242.3 Iconographie. Estampes, gravures, photographie

Les documents dont il s’agit ici ont pour caractéristique de genre d’être des images, d’être concrets, et d’avoir soit une existence autonome, soit d’être insérés dans un autre document.

242.31 Les Images. L’iconographie

Il y a lieu de traiter distinctement notion, histoire, espèces: 1° de l’image en général; 2° de la science de l’image: l’iconographie; 3° des publications et recueils d’images; 4° des collections d’images; Iconographia UniversaltB; 5° des catalogues d’images: Iconobibliogra-phie; Iconobibliographica VnivcrsaUs; 6° des collections, des clichés ou matières d’images.

Parmi les images il est quelques grandes catégories; 1° les estampes et gravures, eaux-fortes; 2° les photographies; 3° les cartes postales illustrées; 4d les cartes à jouer; 5° les livres d’images pour les enfants. On est amené quelquefois à constituer ur» seul groupe de toutes les images sur papier ou carton quel que soit: a) le procédé d’établissement (à la main ou par l’appareil photographique) ou de reproduction, à la main, mécaniquement ou terminés à la main; b) à l’état d’original, de copie ou de reproduction; c) le texte qui les accompagne comme titre, légende ou explication sommaire, les images étant tenues pour l’essentiel et le texte l’accessoire; d) le fait d’être ou non encadrées; e) le sujet qu’elles présentent (images scientifiques, scolaires, religieuses. etc.); f) la colorisation (noir ou en couleurs chromos).

On a été amené a donner à certaines images les dimensions usuelles des cartes postales. Ces images avec les cartes postales peuvent constituer une collection classée. Les livres d’images pour les enfants constituent une importante catégorie.

Les principes généraux de traitement de documents bibliographiques (texte) sont fondamentalement les mêmes pour le traitement des documents iconographiques (image), notamment les collections, les formats, la classification, les règles descriptives.

Il est désirable, pour les faire entrer dans les cadres de rtncyclopédie, que toutes les images publiées séparément (planches, cartes postales, etc.) portent leur indice de classement. Munis des indices de matière, lieu, temps, personne, les documents peuvent alors à volonté prendre place dans les séries formées d’après ces bases.

  1. L’image et son évolution

L’image des objets permet de s’en former une idée nette et précise, tandis que la meilleure description orale 193?s peut laisser dans l’esprit du lecteur du vague et de l’indécision. L’homme a désiré l’image de tout temps. Les possibilité* de reproduction par la gravure sur bois et sur métal, parallèlement à l’imprimerie, ont multiplié les images tantôt incorporées dans les livres, tantôt séparément (estampes). De vastes collections iconographiques se sont constituées surtout depuis la Renaissance. La photographie avec bientôt la photogravure et les divers procédés de reproduction des couleurs, le cinéma, ont créé d’immenses possibilités nouvelles, à la fois pour l’illustration du livre et pour des publications indépendantes. Des collections se sont constituées, complémentaires à celles des cabinets d’estampes. Des listes et des catalogues ont été élaborés.

Le rôle de l’image ne saurait être exagéré. Elle est pareille au mot. l’autre manière d’exprimer les choses. Notre époque devrait s’en servir systématiquement et elle tend à le faire, illustration du livre et du journal, illustration par l’affichage et le musée, éducation par le dessin dès le jeune âge et accompagné de l’image à tous les degrés de l’enseignement.

Les images se classent en réelles, possibles, imaginables.

Les grands traités employent simultanément la photographie qui est exacte, le dessin qui est interprétatif et le schéma qui réduit à l’essentiel.

On a traité antérieurement de l’image en général. On s’y réfère ici (voir n° 22.3 et les divisions).

  1. Le monde en image

Il n’est pas exagéré de dire qu’aujourd’hui. avec plus ou moins de perfection, de rigueur scientifique, de goût artistique, le contenu du vaste monde accessible à 1 homme a été largement photographié. Il continue à l’être si bien que la pensée doit envisager l’existence d’une Documentation Iconographique Universelle (en prototype ou reproduction) à côté de la Documentation écrite (manuscrite ou imprimée). Dans divers domaines on a insisté sur ce qu’il y a lieu de voir photographié pour protéger les documents naturels, les restes du passé contre les altérations ou la disparition. D’autre part, devant l’étendue du savoir il devient nécessaire de trouver de nouveaux moyens pour s’instruire. Or l’image peut servir d*i base à un nouveau langage permettant une assimilation plus générale, plus facile et plus prompte. Un nouveau labeur s’impose: enfermer dans la série des images toutes les idées qui peuvent y être enfermées.

  1. L’Iconographie: science de l’image

L’Iconographie est la science des images produites par la peinture, la sculpture et les autres arts graphiques. Elle tend à devenir de nos jours la science de l’image en général, quel que soit son mode de production.

L’Iconographie chrétienne est la première qui ait été réduite en corps de science.

L’Iconographie est aussi le terme qui exprime l’ensemble des documents iconographiques.

Pour les âges où manquait la photographie d’aujourd’hui, on possède fresques, sculptures, bas-reliefs, gemmes. inscriptions, grafittes. papyrus, mosaïques, fonds de coupes, etc. Leur témoignage n’est ni moins formel ni moins précieux que celui des textes. L’ensemble concourt à offrir la synthèse de l’histoire du changement de la vie.

Dans le passé tout le travail iconographique des artistes constituait la lecture du peuple: le livre n’existait pas; le journal moins encore.

De grands recueils ont vu le jour. Le premier en date est de Mazzochi qui publia en 1517 un recueil intitulé c lllustrium Imagines.[^Les ouvrages zoologiques d’Aristote étaient accompagnés de dessins. Quand la description devient difficile l’auteur renvoie à la figure qui entoure le texte. Ces images souvent représentent des parties qu’on a reconnues que par dissection.] Les recueils depuis se sont succédés.[^Exemples de Recueils d’iconographie. // Errera, Isabella. Répertoire abrégé de l’Iconographie. 20 vol. environ. // L’Allgemeiner Bildneskatalog de Hans Wolfgang Singer va comprendre de 8 à 10 volumes, renseignant sur cent mille portraits de plus de 25,000 personnes, de tous pays c: de toute époque. Il utilisa 18 collections de portraits en Allemagne. // Leach (Howard Seacov). Princeton’s Iconographie ind *x (lu L. J. 50 1925. p. 208–10). // Ribemont-Dessaignes, A. 1910. Iconographie obstétricale, fasc. I à III, 242 4. Publications iconographiques.]

L’ouvrage récent, Botanical Pen-Portraits de MM. J. N. Moll et H. H. Janssonius (La Haye Nyhoff) est un exemple typique de la substitution de dessins aux descriptions verbales (texte).

On a réalise des collections de portraits. Par ex.: Por-tratsammelung der Nationalbibliothelc). La base est le portrait ou personnage représenté, peu importe le procédé du document: gravure, dessin, photographie. Ces collections ont à procéder par référence à d’autres collections établies séparément. & raison de la matière (par ex.: la médaille, le tableau peint), de la forme (par ex,: le buste ou le relief) ou des dimensions (par ex.: portrait en pied.

Le Comité International des Sciences historiques a décidé une enquête auprès des historiens de différents pays sur l’organisation de ln documentation iconographique en particulier au sujet des méthodes de classement.

On a créé en Hollande un «Rijks Bureau voor Kunst-historische en iconografische Documentatie».

De nos jours des collections ont été formées d’images de toute espèce et sur tout sujet, élargissant la conception ancienne du Cabinet des Estampes, jusqu’à y comprendre aussi les photographies. Il faudrait leur réserver le nom d’«Iconothèques».

  1. Publications iconographiques

L’image trouve sa place dans toutes les Publications dont elle vient illustrer le texte. Mais il est aussi des publications d’images et des recueils d’images. Les publications exclusivement iconographiques se multiplient. Elles prennent la forme de livres, d’albums, d’atlas. A l’inverse de l’ouvrage illustré où le texte demeure l’essentiel, ici les indications écrites sont simplement l’accessoire. (Ex.: Les publications de Boisonnas. L’Index iconographique des maladies de la peau, du Dr Châtelain, etc.).

  1. Collections iconographiques

Avec force motifs, on a demandé l’extension et la multiplication des collections de photographies documentaires (archives photographiques). On a proposé que dans toutes les bibliothèques, une place leur soit faite à côté des estampes ou en combinaison avec les estampes. On a émis le vœu que les Offices de Documentation de chaque science se préoccupent de réunir systématiquement toute l’iconographie de cette science. On a indiqué cette dernière tâche comme devant être spécialement celle des organisations internationales (voir par exemple ce qu’a commencé à faire l’Institut International d’Agricul-ture de Rome). On a envisagé la formation d’une Collection Universelle en liaison avec la Bibliothèque mondiale d’une part, avec l’Encyclopédie Universelle d’autre part. Désireux de travailler dans la mesure de ses possibilités à défricher le vaste champ de la Photographie documentaire, l’Institut International de Bibliographie a envisagé, ces desiderata dans les études préparatoires et les premières réalisations de l’Encyclopédie documentaire. Il possède actuellement une collection d’environ 150 mille documents photographiques montés sur feuilles et sur fiches, classées par matières et organisées comme partie graphique de son Encyclopédie documentaire. Celle-ci est elle-même formée de dossiers et de documents mobiles et tend à répondre à ces desiderata: compléter les grandes encyclopédies publiées, être développée continuellement et sans fin, contenir les documents de toute origine et non l’opinion d’un seul auteur, constituer pour l’étude de chaque question un dossier international comparé, utiliser par découpage les articles des revues et journaux dont l’importance documentaire, comme source indicative tout au moins, grandit chaque jour. «Il y a lieu d’établir ou de réaliser de grandes collections intégrales d’images d’après un plan méthodique et d’aboutir à la confection d’une vaste encyclopédie imagée qui instruira tout en amusant, montrant tour à tour la genèse des choses, la composition des objets. la heauté de leurs formes, l’évolution des êtres, la fabrication et la disposition des produits». (François David, Encyclopédie d’images, p. 8.)

Il faut organiser des Archives Photographiques générales où les artistes et les savants, les érudits et les publicistes, les artisans et les ouvriers puissent trouver ce qui leur est nécessaire pour l’étude, pour le cours, pour le livre, pour le journal, pour le travail.

On a commencé à établir à l’I. I. B. un Dictionnaire iconographique décimal sur fiches, offrant une illustration type de chaque chose représentée dans la Classification Décimale. Il ne suffit pas de posséder une photographie de chaque chose; les choses changent d’aspect (villes, sites, personnes, etc.). Leur histoire est enregistrée dans des photos successives.

  1. Index iconographique universel

Les Congrès internationaux ont préconisé l’établissement d’un Index Iconographique Universel, relevant les images dessinées, gravées, photographiées, séparées ou jointes aux ouvrages, en donnant la liste par auteur et par matières traitées, indiquant les lieux de dépôt. Des travaux remarquables existent dans cet ordre d’idées. Par ex.: 17ndex locuplctiaaimus iconum botanicarum, VIndex of Portraits de la Idbrary of Congress. L’élaboration des index particuliers devrait être répartie par pays, par matières, par époques, selon un plan d ensemble à la manière de la Bibliographie. Une méthode commune devrait être adoptée (règles catalographiques. formats, classification). Un Index Central sur fiches devrait concentrer, au premier stade, l’Index des Index, au second stade la Somme des Index. A raison des affinités étroites entre l’un et l’autre, l’Index Iconographique Universel doit être rattaché au Képertoire Bibliographique Universel. (Voir Code des Rêgles n" 63.)

  1. Collection de clichés, cuivre, bois

A raison de leur intérêt, de leur valeur, et du coût de production, on est amené à conserver les clichés ou matrices des images qu’il s’agisse de dessins, gravures ou photographies.

Les clichés ont diverses (ormes: les plaques de verre négatives, les diapositives pour projection, les simili ou photogravures destinés à l’impression. Des mesures doivent être prises pour les conserver car ils constituent une valeur réelle et ils sont de nature, par le prêt, à améliorer, grandement l’Enseignement, les conférences, les publications. Il y a aussi les bois et les cuivres. On a récemment mis en lumière l’importance des grandes chalcographies nationales, formées de cuivres gravés (notamment celles du Louvre à Paris).. Un mot français unique manque pour dénoncer semblable collection. Le Buffalo Museum of Science, qui a 70,000 clichés avec manuscrits descriptifs, l’appelle «Lantern SUde Library».

242.32 Dessin

  1. La sculpture, la peinture, l’architecture sont fondées sur le dessin, qui n’est pas moins nécessaire aux arts industriels qu’aux beaux-arts. Tout le dessin est dans le contour et le profil des objets. Selon les moyens employés, on distingue le dessin au crayon, au pastel, à l’estompe, à la plume, etc. Au point de vue de l’exécution, le dessin est une simple esquisse, un croquis, ou bien une étude, une académie, un carton. On distingue aussi le dessin au trait seulement, et le dessin ombré, le dessin lithographique pour gravure. La propriété des dessins de fabrique est protégée pa* la loi. Par des procédés mécaniques, on produit aujourd’hui des copies réduites et très précises de dessins donnés. (Voir n° 222.31 sous 5 à 8.)

  2. La caricature joue un grand rôle. Il se rencontre parfois «qu’une illustration de journal renferme dans le hasard heureux d’une caricature le résumé de toute une situation politique ou sociale». (Bourget.)

    242.33 Gravures. Estampes

  3. Notion

  1. Les gravures et estampes sont la reproduction obtenue par l’impression d’une plaque de métal, ordinairement en cuivre, sur laquelle on a tracé au moyen d’un burin, d’acide ou d’autres procédés mécaniques, des dessins et des figures.

En imprimerie on oppose «gravures» à «composition», les premières se faisant par tous les procédés de la clicherie, la seconde par des caractères typographiques.

  1. Gravures, estampes, lithographies et autres produits des arts graphiques présentent un caractère réellement artistique. Elles sont en taille douce, au burin, à l’eau forte. Elles «ont en noir ou en couleurs. Elles existent en exemplaire unique ou en plusieurs exemplaires. Elles sont des œuvres d’art ou ont un caractère commercial, comportant annonces, réclames ou indications de cette nature. Elles sont généralement tirées sur papier spécial et, lorsqu’il s’agit de tirages limités, elles portent le plus souvent un numéro de tirage et la référence ou la signature de l’auteur.

«Avant la lettre», c’est l’expression artistique et d’atelier qui désigne un tirage de l’œuvre entièrement achevé en ce qui concerne le dessin, les contours et les ombres, mais qui ne porte ni signature, ni devise, ni légende. Le graveur en tire seulement quelques exemplaires et ensuite complète la planche avec la gravure de la lettre.

  1. Les gravures se présentent comme des suites d’illustration, parfois des tirages a part ou des séries de gravures publiées soit en album, soit séparément.

La gravure, par tous ses modes de reproduction et par son succédané la photographie, est utilisable sous des formes variées. La démarcation est difficile entre l’estampe proprement dite et le livre illustré. Entr’eux se présente le recueil d’rstampes format album, donc livre. Il y a aussi des livres à images imprimés d’un seul côté et où le texte n’est que l’accessoire des figures.

Certains ouvrages comportent des planches illustrées isolées, en portefeuille ou reliées à part. Ainsi fréquemment les ouvrages traitant d’architecture.

Les bons graveurs sur bois, tout en créant des œuvres indépendantes, aux valeurs éminemment décoratives, deviennent simultanément des illustrateurs de livres et sont même amenés à créer des livres xylographiques.

  1. La gravure est à étudier à un double point de vue: en tant que forme documentaire; en tant qu’œuvre d’art (étude des artistes, dessinateurs et graveurs, qui se sont distingués dans la création indépendante, la reproduction d’œuvres d’autres artistes ou la simple illustration des livres).

  1. Histoire

La gravure a une longue histoire. La xylographie est l’impression faite sur planche de bois gravé. Les livres imprimés par ce procédé se disent les xylographes. Ils n ont ni date, ni signature; ils sont presque toujours les résumés très sommaires de grandes œuvres destinées au peuple et accompagnées d’images pour mieux retenir son attention. La gravure a eu des hauts et des bas (voir n® 222 31).

Depuis quelques années, il se produit une sorte de renaissance de la gravure, sur bois et au burin. Elle laisse aux procédé» photomécaniques ce qu’ils peuvent mieux réaliser maintenant; mais elle donne à l’artiste inventant lui-même son œuvre, le moyen de la concevoir en fonction de la technique. De nos temps l’expression directe et synthétique d’une émotion subjective va remplaçant la recherche de la transposition raffinée et analytique de l’observation objective.[^Louis Lebeer. Introduction de l’œuvre de Joris Minne. (Bibliothèque Royale de Belgique. Exposition 22 avril 1933.) Voir aussi l’œuvre de Max Elskamp.]

  1. Ethnologie

Chez les Orientaux la gravure occupe une place importante et n reçu des développements.

Les «Kakémonos». pièces en hauteur de dimensions variables, tableaux que l’on suspendait aux parois intérieures des habitations. Les «Makimonos» sont des bandes horizontales plus étroites d’une longueur atteignant parfois quinze mètres, que l’on conservait en rouleaux et qui représentaient des sujets d histoire, des légendes religieuses, des fantaisies de toute nature se divisant en une succession de multiples fragments complémentaires.

Il y a aussi la chromoxylographie (impression en toutes couleurs).

Les «Sourimonos» sont des impressions en toute couleur avec adjonction des couleurs métalliques (or, argent, bronze, étain et noire). Pour produire de telles estampes il a fallu une succession d’au moins 25 clichés divers.

  1. Conservation. Classement.

Les gravures se conservent de diverses manières: en portefeuilles et layettes, en albums reliés, dans des meubles spéciaux à tiroirs ou sur des porte-folio.

Les gravures sont souvent encadrées. Le cadre parfois est lui-même une œuvre d’art. De toute manière il doit être en harmonie avec l’œuvre et n’être qu’un accompagnement à l’objet encadré et non la chose principale. Le cadre doit se plier aux exigences de la gravure et non pas l’inverse. La gravure coupée ou pliée est diminuée considérablement en valeur marchande.

  1. Catalographie

La catalographie de la gravure a réalisé des œuvres considérables qui prennent place à côté de celles de la bibliographie et souvent en annexe de celle-ci. Des règles ont été établies pour la description et le classement. Cette catalographie entre dans la voie de reproduction» réduites. Ex. Hugo Smidt Verlag a entrepris la publication du catalogue de gravures de Gersberg: la gravure allemande sur bois en feuiUes détachées. Le catalogue comprendra les 1,600 reproductions de gravures de l’œuvre en dimension» réduites d’environ 1/5, 1/8, I /10 de la grandeur originale.

  1. Calcographie

La calcographie, nom ancien pour désigner les collections de cuivre gravé conservé pour la reproduction. La calcographie du Louvre est un trésor précieux et trop peu connu. Il est des calcographies dans beaucoup de pays. L’Institut de Coopération Intellectuelle a organisé dans diverses capitales des expositions de calcographie.

242.34 Affiches

  1. Notion

L’affiche illustrée (le placard colorié) est une des espèces d’un genre constitué par les vues murales en général. Celles-ci comprennent aussi toutes les peintures sur mur, panneaux et palissades ayant le même but que l’affiche. On assigne aux unes et aux autres d’aguicher l’œil et d’être des fenêtres ouvertes sur l’activité des hommes et sur les beaux paysages.

Les affiches sont des schémas, des symboles: ils attirent par une illustration qui doit évoquer des objets, des produits, des sites.

  1. Histoire

C’est encore à Renaudot que l’on doit les Petites-Affiches. Elles commencèrent de paraître en 1638, disparurent a la mort de leur fondateur (1653), mais reparurent en 1715. La publicité devait aller toujours plus grandissant. Aujourd’hui le gouvernement et les particuliers ont fréquemment recours aux affiches proprement dite». Seules les affiches du gouvernement peuvent être imprimées sur papier blanc; les autres sont imprimées sur papier de couleur et soumises à un droit de timbre assez élevé.

Les premières affiches sur papier étaient manuscrites. Elles se sont montrées en France au XVI° siècle pendant les guerres de religion. Elles trouvèrent tout aussitôt leur véritable place, les murailles. Les partis ne se taisaient point faute d’en appliquer partout, soit secrètement, soit ouvertement. Le siècle suivant vit les premières affiches imprimées.

  1. Pays

L’affiche triomphe; aux États-Unis, c’est la publicité qui a donné tout l’essor à cette traduction de la pensée. En cela l’objectivité de la langue anglaise l’a puissamment servie, martelant doublement dans notre intellect le concept qu elle veut traduire.

L’affiche (placard) a joué un rôle important dans l’éducation du public en U. R. S. S. Elle a servi au passage de l’économie paysanne à des procédés progressifs d’agriculture, elle lutte contre l’analphabétisme, pour la meilleure hygiène, pour la productivité du travail. Elle ne se borne plus à quelques figures laconiques ni suggestives ni aux appels. Elle prend un caractère didactique, offrant des données sur telle ou telle forme de la vie économique, expliquant par des diagrammes la marche de tel ou tel processus économique. Beaucoup d’affiches «adressent aux nationalités de l’U. R. S, S. en leur langue matérielle.

L’image qui a été un précieux moyen pour l’enseignement de l’enfant doit le rester pour la foule des illettrés et des moins lettrés.

  1. Espèces

Il y a les affiches publicitaires (commerce), les affiches administratives, les affiches politiques et électorales, les affiches du tourisme.

On imprime des affiches sur toile atteignant de grandes dimensions (pat ex. celle pour le roman /4nn Fichera, dr Sinclair Lewis, prix Nobel. 3 m. X 0.45).

Lescompagnies de chemins de fer publient des affiches sur les villes et les sites de leur réseau. Les gares sont devenues ainsi des sortes de salons de peinture. On a créé des types de grandes affiches photographiques.

  1. Affiches politiques

En tous pays maintenant la propagande politique et en particulier les élections se font à coup d’affiches.

Aux élections présidentielles aux États-Unis, on fait usage d’affiches, de journaux et de placards aux couleurs éclatantes, tendant à attirer, à impressionner les électeurs par des appels brefs et des phrases lapidaires. Des chars à bancs parcourent les avenues et les rues, montés par de bruyants orchestres et des agents électoraux qui exhibent des pancartes avec toutes sortes d’ins­criptions recommandant leur candidat. Certaines organisations démocratiques ont imaginé un transparent gigantesque haut de plusieurs étages et que véhiculent trois camions automobiles. Toutes les dix secondes ce transparent s’éclaire électriquement et on peut lire des inscriptions en lettres énormes, tour à tour rouges, bleues et blanches. La foule, nuit et jour, est influencée par la réclame des partis qui frappe ses yeux, ses oreilles. Les affiches, les éditions de journaux, la caricature se succèdent.

L’Angleterre a pris des mesures, au cours de la guerre, pour l’étude des ressources économiques de l’Empire et créer un mouvement pratique d’affaires pouvant lui permettre de remplacer par les produits de l’Empire ceux qu elle retirait auparavant des empires centraux.

C’est l’lmperial Institute de Londres, associé ou Colonial Office et aux Chambres de Commerce de l’Empire qui a incité ce mouvement.

Des expositions d’affiches électorales comparées ont été organisées au Palais Mondial.

  1. Lisibilité des affiches

Des expériences sur la lisibilité à distance des affiches ont donné l’ordre suivant des couleurs: 1. noir sur

jaune; 2. marron sur chamois; 3. noir sur chamois; 4. jaune couvrant sur rouge; 5. jaune sur vert sombre; 6 noir sur orange, etc.

  1. Edition, vente des affiches

Jusqu’ici les affiches illustrées ne sortaient pas du domaine publicitaire. Voici qu’on les édite régulièrement. Les compagnies de chemins de fer français ont fait exécuter ces documents par des maîtres de l’affiche et elles les offrent en vente au public à des prix forts réduits.

(*) De l’affichage politique. Conseils pratiques pour la rédaction, l’apposition et la protection des affiches, jurisprudence et texte de loi sur la presse, publié par le Comité des droits de l’Homme et du Citoyen. Montpellier, 1895, in-166°.

242.35 Blason: héraldique

  1. Blason

Le blason remonte à la plus haute antiquité: on le connut chez les Israélites, chez les Grecs. Mais le blason proprement dit a pris naissance au moyen âge. au moment des croisades. La Renaissance y fit grand honneur. Sous Louis XIV chacun voulut avoir ses armoiries.

Abolies à la Révolution, les armoiries furent rétablies après.

Le blason est tout un système de signes emblématiques c’est une notation. On y distingue l’écu, les émaux, les figures héraldiques ou pièces honorables, les ornements intérieurs ou meubles, etc. L’écu est le champ sur lequel sont placées les armoiries et qui représente l’ancien bouclier. En France, il a d’ordinaire la forme d’un rectangle posé droit et terminé en bas par une petite pointe vers le milieu. Il prend le nom d’échiquier, quand il est divisé en cases d’échiquier (au nombre de 20 ou 24)f les unes de métal et les autres de couleur. Le tiers supérieur de l’écu s’appelle chef; le milieu, centre; le bas, pointe. Il peut être divisé de quatre manières (partition»); par une ligne perpendiculaire médiane (parti); par une ligne horizontale (coupé); par une diagonale de droite à gauche (tranché); par une diagonale de gauche à droite (taillé). Les émaux comprennent les 2 métaux (or et argent); les six couleurs: l’azur (bleu), le gueule» (rouge), le sinople (vert), le sable (noir), l’orané et le pourpre (violet); les deux fourrures: l’hermine (blanche) et le voir (bleu). Les figures héraldiques ou pièces honorables sont: le chef, la faace, le pal, la croix, la bande, le chevron, etc.; on en compte 19.

Les ornements intérieurs ou meubles sont les figures naturelles ou artificielles d’hommes, d’animaux, de plantes ou d’autres choses: alérions, merlettes, tour», étoiles, besant», etc. Ajoutons encore les ornements extérieurs: casque ou timbre, couronne, lambrequin», rapport».

Parmi les espèces d’armoiries, on remarque: les armoiries de villes, que les communes adoptèrent lors de leur affranchissement ou en quelque autre circonstance; les armoiries de société» ou de corporation» (universités, corps de marchands, etc.); les armoiries de famille», de beaucoup les plus nombreuses. Elles sont dites brisées quand les cadets les modifient pour se distinguer de la branche aînée; diffamées si le roi leur a imposé une modification injurieuse; à enqueere ou fausses, si elles violent íes règles ou la vérité; parlante», si elles désignent les noms des possesseurs. Autrefois le juge d’armes composait les armes Hes nouveaux anoblis.

  1. Héraldique

Le Bfason fut longtemps regardé comme une science et même, à une certaine époque, c’était la première de toutes les sciences aux yeux de ceux qui occupaient le premier rang de la société. Cette science avait pour objet la description et la composition des armoiries que chaque famille noble se transmettait de père en fils comme le signe éclatant de sa noblesse et de son ancienneté. Elle était enseignée par les hérauts d’armes qui avaient pour principale fonction de décrire l’écu des chevaliers lorsqu’ils se présentaient pour combattre dans les tournois. Or, comme il s’y présentait des chevaliers de toutes les nations, il s’en est suivi que les termes devinrent identiques partout.

242.36 Cartes postales illustrées. Cartes à jouer. Ex-libris

242.361 Cartes postales illustrées

  1. Les cartes postales illustrées ont pris un développement considérable. Elles font l’objet d’un commerce im-portant et de collections. Elles sont de genres variés. Les unes tirées sur papier du bromure d’argent et similaires ont une valeur sensiblement supérieure aux cartes ordinaires. Les autres sont agrémentées d’accessoires en matières textiles, fleurs artificielles etc. Les cartes postales se présentent isolées, brochées en carnets, en feuilles.

«Expression de la vie, la carte postale en est le panorama raccourci. Baptême, première communion, fia rimailles, mariage, joie de la maternité et de la paternité, l’art d’être grand’père, enfin le divorce. Pas encore de mort «le divorce marque en cartes postales la dernière étape d’une vie de conte bleu.» [^Alice Halickon. Panorama de la carte postale. Le Musée du Livre. Bulletin, mars 1932, p. 43.]

  1. On a reproduit en cartes postales les monuments, les musées d’art et les autres musées.

a il y a les cartes postales fantaisistes, l’écœurante féerie de chromos, les paysages neigeux qu’entourent des soleils et des lunes invraisemblables, des amoureux ù la framboise, des jeunes gens qui souhaitent une bonne Icte avec un bouquet de roses et un air bête, — mais a côté, les jolis visages et les fleurs photographiés rehaussés de justes couleurs.» (Marius Richard.)

  1. Les cartes postales sont reproduites au bromure par (impression et par l’héliogravure, la phototypie, le double ton, les procédés photochromatiques, l’offset. Certaines maintenant du format 6×9 donnent l’illusion parfaite de la photographie d’amateur. On vend les caries postales par séries de 10 à 20 vues.

  2. Autrefois on les collectionnait. On les glissait avec précaution dans des albums. Aujourd’hui la vulgarisation a tué la collection, mais on conserve les cartes à raison des souvenirs qui s*y rattachent (aide-mémoire).

    242.362 Cartes à jouer

Les cartes à jouer constituent en un certain sens des documents. Elles portent des images et des mentions qui ont donné lieu à d’intéressantes études de folklore. Dans beaucoup de pays les cartes à jouer sont l’objet d’un monopole d’État ou d’impôts spéciaux.

Les cartes ont tous les formats, les jeux se composant ordinairement de 32 ou de 32 cartes. Elles sont imprimées sur carton, bristol; il en est sur celluloïd. Aux jeux de cartes se rattachent les tarots. Ce furent les premières cartes inventées pour sarvir d’amusement. On croit qu’ils vinrent de l’Asie comme les échecs, avec lesquels ils présentent quelques points de ressemblance. Ils furent introduits en France vers la fin du XIIIe siècle. Outre les 32 cartes ordinaires, les tarots avaient une cinquième série comprenant 22 figures représentant les atouts ou les triomphes et portant plus spécialement le nom de tarots. On a trouvé en Chine Je matériel d’un jeu qui se composait de 77 tablettes et qui. pense-t-on. peuvent avoir servi de type au jeu des tarots. On joue encore ce jeu dans certaines parties de l’Allemagne et de l’Italie.

242.363 Ex-Libris

Les Ex-Libris présentent deux caractères. 1° Celui de leur fonction: être une marque de propriété combinée éventuellement avec la cote de l’ouvrage et d’autres indication» y relatives. 2° Le caractère d’une œuvre d’art, gravure, estampe.

Les ex-libris, les marques d’imprimeurs, les frontispices avec leurs vignettes pariantes et leurs motto suggestifs, disent bien les aspects multiples du livre.

(*) Jardere, H. — Ex-libris. notices historiques et critiques sur les «ex-libris» depuis leur apparition jusqu’à 1894. — Paris, 1895.

242.37 Photographie

  1. Notion

  1. La photographie est l’art de fixer sur une plaque couverte de substance impressionnable à la lumière, les images obtenues avec l’aide d’une chambre obscure. Llle est une méthode permettant d’obtenir par l’action de radiation«visibles ou invisibles l’image durable d’un sujet. (E. Picard.) La reproduction de cette image s’appelle aussi photographie.

  2. La photographie est donc l’«écriture à l’aide de la lumière» (photo-lumière, graphein-écrire). Depuis son invention elle a répondu de plus en plus à cette définition. Il y a maintenant trois manières d’écrire un texte ou un dessin: à la main, à la machine (dactylographie ou imprimerie, grande et petite), à la photographie. Lamartine définissait la photographie une collaboration de l’artiste avec le soleil.

La méthode photographique est appelée à remplacer de plus en plus la méthode visuelle. L’objectif, la plaque ou le film, le papier sur lequel l’image reproduite parvient a être fixée, sa multiplication en documents photographiques, c’est là un processus véritablement amplificateur de l’œil et amené à se substituer à lui. non seulement dans l’observation scientifique, mais dans la vie pratique (Travail. Education, Récréation). 2. Historique

Ce qui a été, laisse quelque part quelque trace et. à la condition de trouver un réactif suffisamment sensible, on peut avoir l’espoir de le décéler. Le moindre rayon de Ju/nière, la moindre vibration de l’éther, peut-être la pensée elle-même, peuvent s’inscrire et produire une empreinte ineffaçable. «Qui sait, disait Marcelin Berthe-lot, si un jour la science avec ses progrès ne retrouvera pas le portrait d’Alexandre sur un rocher où se sera posée un moment son ombre.»

Les étapes du développement de la photographie sont ceffes-ci: f0 Fixation des images obtenues sur métal (Daguerréotype 1838); 2° épreuve sur papier (1839); 3° négatif sur verre permettant de tirer un nombre infini d’épreuves sur papier (1845); 4° plaques recouvertes d’une émulsion à la gélatine pour remplacer le collodion; 5° accroissement de la sensibilité de la plaque réduisant le temps de pose; 6° obtention de belles épreuves par addition aux émulsions de matières colorantes: plaque orthochromatique et panchromatique; 7° application de la photographie à tous les domaines scientifiques et industriels; 8° utilisation des prises de vue photographiques pour le lever exact et rapide d’une carte (photogram-métrie) combiné avec l’avion (photoplan); 9° la photographie des couleurs ou photographie intégrale, Lippman (1908); 10° la photographie des couleurs dites interfé­rentielles (méthode Trichrome) procédé des plaques au’ochromes avec 6 à 7.000 grains par millimètre carré; IL les filmcolors, des pe’licules autochromes dont le support est une feuille de celluloïd.

  1. Espèces de photographies

  1. On a il série des termes suivants: a. négatives ou positives; h. noir ou couleur; c. plane ou en relief (sté-réogrammatiques; d. original – diapositive sur verre ou film-pellicule – photographie ou photogramme; e. cliché typographique ou photogravure; f. normale, microscopique, macroscopique (réduction et agrandissement); g, statique ou en mouvement (cinéma, dynamique); h. à voir ou à projeter; i. muette ou sonore.

  2. La photographie a donné lieu à bien des modalités: a. agrandissement ou réduction; b. combinaisons variées des photographies entre elles, les création» imaginatives, le mouvement; c. les photographies donnent lieu à plusieurs types d’impression: séparées et par elles-mêmes, en album de vues, illustrant les publications elles-mêmes accompagnées de textes descriptifs, éditées sous la forme à projeter.

  3. Comme documents, on distingue la photographie d’art, la photographie d’amateurs et la photographie industrielle. Comme sujet, on distingue les photographies d’art, les photographies industrielles, les photographies documentaires et scientifiques.

  1. Le domaine de la photographie

  1. On peut dire que la photographie est une manière d’écrire basée sur les principes mathématiques, physiques et chimiques. La photographie est la plus importante des machines intellectuelles inventées par l’homme. Non seulement elle reproduit, mais elle produit les documents et représente la réalité directement sans l’intermédiaire d’un cerveau. En faveur de la photographie, il y a la présomption qu’elle ne peut pas tromper, qu’elle est un témoin irrécusable et irréfutable, qu il n y a pas à faire la part de l’«équation personnelle». La photographie a donc fait reculer le dessin. D’autre part elle doit lui laisser un champ propre, ce que la photographie ne peut pas rendre, à savoir: 1° condenser en un même

tableau toutes les idées que comporte un ensemble de divisions dr la classification et dont le sujet» ne se trouve pas ainsi condensé dans la nature des choses. En cherchant à réunir sur une même image toute une série d’idées, le dessin doit s’appliquer à donner à l’idée exprimée toute sa valeur instructive. Ex.: la photographie nous montre un arbre avec son développement dans l’air, tandis que le dessinateur peut nous le faire voir en plus avec ses ramifications dans le sol. 2° Rendre l’expression des sentiments, matière que l’appareil photographique n‘a pas facilement l’occasion de saisir dans toutes ses nuance». Le plus souvent les peintures auront pour mission de distinguer pour le fixer au milieu d’un ensemble d action, le trait le plus caractéristique, à la fois plus abondant en idées, le plus suggestif et le plus assimilable. 3° Réaliser des créations imaginaires. (David.)

La photographie d’objets matériels et des sciences est souven’. froide et schématique, tandis que le dessin peut être chaud et détaillé, rend souvent ce que l’objectif n’aurait pu saisir. Un artiste sent, redit et fait rendre à travers le dessin et la peinture l’essence intime de la vie qu’il veut exprimer.

  1. La photographie est le moyen de représentation le plus réaliste, celui dont l’objectivité mécanique atteint la plus précieuse approximation lorsqu’il s’agit d’ob‘enir de la nature une image à deux dimensions. Elle remplace, le relief par une perspective et fournit à la lumière et à l’ombre des équivalents. L’œil humain est soumis à l’imperfection en même temps qu’à la sensibilité de tout organisme. D’où pour lui d’innombrables variantes dan^ l’analyse de la lumière et des formes qu’elle revêt, autant que dans l’interprétation de leurs rapports. L’instrument au contraire en fixant un instant de (’état lumineux d’un objet ne subit aucune de ces infériorités, aucune de ces émotions. Avec régularité, il obéit impartialement aux seuls principes arithmétique et physique de son invention et de sa fabrication.

Il y a la photographie scientifique, exécutée avec le maximum d’impcrsormalité et dépendant du raisonnement et de la logique; il y a la photographie dite d’art guidée par un choix, sentiment ou émotif. «La machine en général a permis de pénétrer dans un monde nouveau; le passage de l’inconnu à la conscience opéré par lui est accompagné d’une étrange sensation d’irréalité, s L’œif inhumain d’un objectif peut voir et fixer des aspects inconnus, parce qu’ils n’existent que pendant la fraction ds seconde que dure l’acte de la photographie, que l’œil humain ne saurait voir ou concevoir que dans une certaine mesure, sous un certain angle et d’une certaine façon.

  1. La photographie élargit le domaine de la documentation non seulement par ce qu’elle reproduit des docu-ments. mais parce qu elle en produit, tantôt par des meilleurs procédés, tantôt en atteignant des domaines inaccessibles autrement; photographie aérienne ou sous-marine. agrandissements, aspects nouveaux.

  1. Technique de l’image photographique

  1. Verre ou celluloïd, il s’agit d’un support sur lequel est posée la matière sensible: l’émulsion. Film ou plaque ht sensibilité aux couleurs est capitale. C’est la traduction des couleurs dans leurs proportions optiques, c’est-à-dire exactes. On désigne cette propriété par le mot et ortho-chromatique»

  2. On peut comparer une image photographique à une image visuelle qui s’est gravée sur la rétine de l’œil d’une personne et qui. par la réalisation d’une merveille scientifique, peut de nouveau impressionner d’une façon identique d’autres individus éloignés d’une distance quelconque de l’objet primitivement vu ou après un temps illimité. L’image photographique est absolument complète, elle reproduit les plus petits détails des objets, elle retrace tout ce que la vue est à même de saisir. Dans le dessin graphique, au contraire, quels que soient la patience et le talent du dessinateur, il y aura toujours des détails oubliés ou indiqués d’une façon incomplète. La rétine de l’objectif est bien autrement puissante que celle de l’œil humain. Dana un grand nombre de cas, il photographie constitue un véritable moyen mécanique de vision beaucoup plus parfait que celui possédé par l’homme dans ses organes visuels: les yeux. Elle permet l’inscription des phénomènes d’une durée extrêmement courte ou extrêmement éloignée ou petits (photographie microscopique ou macroscopique). Une collection d’images photographiques représente au plus au point l’emmagasi-nement des images dans le cerveau, emmagasinement qui, on le sait, constitue la mémoire et donne des matériaux à toutes les fonctions intellectuelles. Un casier de photographies nous représente le ¡schéma d’un lobe du cerveau. L’objectif est seul capable de voir et de dessiner juste, sans interprétation et sans erreur. Et c’est en cela que la photographie a opéré une révolution dans le monde en créant le seul procédé capable de faire une copie véritable. Tout document exact doit donc, si c’est une copie, provenir d’une photographie.

  3. On a procédé à des retouches, des suppressions, des collages, du photomontage. Toutes les altérations de la photographie primitive sont à connaître du point de vue de la photographie documentaire; elles sont des moyens d’art et de poésie du point de vue de la photographie artistique.

  1. Établissement des documents photographiques

  1. Les photographies documentaires doivent répondre à certaines conditions. On a commencé à les déterminer dans les divers domaines des sciences. Par ex.: pour la photographie astronomique, pour la photographie archéologique (Précis d’Archéologie du moyen âge, de Brutails, ch. VI), pour l’architecture (J. Jamin: Congrès international de Photographie. 1910). Il est désirable de voir rattacher ces recommandations particulières à des règles générales. (Voir Code n° 64.) La photographie scientifique exige des points de repère pour le calcul. De là tout un développement, la Photométrie ou Photo-gramétrie.

  2. Il demeure essentiel à la photographie d’obtenir des images exactes. La niéJ ode décrite par M. L. Estanave (Académie des Sciences, Paris, 16 juin 1930) lui a permis d’obtenir l’image aérienne du sujet, visible à toute distance et présentant en vision binoculaire tous les caractères de la photographie intégrale, image unique, en grandeur naturelle avec son relief et la même variation de champ qu’on observerait si l’on se déplaçait devant le sujet lui-même.

  3. Les C ongrès ont réglementé déjà largement les formats des plaques, des appareils, des épreuves stéréoscopiques, des fiches, etc. La standardisation apporte d’heureux résultats, Il y a lieu de l’étendre aussi aux publications et collections et d’intégrer les formats de la photographie a la série des formats de la Documentation générale, De grand format (tableau), moyen format (feuille), petit format (fiche), format film (microgramme) ou formats métriques intermédiaires.

  4. Mais la copie photographique va révolutionner toute la documentation. En dehors des manuscrits, elle va per-mettre de réduire les prêt», les envois à l’étranger, les voyages mêmes aux grands centres dont les périodiques ne doivent pas sortir, ne sont moyen efficace que dans des cas d’exception. On voit les bibliothèques se doubler d’un service photographique qui va transformer les grands dépôts et les collections spéciales non plus en salles de travail, mais en centres d’émission, d’où les documents rayonneront (Morel). Deux voies sont ouvertes: La copie photographique à grandeur réelle. La copie à réduction (le livre microphotographique, le microfilm).

Un appareil nouveau, construit comme un appareil d’agrandissement du microphote, permet d’obtenir la photocopie des manuscrits, au recto et au verso, d où économie de papier et de place. e) Les photocopies peuvent être de véritables extraits. Elles sont en tout point l’équivalent de copies à la main qui auront été faites dans un livre ou dans une encyclopédie (texte ou image). Mais ce sont des extraits disposés dans l’ordre désiré, si bien qu’en réalité on peut se trouver en présence d un exposé nouveau, d’un véritable livre nouveau, qui n’a jamais été écrit antérieurement* mais dont la pensée qui choisit les documents a pu concevoir le plan, les idées directives, certains détails, sans qu’elle ait été obligée de procéder elle-même aux développements.

La photographie a forcé les peintres, attaqués sur ce terrain de la vérité extérieure, à se tourner davantage vers l’expression de la vérité intérieure, psychologique. Le cinéma de même agit sur l’art dramatique. Quant au journal, il est consacré aux nouvelles et à l’information rapide. Mais il vit au jour le jour et il n’est point de surface. L’écrivain lui va se tourner de plus en plus vers l’âme en abandonnant les domaines des histoires et des faits anecdotiques où le journalisme excelle. Ainsi se vérifiera la pensée de Théophile Gautier, que le livre seul a de l’importance et de la durée.

La photographie a été longtemps dominée par la conception de la peinture. C’est récemment qu elle est devenue franchement réaliste: elle reproduit la chose directement. crûment et nous émerveille; ainsi, pores béants et rides nettes d un visage; tissu aux ciselures précieuses d’un vulgaire bout de bois, détails de structure de texture ou de facture de n’importe quel objet photographié. Nouvelle conception de l’espace; un pouvoir de connaissance directe du monde qui nous entoure, et de notre vie même.[^L. Moholy Nagy: Une vision nouvelle.]

  1. Applications diverses de la photographie

La photographie a donné lieu à d’innombrables applications. D’autre part, elle n’a pas été seulement un substitut automatique du dessin, elle a donné lieu à des tonnes de documents impossibles sans elle; ainsi:

  1. La photographie composite (Galtonienne). Elle ne retient que les traits capitaux de visages divers et donne un type symbolique.

  2. La Gastrophotographie est la photographie appliquée au contrôle visuel de l’estomac, venu en aide au diagnostic médical (apareil de F. Bac, Porges et Hcilpcm).[^Revue Scientifique 1932, p. 150.]

  3. Pour le chronométrage des temps de travail, on a placé de petites lampes électriques à des points convenablement choisis du corps de l’homme (main, tête), on a pholographié ensuite les mouvements. Les trames lumineuses figurent les trajectoires des lampes électriques.

  4. La niétrographic est la technique nouvelle qui emploie l’objectif pour mesurer les images. M. Andieu dans son ouvrage «Les révélations du dessin et de la photographie à la guerre», décrit la manière d’utiliser la représentation du paysage sous quelque forme qu’elle soit, au moyen de mesures métriques. Après enquêtes auprès de toutes les catégories de gens, médecins, artistes, topographes militaires, il a dégagé une façon normale de regarder les objets, c’est-à-dire l’angle optique sous lequel l’œil voit. Il est arrivé ainsi à une sorte de distance humaine, réflexe ou acquise, dont il a fait la clef d un système. Par là il rend simple et commode l’exploitation de la perspective et de son inverse, en faisant abstraction des règles géométriques.

  5. La photographie métrique, appelée aussi photogram-métrie. donne une image absolument conforme aux mesures métriques. Elle permet d’arrêter les proportions de grandeur et de distance des objets et de pouvoir repro-duire la photographie comme plan sur n’importe qu’elle échelle. La photographie stéréophotogrammétrique elle, a l’avantage de donner une vue plastique à l’image.

  1. Photographie aérienne

Lea photos aériennes sont venues révéler un nouvel aspect de bien des choses et aider à leur meilleure connaissance. (Ex. Cartes de pays et plans de villes, vues des pyramides, études du trafic et de la circulation, etc.). Avec la photographie aérienne, chaque commune pourra avoir une véritable image de son territoire. La photographie aérienne a eu son couronnement dans les vues prises au-dessus du Mont Everest à 10,000 mètres d’altitude, au début de 1933, par Clydesdale et Mc Intyre. La photographie aérienne donnant une vue des choses de loin, permet de découvrir des particularités qui échappent tout à fait quand on est près. On a pu découvrir ainsi en Mésopotamie une immense cité pouvant contenir quatre millions d’habitants. Sur les rives du Tigre, des anciens systèmes d’irrigation, des forts disposés en série. (Article de M. G. D. Beazeley, dans Geographical Magazine de mai 1919. Analyse dans: Bulletin mensuel de la Société Centrale d’architecture, oct. 1919.)

Au cours des dernières années des sociétés anglaises ont relevé par photos aériennes des dizaines de milliers de kilomètres carrés en Afrique, en Asie et en Amérique. La cartographie de ces régions a été accomplie dans le dixième du temps demandé pour le relèvement par moyens terrestres et pour une dépense de moins d’un quart. Souvent les levés aériens effectués auraient été impossibles à faire du sol; la région marécageuse du Soudan connue sous le nom de Sudd en est un bel exemple. Des avions totalisant mille heures de vol aux altitudes de 3,500 à 4,500 mètres, ont photographié cinquante mille kilomètres carrés du Soudan et de l’Ouganda et les cartes furent livrées deux ans après le commencement de l’entreprise. L’arpentage terrestre le plus rapide de cette région avec l’organisation la plus compréhensive, aurait pris au moins dix ans et aurait été loin de fournir tous les renseignements précis que révélaient immédiatement les photographies aériennes.

Les photographies aériennes fournissent un moyen simple, direct et rapide de relever de grandes étendues; elles ont aussi l’avantage de fournir immédiatement des renseignements précieux sur la constitution même des régions relevées. Elles montrent les endroits où de riches dépôts minéraux sont susceptibles d’être découverts, où la terre est propre à la culture, les zones où les forêts doivent être conservées pour des raisons commerciales ou pour servir de protection, les meilleurs alignements pour les chemins de fer et les routes, et maintes autres informations de la plus grande valeur pour le gouvernement et le développement rationnel du pays. La photographie aérienne a révélé en outre toute une partie de l’histoire ancienne en montrant la configuration des anciennes villes, des routes et terrassements. Même en Grande-Bretagne, des détails historiques, qui seraient restés cachés peut-être à jamais, ont été découverts grâce à la photo aérienne.

La photogrammétrie stéréoscopique conçue par le Prof. Hugershoff. de Dresde, a réduit au dixième les opérations sur les terrains et les opérations de bureau à la sixième partie du temps employé avec les anciennes méthodes. On peut maintenant cartographier des terrains inaborda bles et impénétrables, d’extension considérable. Les appareils dits à autocartographier. du même, permettent de faire des plans en relief, avec courbes de niveau exacts, à l’échelle de 1:10,000 ou 1:20,000. des forets et des chaînes de montagnes élevées. Les vues sont prises en aéroplanes ou latéralement de chemins de fer dans les montagnes, de vapeur sur les côtes. En deux heures, un aéroplane peut prendre des photographies qui couvrent une superficie de 300 km2 pour des plana à l’échelle de 1:10.000 et de 1.200 km2 à l’échelle de 1.20.000.[^Munich, Kartographische Geaellschaft.]

  1. Photographie du ciel. — Une œuvre d’importance capitale a été entreprise: la représentation photographique de tout le ciel stellaire. Y travaillent 18 observatoires et certains ont déjà achevé la tâche leur dévolue. L’œuvre totale comprendra 2,000 feuilles contenant les images de 50 millions d’étoiles jusqu’à la grandeur 14. obtenues avec poses d’environ une demi-heure. Elle comportera aussi un catalogue indiquant la position d’environ 2 millions d’étoiles jusqu’à la grandeur 11. obtenues par pose de 5 minutes.

La photographie appliquée à la représentation du ciel noua permet: 1° d’embrasser d’un coup d’œil l’immensité de l’univers accessible à nos moyens de recherche; 2° de tirer de cette représentation fidèle du ciel l’immense avantage de substituer des mesures aux images.

La scintillation des étoiles donne lieu à une extinction plus rapide sur la plaque photographique que dans l’œil humain.

  1. La stéréoscopie doit être considérée d’une part comme un problème mathématique et d’autre part comme un problème graphique. L’illusion de relief donnée par la stéréoscopie est due en partie à une éducation cérébrale qui. lorsque chacun de nos yeux reçoivent une image spéciale, ne nous laisse jamais voir qu’un seul objet sous trois dimensions. Cette éducation dans laquelle notre imagination entre puissamment en jeu est devenue si parfaite que si l’on vient à regarder avec les deux yeux un dessin formé de quelques traits et de quelques points diversement disposés, notre esprit s’efforce toujours d’y voir l’image d’un objet à trois dimensions qui n’existe pas. (Eyckmann Annales d’hlcctrobiologie, août 1909.)

Le Dr Herbert Yves (exposé à la Société des Ingénieurs du Cinéma à New-York) voit la solution du problème dans ces desiderata: pas d’appareil de vision individuelle pour les spectateurs: une seule pose photographique pour chacune des images successives constituant le film: un système de projection unique. M, Yves a eherchc à distribuer les vues différentes sur l’image elle-même. (Knrallax stereogramme.)

  1. Photographie automatique, — L’administration hollandaise des téléphones, section d’Amsterdam, a mis en fonctionnement un système remarquable de comptabilité photographique pour ses 30,000 abonnés. Tous les postes reliés par fils ont leur compteur disposé côte à côte, par groupe de 100. dans une grande salle. Chaque mois un appareil photographique automatique placé sur rail et balayant tous les compteurs un à un de ses foyers lutni-iieuit, enregistre microscopiquement sur film continu les consommations du mois. Dans une salle annexe fonctionne en plusieurs exemplaires l’appareil à établir les factures des abonnés. Le film du mois est projeté, agrandi sur un verre mat, avec parallèlement le film du mois précédent. Une dactylographe transcrit à la machine sur papier les chiffres des deux mois placés en regard: le jeu de machines à calculer branché sur la machine à écrire, opère automatiquement le décompte: nombres index du mois courant, nombre index du mois précédent,-X prix au kilowat. Le contrôle est opéré par une seconde machine qui transcrit le nombre dans l’ordre inverse de la première: les erreurs ne sont donc à rechercher que dans les limites de deux totaux discordants. Cette méthode a mis fin aux contestations. Toute la comptabilité de deux ans résumée en (30,000 abonnés X 24 mois – 720,000 X 2 nombres 1,440,000 nombres) n’occupe dans les archives que le cinquième d’un mètre cube.

  1. La photographie intégrale. — L’appareil visuel des insectes est formé d’un très grand nombre d’yeux extrêmement petits, ayant chacun une cornée, un cristallin et une rétine. Il y en a 25,000 et plus chez certaines espèces et il est vraisemblable que toutes ces images partielles formées sur l’ensemble des rétines donnent un relief fortement accusé. De plus cette disposition doit permettre aussi la variation du champ de vision suivant le déplacement de l’animal et des objets différents peuvent ainsi lui apparaître successivement. Cabriei Lippmann, en 1909, s’est demandé s’il serait possible de réaliser un système de photographie intégrale permettant de rendre toute la variété qu’offre la vue directe des objets et il a indiqué les principes d’une solution de ce problème difficile. Rappelant l’œil composé des insectes, il est formé une Image qui nous «représente le monde extérieur s’encadrant en apparence entre les bords de l’épreuve comme si ces bords étaient ceux d’une fenêtre ouverte sur la réalité». En 1921, Estanave (Marseille) a utilisé pour remplir le rôle de plaque gaufrée ces minuscules loupes qui s’incrustent dans certains porte-plumes d’en-fanta (loupes Stanhope). Il a réalisé ainsi, en téumssant 1.160 de ces loupes en un bloc rigide, des photographies d objets très brillants répondant aux conditions de la Théorie Lippmann. Beaucoup reste à faire, mais la photographie intégrale est possible.

  1. Organisation

  1. La photographie a donné lieu a diverses mesures d’organisation et divers organismes caractéristiques. La photographie relève de la documentation. L’ensemble des photographies existantes constitue l’image photographique du monde. Il y a lieu d’organiser et d’inclure l’organisation de la photographie dans l’organisation générale de la documentation. En 1906 s’est tenu a Marseille le Congrès International de Photographie documentaire. L’Lnstitut International de Bibliographie et sa section de Photographie documentaire y ont présenté un premier ensemble systématique des règles concernant l’organisation, le classement, la collaboration. (Voir les Actes de ce Congrès tt Bulletin de l’Institut International de Bibliographie et Annuaire de ta Vie Internationale, p. 2434.) Ce premier ensemble amplifié, précisé et mis en rapport avec la documentation générale, a été traité à nouveau dans le Code des Règles pour l’Organisation de la Bibliographie et de la Documentation qui ont été présentés successivement à la Conférence Bibliographique internationale de 1910 (voir Actes) et au Congrès International des Associations Internationales (1910, actes P- 168). La photographie documentaire et l’Iconographie générale sont traitées ensemble dans le chapitre VI de ces codes. Voir publication n° 119. Code de 1*1. I. B. pour l’organisation internationale de la Photographie.

  2. Il s’est formé des organes propres à la photographie, des centres de production et d’édition. Certaines grandes maisons ont une place considérable, par ex.: Braun, Bois-sonnaa et Alinari, les artistes de la photographie.

  3. On a créé dans certain» musées des collections importantes relatives à la science et à la technique de la photographie (par ex.: à Munich, a Paris, etc.).

  4. Des agences photographiques procurent aux journaux les vues des faits du jour. Des abonnements règlent les modalités d’utilisation et de payement.

  1. Reproduction des documents existants. Photocopie.

  1. La photographie est venu apporter le moyen sûr et économique de reproduire des documents anciens. En premier lieu il s’agit des manuscrits. Les congrès internationaux du Livre, des Bibliothèques, de la Bibliographie, sont revenus à maintes reprises sur ce sujet. En 1898 et 1905, il s’est meme tenu un Congrès international pour la reproduction des manuscrits. Plus récemment, ¡a Commission de Coopération Intellectuelle de la Société des Nations a abordé la question. Dans les assemblées scientifiques, on a demandé la publication des fiches phototypiques représentant les types originaux des espèces décrites par les anciens auteurs (mémoires de Levai et E Joubin). D’une manière générale, des mesures doivent être prises pour la reproduction immédiate en photographie des documents uniques ou rares dans tous les domaines.

Les procédés photographiques de reproduction ont été employés récemment pour reproduire les «Histoires des vingt-quatre dynasties» de 1195. l’Edition «PENA» qui doit comprendre 800 volumes avec environ 130 mille pages. C’est l’histoire de cinq millénaires de la civilisation chinoise. Les œuvres originales sont datées depuis 1034 A. J. C. Par la photographie, on a pu en réduire le format original. L’œuvre montre la belle avance qu avait la Chine dans les procédés des planches de lettres gravées qui précéda la typographie proprement dite.. b) Avec le nombre, la dispersion et les prix croissants des livres, des journaux et des revues techniques, il.n’est plus guère possible au particulier d’en acquérir régulièrement, les plus importants même.

L’achat au numéro des périodiques contenant les articles que renseignent les fiches est certes une solution déjà moins onéreuse. Toutefois, elle oblige les lecteurs à une correspondance compliquée et les éditeurs à conserver, pour Ica dépareiller ensuite, des collections complètes. Comme le nombre des exemplaires en stock est forcément limité, et que les numéros s’épuisent d’une manière inégale, les éditeurs sont souvent dans l’impossibilité de pourvoir à la demande. La consultation de Bibliothèques est toujours possible mais il faut aussi que les articles puissent être joints aux dossiers d’études. La solution est dans la Photocopie des articles selon les méthodes de la photographie normale ou de la photographie microscopique.

  1. Il y a les perfectionnements des procédés de reproduction à grandeur, notamment: La Schwartz-Weiss, photographie réelle du Noir Blanc, le Photostat, le Com-tophote, etc.[^Hanauer: Minerva Zeitschrift B.D.V. — Ernst Walser (Basel): Centralblatt für Bibliothekwesen 1928. p. 417.]

Le «Recordac» est un appareil, créé par la Firme Kodak, permettant aux banques la photographie microscopique automatique des chèques, de manière à permettre leur retour en original aux signataires. Sur un film de 16 mm. de large et 200 pieds de long, on peut photographier 16.000 chèques. Une bobine de 3 3/4 X 3 3/4 X 3 3/4 de pouces contient 8,000 chèques. On applique aussi le procédé à la copie photographique des pièces dr caisses de toute espèce en vue d’éviter l’encombrement.

242.38 La projection

  1. Notion

  1. Le jour où quelqu’un projeta la photo, exhumant l’antique lanterne magique, certes il ne savait pas tout juste ce vers quoi de grand il nous mettait en route, il posait deux nouveaux principes: la surface occupée seulement pendant les secondes où elle est utile et rendue immédiatement après pour d’autres fins; d’autre part la possibilité de pouvoir agrandir ou réduire l’objet à volonté. C’est toute la projection.

L’évolution de la projection a été marquée par les étapes suivantes: 1° elle a commencé avec la vieille

lanterne magique; 2° elle a pris plus tard la forme de diapositives sur verre; 3° puis sur clichés, celluloïd es et même papiers; 4° le mouvement par le livre micropho-tique (Photoscope, Cinéscopc) a donné lieu aux vues sur pellicule», format film, en bobine d’abord, puis séparable en images distinctes; 5° le développement de la projection actuel.

  1. La projection est la reproduction et l’agrandissement à distance d’un objet ou d’une image. Elle est de trois espèces: I° projection de diapositives (verre ou colophane); 2° projection de corps opaques (Epidoscope); 3Ü projection aux rayons Rœntgen. Elle se réalise de près ou de loin, avec ou sans fil. La reproduction s’opère soit sur un écran, soit sur papier photographique, où se fixe l’image, La projection agrandie sur écran fait naître un document virtuel qui s’évanouit bientôt, n’accaparant ni immobilisant aucun support, n’occupant l’espace qu’au moment utile et disparaissant ainsi pour faire place à une autre projection.

  2. Une classification générale de la projection donne les divisions suivantes: a) fixe ou animée; b) en noir ou en couleur; c) d’objets translucides ou opaques (dias copique ou épiscopique); d) de grandes dimensions ou microscopique; e) sans relief ou avec relief; f) sur écran ou en panorama; g) sans parole ni musique, awc parole et musique; h) avec fil ou sans fil; i) dans l’obscurité ou en pleine lumière. Les divers appareil» et procédés existants relèvent de ccs caractéristiques; lanterne magique, cinéma, photoscope, cinéscope, film» partants, films sonores.

  1. Le livre microscopique ou microphotographique. Le livre projeté

  1. Nous avons proposé, dès 1906, avec Robert Gold-schmidt[^Bulletin de l’Institut International de Bibliographie, 1906. R. Goldschmidt et Paul Otlet: La Conservation et la Diffusion de la Pensée. Le Livre microphotique. Publication n° 144 de l’I.I.B. — L’idée depuis a fait son chemin et le procédé tend à devenir universel.], de donner au livre ou aux documents en général une forme nouvelle: celle de volumen en mi-niature obtenus comme suit: chaque page, élément ou combinaison de pages est photographiée directement but une pellicule ou film du format cinématographique universel, Les images ainsi obtenues se présentent succes-sivement, étant juxtaposées côte à côte sur la bande filmée et dans les dimensions réduites de 18×24 mm.

image

Cette image virtuelle reproduit dans ses moindres détails le texte, manuscrit ou imprimé, ainsi que les illustrations.

Ce négatif sert de matrice ou prototype, d’où seront tirés des positifs de même dimensions, l–a lecture de ces positifs pourra se faire soit à l’aide de verres grossissants, soit par une simple petite lampe à projection ou t machine à lire», qui a été construite spécialement et dont le volume est si réduit qu’elle se met en poche.

  1. La nouvelle méthode permet de filmer en deux cents secondes, cent pages d’un livre à reproduire. En une heure, plusieurs milliers de pages peuvent donc être ainsi enregistrées par un seul appareil et cela à un prix modique. En enroulant chaque livre séparément dans sa boîte, un meuble (microphotothèque) composé de dix tiroirs d’un mètre de surface sur 12 cm. de hauteur, peut contenir 18.750 volumes microphotographiés de 350 pages. C’est l’équivalent d’une bibliothèque dont les rayons mis bout à bout auraient 468 mètres. On obtient les positifs sur film par contact. Des machines spéciales pour cette opération permettent d’obtenir jusqu’à 1,000 mètres à l’heure, soit 52.000 pages.

  2. En ce qui concerne la lecture, la «Machine à lire» reconstitue en vraie grandeur le texte ou le document graphique. La lanterne a environ 30 centimètres cubes de volume, elle fonctionne avec une lampe électrique alimentée par n’importe quel courant ou par une pile. La lanterne permet de voir le document, soit par projection verticale directe de haut en bas aut une suif ace opaque blanche quelconque, placée sur la table, soit par transparence, en renversant l’appareil de façon que la projection se fasse de bas en haut. Dans ce cas, I*on remplace la surface blanche par un support transparent, verre dépoli ou papier calque. Quand l’appareil est disposé horizontalement, il permet de faire la projection sur n’importe quelle surface ou transparent, écran, mur. plafond même. De cette façon, il rend possible la vision pour un grand nombre de personnes à la fois (conférences. écoles, démonstrations scientifiques, etc.). Si l’on désire conserver un document agrandi, t! suffit de remplacer l’écran par une feuille de papier sensible au bromure d’argent et l’on obtient alors, après développement, une reproduction à la grandeur désirée, suivant l’acuité visuelle du lecteur. Si l’on veut reproduire le document entier un petit nombre de fois, un appareil spécial permet le tirage continu sur papier sensible de l’image agrandie du film. Si l’on désire au contraire reproduire en agrandi un très grand nombre d’exemplaires, un processus continu d’impression utilisant l’encre d’imprimerie permet de reproduire très rapidement autant de copies que l’on désire.

Projection en plein jour. — Images et textes peuvent se voir à l’œil nu et se lire à la loupe. Un tirage sur papier sert de catalogue utilisable comme aide-mémoire, notamment au moment de la leçon ou de la conférence. Sur le type fondamental élaboré des applications diverses, divers appareils ont été réalisés (Photoscope. Cinéscope, Zeiss, etc.).

  1. Bibliothèque, Institut, Musée, Office d’administration étendu. Bureau d’études industrielles. Ecole, peut donc avoir aujourd’hui son microphote et commencer sa collection de l’Encyclopédie: acquérant les films ou en produisant eux-mêmes. Demain tout travailleur intellectuel aura sur sa table cet instrument nouveau qui doublera les moyens de sa documentation en lui offrant, sous une forme merveilleusement réduite, un Musée et une Bibliothèque.

  2. Le format microphote est de 18 × 24 mm. (image de cinéma) ou de 24 mm. de large sur 23 mm. de haut. Ci qui permet d’insérer en largeur et en hauteur n’importe quel document sans que l’on doive retourner le film. Pour la bonne mise en pages, tenir compte alors de ce que les images doivent s’insérer dans un cadre 24 × 33 ou multiples de ces dimensions. Les documents noirs t.t gris sont les seuls qu’on puisse photographier sans surprise, les couleurs donnant des tons gris ou noirs. Les textes à placer sous les images doivent être calligraphiés à l’encre de Chine sur fond blanc ou tapés à la machine avec un ruban bien noir. Ne pas mettre trop de texte sous les vues et bien proportionner la grandeur des caractères à celle des images. Il est utile de porter sur l’image une marque de collection, un numéro de repère, un indice de classement, un titre. Les vues sont montées en bandes s’enroulant en bobines. Un microfilm en bobines peut se composer de 20 à 60 images, mais il n’y a pas de limite de longueur, Elles sont aussi utilisables, image par image, montées en petites plaques dans un encadrement métallique et mobile pouvant dès lors recevoir toute espèce de classement différent. On a créé de petit» appareils de prise de vue (le Pliotoscopique, le Cent vues, etc.).

  3. La projection des microfilms a été opérée d’une manière automatique (autofilm). Cette projection c*t continue, en cycle, recommençante, et ne demande d’intervention humaine que pour la première mise en mou veraent. L’appareil se compose de la lanterne, du film, d’un mécanisme de rotation, d’un écran et d’une prise de courant.

On peut projeter en plein jour avec un avant-corps noir devant l’écran. L’appareil est placé dans un lieu public (galerie d’exposition ou de musée, vitrine, coin de rue ou de parc). Il s’adresse au passant. C’est une sorte de publicité murale applicable pour la diffusion de toute espèce d’information. Des lampes à lire ont été construites qu’on place sur le document (BuscK, Berlin), On a construit des lunettes spéciales (agrandisseur binoculaire Zeiss).

(*) Hanauer, J. — Das Kleinstlichtbild im Dienste von Technik und Wissenschaft. — Das Technisch Blatt. Beilage der Frankfurter Zeitung, 5 Sept. 1929.

  1. Projections diapositives

Les diapositives sur verre ont longtemps été les seules, hiles sont lourdes, fragiles, coûteuses. Le Congrès international de Photographie en a unifié le format. Il en a été constitué des collections dans les centres d études.

  1. Projection des corps opaques

I^a projection des corps opaques repose sur le principe de la lumière réfléchie, elle exige un foyer lumineux puissant. C’est le développement de l’ancienne idée des «ombres chinoises». très répandues en Extrême-Orient.

II y a de nombreux instruments: l’épidoscope de Zeiss. l’épidoscope de Bergé, le Panoptique, le Miror.

  1. Radiographie.

  1. Nous sommes avec les rayons X et les appareils qui

les produisent aujourd’hui, en possession d’un puissant moyen d’investigation, voyant sans détruire, pénétrant sans lésion, les objets les plus précieux, et que les sciences anthropologique, paléonthologique, préhistorique, se doivent d’employer et de joindre à leurs procédés ordinaires d’études (ex.: momies, silex, etc.). On dispose

de la plaque de verre et de l’épreuve photographique positive sur papier.[^La Radiographie en Anthropologie et en Préhistoire, par le Dr Foveau de Courmelle. Revue Mondiale, 15 nov. 1920, p. 177.]

  1. La photographie, la cinématographie même avec seize vues par seconde, ont utilisé l’action sensible des rayon«X. Dans les amphithéâtres de médecine, on projette des films où apparaissent le mouvement d’un squelette, le jeu d’un muscle ou la contraction d’un estomac occupé à la digestion. La radiographie ne montre que des ombres, l’ampoule n’éclaire pas. elle peint des ombres chinoises sur la paroi.

Les rayons sont des outils de diagnostic et de reconnaissance de la maladie: ils sont en outre des remèdes. Les rayons Rœntgen ont donné lieu à de nouveaux documents: les Photogrammes des images produites par le merveilleux instrument.! a clarté des films dispense de tous les raisonnements, du flair de jadis. La chirurgie de fractures devient presque banale. Les images des poumons, de l’estomac, du pylore, du rein, de la vessie, tous organes qui peuvent être anormaux et sont relevés. Avant le XIXe siècle, avant Laennec, le tronc était comme une terre inconnue. L’art de la percussion et de l’auscultation furent l’objet de sarcasmes pendant des années: aujourd’hui il suffit de voir. Le rayon Rœntgen s’applique en masse. En Suisse, toutes les recrues passent devant l’écran afin que l’on puisse voir la tuberculose débutante et compensable.

  1. Projections diverses

Le Dr Manfred de Manbeim a construit une machine à projection sur les nuages à hauteur de 800 à 1000 m et visibles à plusieurs kilomètres de distance. Voilà le ciel appelé à jouer pendant la nuit le rôle de la feuille de papier sur laquelle toute pensée pourra s’inscrire, le rôle de l’écran sur lequel se projette In photographie ou le plan.