination impériale; comme le gouvernement centrai laissait aux provinces une certaine autonomie dans l’administration des affaires purement locales, c’est encore d’une civilisation hellénique que ces écrits sont les produits et les témoignages concrets. Les renseignements que ces papyrus nous fournissent sont assez précis pour avoir permis à plusieurs historiens de trancher des questions jusqu’alors très confuses et de faire revivre un passé qu’on croyait à jamais enseveli dans les ténèbres.

242.19 Manuscrits modernes. Incunables

  1. Manuscrits modernes

  1. La période des manuscrits n’est pas close, quel que soit le nombre des œuvres imprimées, il en est aussi qui ne passent pas à l’imprimerie. Que deviennent-ils? Restent-ils dans les tiroirs des éditeurs et dans les bureaux de rédaction? Les bibliothèques sont amenées à réunir les manuscrits, car ils représentent un travail effectué.

  2. De nos jours on publie certains ouvrages, non pour le grand public mais pour usage restreint et on les dit alors «Als manuskript gedruckt», imprimé comme manuscrit.

  3. Depuis quelque temps on étudie attentivement les manuscrits des grands auteurs et l’on tache par leurs ratures et surcharges de se rendre compte de leurs procédés de style.

  1. Incunables

  1. On comprend, sous ce nom, des livres toujours Sort recherchés qui remontent aux origines de l’imprimerie et parurent avant 1500, 1512 ou 1520. On distingue les incunables xylographiques, obtenus au moyen de planches et les incunables typographiques, composés en caractères mobiles. Les premiers sont les plus anciens, mais de date incertaine; quelques-uns cependant paraissent remonter au delà de 1440.

  2. Le nombre total des livres du XVe siècle est étonnamment grand. Le Repertorium Bibliographicum de Haim en a enregistré 16,300. Le Gesamtkotalog der IVicgendruk. édité par la Commission prussienne (1925) y n’ajouté un tel complément qu’on peut s’attendre un jour à 30.000.

  3. En Bibliographie et dans les Bibliothèques, on traite généralement les Incunables comme une classe spéciale d’ouvrages à cause de leur valeur et parce qu’ils font la transition entre la période des manuscrits et celle des impressions du XVIe siècle. Cependant à fa fin du XVe siècle, le livre moderne était établi en ses dispositions essentielles. Les caractères du type de Jenson et d’Alde lui donnent aussi un haut degré de lisibilité.[^Haebler, Handbuch der Inkunabelkunde.]

242.2 Cartes et plans. Atlas

1 Notions

  1. Une carte es! la représentation cartographique de la terre ou d’une de ses parties sur une surface plane.

La carte peut être définie: un enregistrement synoptique des faits géographiques en fonction de lieu.

  1. La méthode géographique consiste à déterminer l’extension des phénomènes à la surface du globe (Ratzel), Le procédé le plus sûr pour imprimer un cachet géogra-^ phique à toute recherche est de chercher à en exprimer cartographiquement les résultats. 1 m représentation car-tograpbique a pour la géographie une importance exceptionnelle (de Martonne). La topographie est la description et la représentation graphique d’un lieu, c’est l’art de représenter graphiquement un lieu sur le papier avec les accidents de la surface.

  2. La carte représente la tentative faite de bonne heure pour donner une représentation aussi analogique et indéformée que possible du contour et du relief de la terre. On y tient compte: f" de fa position; 2° de la dimension; 3U de l’orientation: mesures par rapport à des points pris comme base, nord, sud, est, ouest; par rapport aux pôles et à l’équateur; 4° la mesure; échelle par rapport aux mesures de bases, le mètre.

Les anciens ont donné aux régions représentées des dimensions et des positions fort inexactes.

  1. Il en est des cartes comme des écrits. Elles peuvent être plus ou moins faciles à lire. La cartographie n’est pas seulement l’art de représenter les données vraies de In Géographie, de l’aspect géographique de tous les ordres de faits. Elle est devenue celui de les représenter avec l’efficience requise de tout document en général.

  2. Reconstitution par l’image des choses.

La carte permet aussi la reconstitution de choses par l’image. Ainsi, on peut dresser un véritable atlas physique de tous les aspects géographiques d’un même lieu do la terre aux diverses époques de l’évolution géologique.

En traçant ainsi une série de cartes géographiques pour lcd périodes successives de l’histoire terrestre, on voit comme dans un kaléidoscope mouvant, les mers changer à chaque instant de forme et de place, les continents émerger un instunt, puis s’enfoncer sous les eaux. Il semble qu’à tracer tes transformations, on pourrait apercevoir certains traits relativement constants et un rythme, une période dans la inarche de ces flux et de ces reflux. Peut-être de les dater par rapprochement avec des influences astronomiques à phases connues.[^Phillips,—List of Works relating to cartography, Washington, 1901. — Warne. F. I.—1919. Cartography in lien lessons. In-vol. XlV–159 p. Washington. Illustrations. — De Marchi, L. (Padova).—La reppresentazione della Superficia terrestre. Scientia, 1919. — Fordham.—Maps, their history Characteristics and uses. — U. S. Library of Congress, Division of Maps: List of Geographical Atlases. Washington, 1919–20. 4 vol. by P. L. Phillips. List cf Geographical Atlases. Jeorg W. L. G. Post War Atlases. In Geog rev. 13 (1923), p. 582–98.] De Launay: Histoire de la Terre, p, 82–83.

La carte est un moyen de marquer le connu et l’inconnu. E*.: La comparaison de la carte d’Afrique ou des régions polaires, il y a quelques années et aujourd’hui. La com-paraison entre la carte des océans au début des études océanographiques et aujourd’hui.

  1. Pour l’enfant amoureux de cartes et d’estampes. l’Univers est égal à son vaste appétit. Comme le monde est grand à la clarté des lampes; aux yeux du souvenir que le monde est petit. (Baudelaire.)

  2. Les cartes et plans ont deux caractéristiques essentielles: 1° être la représentation de l’espace (superficie

ou trois dimensions) et par là être une espèce du genre qui s’étend à tous les exposés à base du lieu (voir n" 224); 2° être cette représentation de Lespace sous forme conventionnelle et abstraite et par là être ainsi une espèce du genre qui s’étend à toutes les images schématiques (voir nu 222.32). Le fait pour une carte ou un plan d’avoir une existence autonome ou de faire partie d’un autre document est secondaire, bien qu’il s’en suive certains effets documentaires. ###### 2 Historique

Dans le principe, on dessina les cartes sur des tables ou planches (d’où les mots tabula et mensa). L’emploi de pièces d’étoffes pour cet objet introduisit plus tard le mot de mappa que les Espagnols et les Anglais (map) ont conservé dans le sens absolu et exclusif de carte géographique et d’où est dérivé le mot français de mappemonde. Enfin lorsque le parchemin et le papier remplacèrent les tables et les mappes, le nom de carte vint se substituer aux dénominations précédemment admises.

La moyen âge semble n’avoir connu que des représentations assez grossières du globe terrestre; elles brillaient par leur rareté et par leur absence de précision scientifique, alors même que leur exécution révèle parfois des qualités esthétiques de choix. Les tables gravées sur argent ou les sphères précieuses étaient des objets d’art et de luxe, dont la possession était réservée aux Souverains. La fameuse mappemonde de Fra Mauro (1459), monument capital dans l’histoire de la Cartographie, ne connaît point elle-même les parallèles ni les méridiens. Avec l’imprime-rie, au moment de la Renaissance, la cartographie prend un grand essor. Fin 1471 est publiée la première traduction latine de Ptolénrée, en 1478 la première édition de ses cartes gravées sur cuivre. Destinées à fixer les nouvelles découvertes, elles passent dans toutes les mains et les cartographes sont amenés à envisager sous toutes ses formes le problème des projections.

Désormais une fièvre cartographique secoue l’Europe. Des ateliers travaillent en Italie, en France, en Allemagne, aux Pays-Bas. En 1570 Mercator complète les cartes pto-léméennes et applique divers systèmes de projection. Ortelius publiera des collections de cartes modernes sous le titre générique de «Théatrum Orbis» dont le début remonte à 1570.

Colbert avait le souci de posséder des cartes exactes, permettant aux navigateurs de gagner plus sûrement les ports des Indes, sans l’aide des pilotes hollandais qui n’étaient d’ailleurs pas disposés à mettre leur expérience au service des Français.

Les vieux «portulans», les cartes, les atlas du XVIIe et du XVIIIe siècle n’étaient pas seulement des documents, c’étaient encore des œuvres d’art rehaussées de vues, de figurines et d’ornements exécutés avec un soin précieux.

Les premières cartes reproduites par la gravure datent de quelques siècles à peine. Elles étaient l’œuvre de particuliers: de savants comme les Mercator, les Ortelius; d’imprimeurs comme les Hondius; de libraires-éditeurs comme Frickx; puis de militaires comme ce général comte de Ferraris qui a doté les Pays-Bas de la première carte topographique. Plus tard on doit citer en Belgique l’ex-treordinaire Philippe Vander Maelcn, qui a publié, outre de nombreux atlas, les premières cartes topographiques au bO.OOO et au 20,000° de la Belgique indépendante. De nos jours la carte d’un pays exige un travail énorme, une exactitude de plus en plus grande, des détails de plus en plus nombreux. Il faut disposer de capitaux et d’un personnel nombreux et exercé. Les États ont confié la confection des carte», leur publication et leur tenue à jour à des établissements officiels: le service géographique de l’Armée en France, l’Ordonnance Survey en Angleterre, l’Istituto Geográfico Militare en Italie, l’Institut Cartogra phique Militaire en Belgique.

Les anciennes caries géographiques étaient fondées sur des reconnaissances, des postulats ou des arpentages partiels. Elles n’avaient encore pour assurer leurs bases ni grandes opérations de géodésie, ni observations astronomiques. Elles restaient très fautives quant aux formes générales des grandes régions et aux dimensions de continents. La Méditerranée dans les cartes de Sansón est trop longue de 300 lieues et de 1500 lieues trop avancée à l’Orient.

Plusieurs mappemondes du moyen âge représentent la terre comme carrée. Cette figure étant commandée à l’esprit des géographes par un texte de l’Evangile de St-Mathieu disant que le Seigneur enverra ses anges aux quatre coins du monde pour y faire résonner les trompettes du jugement dernier.

Les mappemondes anciennes semblent avoir été établies souvent sans proportions avec le souci d’y placer les noms rencontrés dans les géographies et les voyageurs. La carte participe ainsi de l’inventaire et de la classification.

On avait autrefois dans les bibliothèques d’énormes mappemondes ceinturées de cuivre, étoilées de roses des vents.[^Vicomte de Santarem. Atlas des Mappemondes.]

Les mappemondes les plus célèbres sont celles de la Cottonan Library (Xe siècle), celle de la Bibliothèque de Turin (1687), la mappemonde de Nicol Oresme et Guillaume de Pilastre (XIVe siècle), celle de Fra Mauro (1459 au Couvent de Mureno), le moine vénitien que ses contemporains qualifiaient de Cosmographus incompa-rabi/is. La mappemonde a Im937 X lm%5, couverte de dessins à la plume et de miniatures éclatantes d’or et de couleurs avec nombreuses notes.[^La fameuse carte du Tendre n’a rien de commun avec la géographie. Le Tendre est le pays imaginaire de l’amour dont Mlle de Scudéry a donné la description dans son roman de Clelie. On a cependant donné une reproduction graphique de cette imagination.]

242.23 Technique

  1. La cartographie a fait trois progrès: 1° par des globes, elle représente la forme de la terre; 2° par les procédés d’emboutissage des métaux, elle peut obtenir des tranches globulaires de la terre en nombre illimité; 3° * par des reliefs.

  2. La confection des caries est en général confiée à des Instituts spéciaux (Institut cartographique, gcodésique ou topographique). Les cartes pour être comparables doivent être do même projection, de même méridien d’origine et de même coupure (nombre de degrés en latitude et en longitude). Il est important aussi d’unifier les échelles des cartes et plans afin de les rendre comparables et superposables.

  3. Il y a deux problèmes fondamentaux; 1° la représentation des figures de la surface sphérique sur les surfaces planes de la feuille de papier; 2° la représentation des figures à trois dimensions et en relief sur ces mêmes surfaces planes. C’est tout l’art des projections.[^Mellnish, R. K An introduction to the Mathematics of Map Projection, PP VIU–144. London, The Cambridge Press. (Théorie fondant la construction des cartes.)]

Des progrès immenses ont été réalisés par la cartographie.

  1. Il fut un temps au moyen âge et à la renaissance où les plans ne représentaient que des vues cavalières. On ne s imaginait pas la possibilité de représenter des rues par des lignes. (Ex.: plan de Rome à la Bibliothèque Victor-Emmanuel.)

Mercator imagina un nouveau système de projection pour représenter sur une grande échelle les dimensions de la terre.

Elisée Reclus a proposé d’imprimer les cartes sur des calottes sphériques qui pourraient s’assembler en atlas aussi bien que les feuilles plates.

La surface d’une sphère ne peut être étalée sur un plan sans être déchirée. A moins que la surface soit élastique. Mais alors les figures tracées seraient déformées. Toute carte géographique est donc une déformation de la surface terrestre et des figures qu’on y observe.[^De Martonne. — Traité de géographie physique I, p. 54.]

L’Institut de Géographie de l’Université de Paris dirige en ce moment une grande enquête sur la cartographie des surfaces d’aplanissement.

  1. Voici d après De Martonne le tableau des principales projections.

TABLEAU DES PRINCIPALES PROJECTIONS

Projectit Sécante»n vraic Tangente Canevas conventionnels Projections horizontales Non perspective 1 normjle Perspective vraie stereograph.! transv. (obliq. (normale Perspective de l’ap. Orthogr.j transv. (obliq. (nórmale Proj. equivalente de Lambertj transv. (oblique Stcrcographique externe Projections cylindriques Carte plate Nórmale: Proj. de Mcrcator Transversal: Casmin Proj. de Sanson Proj. de Mollwcidc Projections coniques Proj.: équiv. de Lamben Proj.: equidistante de Delisle Proj. de Bonc Proj. polyconiquc

  1. Toute une révolution a été apportée dans l’art des cartes et plans par les affiches des chemins de fer et des sites. Il s’est agi de se faire comprendre du grand public. De simples cartes étaient trop savantes. Des vues directes photographiques étaient trop fragmentaires. Un art nouveau de projection et de composition est né; un art aussi de déformation, de simplification, d’exagération. On a combiné ïe plan avec les perspectives cavalières, on a groupé les vues panoramiques en médaillons.

  2. Cartes simple surface à deux dimensions sont présentées comme des projections de trois dimensions. Ainsi les cartes géographiques, les cartes batymétriques. les cartes météorologiques.

On a représenté le relief du terrain par des courbes conventionnelles dites de niveau et généralement équivalentes en hauteur.

Toute la physique du globe peut se traduire par des courbes d’égal élément ou courbes isoplèthes, isothermes, isothèses, isolaires.

  1. Le procédé photographique du levé des cartes et plans a simplifié les représentations. Cartes photographiques hypsométriques prises en aéroplanes, en ballon, dirigeable ou captif, ou en cerf volant meme, au moyen d’une chambre panoramique multiple. Elle peut donner une image immédiate de la densité circulatoire de certains points de ville.

  2. importance depuis la guerre des tranchées des services cartographiques à l’arrière des armées en campagne. Ce service pour l’armée britannique occupe 1,000 à 1,200 hommes.

Les cartes permettent des calculs et des opérations. Ainsi le pointage des pièces de canon se fait en traçant sur la carte des lignes qui réunissent les points de visée et de l’objectif, de manière à tracer l’angle de pointage. Le rapporteur en indique l’ouverture.

  1. Cartogrammes. Le cartogramme s’applique (à la distribution des phénomènes dans l’espace. Ils’agit alors de cartes géographiques dessinant les aires de distribution mais combinées avec des indications complémentaires. Ces indications présentent la forme de hachures ou pointillés plus ou moins denses, colonnes ou cercles, inscrites dans les vues correspondantes des courbes (niveau ou climat, signes conventionnels, nombre, lettres, marques ou signatures, couleurs ou teintes graduées). Les carto-grammes présentent la distribution d’un même élément d’après les degrés de son intensité, ou de divers éléments d’après leurs variétés.

    242.24 Espèces de cartes

Les cartes offrent un grand nombre d’espèces.

  1. D’après le genre de faits localisés (montagnes, routes. chemins de fer).

  2. D’après le but ou usage.

  3. D’après l’échelle.

  4. D’après la substance sur laquelle elles sont reproduites.

On a dressé des cartes de tout: cartes terrestres, superficie et tréfond, cartes marines, cartes du ciel.

  1. Cartes géographiques. — Les cartes géographiques, les caries marines et les cartes astronomiques ont acquis une importance et une précision croissantes, à mesure que se développaient parallèlement l’art du dessin et les connaissances géographiques et astronomiques. Les cartes géographiques sont universelles (mappemonde, planisphère) ou générales, ou particulières. Elles sont di*es topographiques, chorogratthiques, physiques, politiques, etc., selon le genre d’indications qu’elles contiennent Les anciens connurent des cartes, du moins les cartes itinéraires; mais la cartographie n’a été portée à sa perfection que dans les derniers temps. Chaque pays de l’Europe possède une carte d’ctat-major fort détaillée. Celle de France est au 80,000° et compte 267 feuilles. Il en existe une réduction au 320.000°. Les États maritimes possèdent aussi des cartes marines ou hydrographiques, indispensables pour la sûreté de la navigation.

En collaboration de tous les pays a été commencée la carte au millionième. C’est l’œuvre d’une Association internationale spéciale. Un compromis est intervenu pour faire accepter par tous J échelle métrique et le méridien de Greenwich.

On a fait des cartes peintes murales fixes (par ex. les grandes cartes du Musée du Congo); des cartes sculptées murales (gare Versailles, chantiers).

Les cartes de voyage se sont multipliées. Pour la France, par ex., cartes Michelin: cartes de France au 1/200.000° en 86 feuilles cartonnées ou entoilées; cartes Tour Je France en 25 coupures. Cartes du service géographique de l’armée, telle la carte au 1/80,000° en 274 feuilles révisées périodiquement par les officiers du service géographique. Elles sont en coupures en pochettes, elles ont des cartes d’assemblage.

On a publié des cartes-plan qui développent une sorte de panorama en images et suivant une échelle établie, de tout ce que l’on voit des deux côtés d’une route suivie. (Ed. J. Burrow et C°: A motor Tour through the Cathédral Cities in the South.)

Les cartes cyclistes avec les profils en long du chemin parcouru.

Parlant des cartes de M. Maurice Lugeon sur la région des Hautes Alpes. M. Millioud dit: «DessinAes d’après des photographies obtenues à l’aide d’un procédé spécial, elles sont d’un relief, d’une précision et pourtant d’une simplicité a nous rendre rêveurs. C’est encore et plus que jamais de la science, mais c’est plus, c’est du grand art. Comment ces vues schématiques, avec leur coloration si riche et si délicate, mais toute conventionnelle, peuvent- elles éveiller en nous le sentiment de la nature aussi fortement que le tableau d’un peintre J La forme, le relief, l’ossature sont à la montagne, plus encore qu’en tout autre lieu, le support, la substance de la beauté. Et l’architecture a aussi sa part de mouvement et de vie dans l’immuabilité de la ligne, s

  1. Caries géologiques et batymétriques. — On connaît aujourd’hui très largement le tréfond de la terre. Ce sont les cartes géologiques qui en représentent la texture. En tous pays, elles sont confiées à des organismes spéciaux dépendant de l’État et qui procèdent progressivement à l’établissement et au perfectionnement de la carte en utilisant au jour le jour tous les sondages ou les mises à jour qui sont faits (ex.: organisation du service géologique de Belgique). La carte publiée en planchettes n’est que le résumé d’une vaste documentation en dossiers mis à la disposition des intéressé».

Les cartes du fond des océans (carte batymétrique), prolongement en quelque sorte des cartes des côtes dressées pour la navigation, ont fait l’objet d’un travail d’ensemble réalisé par l’Institut Océanique international, dû à l’initiative du Prince de Monaco.

  1. Caries marines. — Dans les cartes marines, on portera tous les détails utiles au but qu’on se propose dans toutes les circonstances qui peuvent se rencontrer et on supprime tout ce qui est étranger à cet ordre d’idées.

La carte marine est une représentation schématique de la mer et du littoral en vue de la navigation.

Le relevé des cartes sous-marines par le projecteur d’ultra-son remplace les sondages. Il est autrement sûr, rapide et économique. On dirige le projecteur d’après le retour en écho de l’onde envoyée.

  1. Cartes aériennes. — Elles constituent un nouveau type de carte. Elles doivent servir à la navigation aérienne. Ces cartes constituent en même temps une contribution à la cartographie générale à laquelle elles apportent la contribution d’une vision de la surface terrestre prise de haut et «à vol d’oiseau». Elles ressuscitent ainsi l’ancien procédé des vues cavalières. Aux procédés de la prise d’avion s’est ajouté celui en bnllon sphérique ou cerf-volant offrant des vues perpendiculaires. Ex.: Carte aéronautique de la France. Projection cylindrique. (Desmons. Paris, Challamel.)

  2. Cartes astronomiques. Les cartes et atlas astronomiques ont acquis une grande perfection. II faut leur rapporter les catalogues d’étoiles commencés par les anciens. Le catalogue de Ptolémée (Almageste) renferme 1,022 étoiles. On a catalogué depuis lors plus de 300,000 étoiles, dont 10,000 étoiles double», plus de 7 ou 8,000 nébuleuses. La carte photographique du ciel comprendra toutes les étoiles jusqu’à In 14° grandeur. (Voir ce qui a été dit précédemment de l’Atlas du ciel sous le n° 241.5.)

    242.25 La disposition matérielle

Les cartes, par leur étendue et la nécessité de les consulter synoptiquement ou en détail, présentent bien des difficultés qui ont donné lieu à des dispositions matérielles spéciales.

  1. On a trouvé le moyen de plier les cartes en les collant sur toile. On a ainsi réduit au format livre des grandes cartes (ou pourrait à l’inverse déplier des livres en format carte et ce serait des sortes d’affiches ou placards).

  2. Les cartes peuvent être simplement sur papier ou montées sur toile, brochées, reliées en a’Ias, aussi avec texte.

  3. Au point de vue matière, on a des cartes par feuille sur papier, en pochette des cartes sur toile, des cartes pliées sur toile, des caries imprimées sur toile. Etui-boîte pour les collections de cartes ou d’itinéraires. Pour donner toute la solidité nui cartes, on les a pégamoïdées. c’est-à-dire enduites d’un produit dit pegamoîd, qui donne à la toile plus de souplesse, évite les cassures, fixe les Couleurs et les rend inaltérables, (Procédé des cartes murales de Joseph Cremers, Bruxelles, Office de Publicité.)

  4. Aux cartes se rattachent les mappemondes de formes sphériques. Elles appartiennent aussi à la catégorie des instruments et appareils.

    242.26 Atlas

  5. L’atlas est une collection de cartes géographiques contenant le plus souvent la figure générale de la terre et celle de ses parties plus ou moins détaillées. Ces volumes sont ainsi appelés parce qu’Atlas soutenait le monde et qu’eux le contiennent au moins en figure. C’est dans le titre de la Collection des cartes de Mercator publiées un an après sa mort, en 1595, que le mot Atlas paraît pour Ja première fois, mais c’est Ortelius qui, en réalité, a créé le premier Atlas. La figure d’Atlas, dans la position où le représentaient les anciens, était gravée sur le frontispice de l’ouvrage.

  6. «Il faut faire effort, dit Vidal de Lablache, pour s’unir intimement une étude générale qui serait la science» de la Terre, à la description de la Terre. La cartogra­phie est assurément pour cela l’instrument le mieux approprié. Où trouver un moyen d’expression aussi» capable de concentrer les rapports qu’il s’agit de repré-» senter ensemble à l’esprit } Dans un atlas, les rapports» des choses apparaissent en grand nombre et en clarté.» Il doit stimuler la curiosité et offrir matière à réflexion.»

Par extension, on donne encore le nom d’Atlas à tout recueil de cartes, de tableaux, de planches que l’on joint à un ouvrage pour en faciliter l’intelligence ou que l’on publie séparément. On en a traité sous le n° 241.5.

En conséquence, on peut définir l’atlas une collection de cartes, de plans ou d’estampes réunis en volume.

L’atlas maritime est un recueil de cartes marines qu’on appelle souvent un Neptune.

  1. On a publié et on continue à publier un nombre considérable d’atlas, les uns perfectionnant les autres. La Library of Congres» possède à la date de 1920, le chiffre étonnant de 5,324 atlas, dont le catalogue forme quatre gros volumes. ###### 242.27 Plans

  2. Notion

Le Plan est un tracé qui représente sur une surface plane les différentes parties d’un édifice ou d’un appareil.

  1. Les plans d’architecte

Les plans d’architectes sont des moyens essentiels de représentation de leur conception et des directives pour les constructions. Les plans se complètent par des maquettes avant la réalisation et après par des photographies. Le plan, les élévations et les coupes sont désignés sous le nom de figures géométrales. Ces figures, vu leur étendue, doivent souvent être tracées sur des feuilles séparées sans pouvoir être mises en concordance. On a établi tout un ensemble de projections de figures sur un système de plans géométraux. Les édifices, machines et autres constructions présentent généralement trois directions principales: l’une verticale, les deux autres horizontale et rectangulaire.

Le plan est la projection sur un plan horizontal. L’élévation longitudinale est la projection sur un plan longitudinal.

L’élévation droite est une projection sur un plan latéral.

  1. Les plans industriels

Les plans industriels, ceux des constructions et des fabrications de l’industrie sont devenus essentiels dans la technique de la production.

  1. Le cadastre

En principe le cadastre est le registre dans lequel les propriétés foncières d’un pays sont indiquées avec leur étendue et leurs limites. Le cadastre est accompagné de plans. C’est la seule base possible d’une contribution foncière. Une grande administration, en tous pays, est chargée du cadastre. Les premières mensurations des Egyptiens établirent chez eux les vrais cadastres. Le Domesday Book le réalisa en Angleterre. En France ce fut Charles VII qui conçut l’idée d’un cadastre général. La méthode d’établir le cadastre des terres publiques a été instauré par le Congrès américain dès la fin du XIXe siècle. Elle a consisté dans un système rectangulaire qui fut appliqué aux villages et aux États.

242.28 Plans reliefs

  1. Les plans reliefs donnent en trois dimensions (sorte de stéréogramme) la représentation des carcatéristiques en hauteur de la surface terrestre.

  2. On a réalisé des cartes relief en matière plastique^ diverse: papier mâché, carton pierre, béton et récemment même en éternité (carte en relief de la Belgique).

  3. La France possède à l’Hôtel des Invalides une collection unique en Europe de 105 plans en relief des places fortes et un certain nombre de reliefs représentent des sciences diverses. La galerie fut commencée par Louvois. On donna à tous les reliefs la même échelle pour la dimension horizontale et verticale, 1 pour 600.

Il y a à la Bibliothèque Nationale une collection de plans reliefs géographiques scientifiques.

Pour des cartes à grande échelle, il faut non seulement connaître la valeur des signes conventionnels adoptés pour la désignation des faits géographiques observés à la surface de la région représentée (voies de communication, villes, rivières, forêts), mais savoir déduire du mode de figuration en plan son relief (hachures ou courbes de niveau) T interprétation des formel du terrain. Pour faire comprendre ce relief, on a dressé des cartes reliefs en perspectives fuyantes ou des vues panoramiques à vol d’oiseau (ex.: les cartes reliefs de M. Trinquier Insérées dans L’Illustration).

D’autre part, on a dressé des perspectives reliefs adaptées aux besoins actuels de la géographie scientifique sous le nom de «blocs diagrammes» et elles sont devenues un auxiliaire précieux pour la représentation des formes du terrain. Leur valeur a été accrue en y ajoutant sur leurs faces latérales des coupes géologiques révélant la structure de la région représentée, les relations du modèle avec cette structure apparaissant alors avec une grande netteté. M. W. M. Davis a le premier vulgarisé et ayn-thétisé l’emploi de ces reliefs. Paul Castelnau en a donné la théorie. (La théorie du bloc diagramme: Bulletin de la Société de Topographie de France, juillet-août 1912.)

Pour éviter tout arbitraire, toute équation personnelle dans le tracé de ces blocs, M. P. Th. Dufour a imaginé les perspectives reliefs: nouveau procédé permettant

d’obtenir les perspectives reliefs par simple transposition automatique et projection oblique des formes du terrain représentées sur les cartes hypsométriques (Les Perspectives relief», revue de géographie annuelle, tome VIII, 1916–1918. fosc. IV). Un appareil fort simple (longue bielle et pantographe) permet de faire automatiquement des tracés et d’obtenir l’expression réelle des faits géographiques.

242.29 Collections, institutions, locaux, personnes

Les collections de cartes et plans en principe confondues avec celles des livres dans les bibliothèques, tendent à s’y spécialiser.

Des collections considérables de cartes ont été faites dans les Bibliothèques de Paris, Bruxelles. Washington, etc.; elles ont des cabinets de cartes (mappothèques).

Dans toutes les bibliothèques il y a intérêt à constituer un fonds spécial.